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Je te salue, adieu

Toi qui m’a enseigné la honte de moi-même

Toi qui m’a vue grandir sous ton mépris jaloux

Toi qui m’a bien baisée quand je disais je t’aime

Et toi qui exhibait ton appendice mou

Toi qui m’a modelée corps muet consentant

Toi qui m’a faite mère, mère célibataire

Toi fantôme aux mots vides

Et toi dont la passion vaut tension des gonades

Toi mon plus grand amour, ma morbide folie

Toi l’ « homme de ma vie » que je suis censée attendre

Toi pour mes cheveux blancs et toi jusqu’à cent ans

Je vous salue, adieu

[ Photo – Antonio Gutierrez Pereira ]

Jalouse !

Quand tu parles à une femme je retrousse mes babines
Elle croit que j’lui souris mais je suis prête à mordre
« Cet homme, il est à moi et si tu l’touches, j’te bute »

Je ne suis pas jalouse, simplement réaliste !
Si je t’adore, chéri, c’est qu’tu es fabuleux.
Dis-moi pourquoi mes soeurs ignoreraient cela.

Ne me regarde pas comme ça ! J’ai juste envie de scalper
Les meufs qui draguent mon mec. C’est pas d’la jalousie,
C’est d’la propriété. Tu penses que j’exagère ?

Je me souviens d’un homme qui me disait : « Camille
Range ce katana, tu vas te faire mal »
Selon lui ma façon de regarder les femmes
Qui s’approchaient de lui présumait un beau scalp
Des tortures raffinées, jusqu’à finir sushi

Peut-être que je suis jalouse ?…
C’est pas joli-joli d’être affublée du titre.
D’autant que c’est à moi que ça fait le plus mal
Car derrière ma colère, c’est la peur de te perdre
Qui me fait trembler fort tout en montrant les dents

Et si je parle clair, mon amour, je t’avoue
Que je suis terrifiée à l’idée que tu partes
Avec une plus belle ou une plus solide

Une qui saura mieux te tenir par les BIIIIIIP
Qui se moquera bien de ce que tu fais sans elle
Assurée que tu l’aimes et confiante en son charme

Allez, rassure-moi, c’est pas bien difficile :
Fais-moi croire qu’tu m’adores et traite-moi en reine
Accepte-donc ma bride et nous serons heureux

[ Image : film Kill Bill, Quentin Tarantino, 2004 ]

Hommage

Le corps fut retrouvé en gare de Perpignan.
C’était un homme âgé à moustache excentrique.
Dans sa main droite, un oeuf et dans la gauche, un pain.
Les enquêteurs notèrent avec stupéfaction qu’en déplaçant le corps la braguette crépitait.
Le légiste l’ouvrit avec mille précautions : un diable en jaillit, avec moultes pétarades.
Le corps était piégé : un macchabée farceur.
Honorons sa mémoire pour ce geste artistique.

 

« Il y a toujours un moment dans leur vie où les gens s’aperçoivent qu’ils m’adorent. »

Salvador Dali

Vide ton sac !

Un esclave délicieux qui porte ma culotte
Un Maître qui me hante autant que je le fuis
Une nuit au château où je me sens souillon
Un amour platonique et toujours occupé
Deux fistons adorés qui volent ma liberté
Des chats. Une maison sans chats n’est pas bien habitée.
Des avis divergents sur ma santé mentale
Une meilleure amie qui ne trahit jamais
Un jardin qui débute comme une meilleure vie
Le soleil qui revient avec ma joie de vivre
Et la mer qui me manque, sans sa force je faiblis

Un collier délaissé : qu’en faire, maintenant ?
Des cordes odorantes qui m’attirent toujours
Mes amis à distance, réellement aimés
Un ex petit ami qui me prend pour sa pute
L’estime que je gagne, je sais la mériter
Et devenir adulte quand mes cheveux blanchissent.

Projet Pierre Louÿs

Je copie sans vergogne ici la présentation du projet que vous pouvez lire sur le site du Projet Pierre Louÿs, car je ne saurais mieux dire en le paraphrasant :

« Dans les jeux littéraires que vous lirez ici, il est question de sexe. Une tradition des lettres françaises, entre autres, illustrée par Pierre Louÿs notamment qui en usa de deux manières : un érotisme mondain et élégant dans ses Chansons à Bilitis, un érotisme cinglant car parodie pornographique des manuels éducatifs de son époque avec le Manuel de civilités. Ses choix littéraires répondaient à un contexte religieux, littéraire et selon un public et une diffusion ancrés dans le XIXème siècle.

En ce qui concerne les auteurs réunis ici, il va de soi, mais c’est toujours mieux en l’explicitant, que de « petites filles » et « petits garçons » il n’est dans nos textes absolument pas question : tout personnage littéraire ici a été conçu, imaginé et écrit comme ayant plus de 18 ans et consentant(e).

Chaque auteur(e) s’est inspiré(e) du Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation de Pierre Louÿs pour écrire une nouvelle.

Bonne lecture.

Les illustrations du site et du 2ème cahier sont de Rita Renoir : https://www.instagram.com/ritarenoir/ 

 »

Je me suis inspirée du conseil suivant pour écrire Edmond en queue de pie :

Ne faites pas feuille de rose à vos domestiques. C’est un service que vous pouvez leur demander mais qu’il est plus convenable de ne pas leur rendre.

Cela excite votre curiosité ?

Je vous invite à télécharger le magnifique ouvrage du projet.

C’est un Ebook qui propose une version numérique, avec des lectures de la fantastique Charlie (son site intelligent, brûlant et généreux), des dessins de Rita Renoir (découvrez ses oeuvres délicieuses), une vidéo troublante de Philippe Guerrieri (il a fait deux films sur mes mots : vous êtes jaloux ?) sur un texte brillant de Fen’X (Baudelaire passe la main, Fen’X est dans la place)…

Vous lirez Camille Eellen, Nora Gaspard, JimiH, Popins, Marie Tropique

Et aussi Hécate, Pape Anoël, Cédric Pignat, Leeba Swilka, et Avant-Tureuse…

Les amis Dick Sainte Cécile et Martine Roffinella ont lu avec attention et aidé au projet : ils sont des auteurs formidables : cliquez sur leur nom pour les (re)découvrir.

Vous l’aurez compris : l’Ebook du Projet Pierre Louÿs est un très beau cadeau. On vous l’offre : enjoy !

De la muse alanguie – Le film

Voici le texte du poème modifié pour le film de Philippe Guerrieri.

Merci à lui pour ces mises en musique et images. Le résultat est à fleur de peau, très troublant…

Le lit blanc est immense, aux craquements soyeux
Je suis nue près de toi qui est encore vêtu
Couchée contre ton flanc, ta chaleur me recouvre
Ta main de mes cheveux s’égare dans mon dos
Tes doigts, chemins légers ou sillons qui me griffent…
Le front contre ta cuisse, mes yeux ne regardent plus
Tu lis Appolinaire, et tu le lis pour moi.

Le timbre de ta voix dans mon sang coule encore.
Et je respire à peine, tu déclames tout bas.
Mon corps entier écoute, mon ventre t’appartient.
Tu as lié mes mains d’une corde de chanvre
Et uni mes chevilles par le même lien râpeux
La voix profonde et grave, tu déclames tout bas

Devrais-je m’inquiéter d’être ta prisonnière ?
Je n’entends que les mots que prononce ta bouche
Je ne décide rien, je gis tout contre toi
Et de ma vie entière je n’espère que ça.
Je hais la liberté et ne veux que ta voix
Tu lis Appolinaire, et tu le lis pour moi.

C’est un poème vif, de luxure et de sang
Qui parle de l’amour tel que les corps le font
Ma peau encore striée de tes marques au cuir
Frissonne d’envie : la muse, elle, est intacte.
Le feu de ton fouet, éternelle brûlure.
Mon ventre se noue enfin, tu déclames tout bas.