Archives du mot-clé Humeur

Je te salue, adieu

Toi qui m’a enseigné la honte de moi-même

Toi qui m’a vue grandir sous ton mépris jaloux

Toi qui m’a bien baisée quand je disais je t’aime

Et toi qui exhibait ton appendice mou

Toi qui m’a modelée corps muet consentant

Toi qui m’a faite mère, mère célibataire

Toi fantôme aux mots vides

Et toi dont la passion vaut tension des gonades

Toi mon plus grand amour, ma morbide folie

Toi l’ « homme de ma vie » que je suis censée attendre

Toi pour mes cheveux blancs et toi jusqu’à cent ans

Je vous salue, adieu

[ Photo – Antonio Gutierrez Pereira ]

Confinum

De ma fenêtre je vois des arbres rouges qui ondulent au vent. Ils se dessinent nettement sur le ciel blanc grisâtre. Plus bas la haie oblige à raccourcir le champ, l’horizon se réduit, oui, mais je suis chez moi.
La pelouse est ingrate, parsemée de pissenlits. Ça sent la terre mouillée, les oiseaux chantent encore.
Je m’ennuie.
J’ai un bouquet de roses du jardin d’à côté. Un ou deux amants tendres qui m’écrivent des mots fous. Des parfums délicats, des couleurs, des plaisirs. Rien qui ne se passe mal. Rien qui ne se passe, pourtant.
Si je prenais une bière ? Ah ben zut, y’en a plus.
Je pourrais faire aussi une heure de yoga, mon corps dirait merci. L’ennui, c’est que le sol est parsemé de miettes. Je devrais balayer, plutôt. Et ranger tout ce bazar.
Des chaussures jetées derrière le canapé, un tas de plaids moelleux, des coussins, des BD. Un fauteuil en osier, mes travaux de couture.

Quel ennui.
Un gâteau est au four, c’est toujours ça de fait.
Je me rêve écrivaine, c’est bien sûr du pipeau. Une écrivaine écrit et moi, je tourne en rond.
Tiens, voilà le chat des rues qui réclame sa gamelle. Je désinfecte ses plaies, secoue sa couverture, la pauvre bête est fichue, j’accompagne la fin.
C’est le genre de soirée où je dirais aux kids : « Allez hop, les garçons, on sort dîner dehors ! ». Je coupe deux trois endives et fais bouillir de l’eau, oh merde… ce que je m’ennuie.
Si au moins je lisais.

N’importe quelle autrice aurait pondu un livre. Cinquante jours de libre, l’aubaine d’une vie. J’ai écrit un chapitre…

Je regarde par la fenêtre, c’est mieux que le miroir.
Presque deux mois hirsute, teint brouillé, en savates. Je suis une vieille sorcière, prenez garde au danger !

Bon.
Cessons de rêvasser.

Je prends mon agenda, rédige une to-do list.
Demain, je me lèverai tôt. Méditation, yoga, lecture et écriture. Ensuite, au marché, pourquoi pas en vélo ?
Je vais refaire surface, retour à la vraie vie !

Je regarde par la fenêtre.
Tout autour du Bouddha détrempé par la pluie, un tapis a poussé.
Bien rangé, au compas, décoré de points beiges.
Ce sont des champignons.

Même la nature s’ennuie et fait n’importe quoi.

Sortie en Montagne (conte métaphorique)

L’Amoureux et moi, nous adorions les Sorties en Montagne. Ses paysages si différents de notre quotidien citadin nous impressionnaient. Tout y était à la fois plus épuré et plus fort. Le temps y était changeant, on passait d’un soleil tiède à l’orage en un instant, les températures jouaient avec nos corps, on s’y brûlait la peau et l’on y tremblait de froid. En Sortie Montagne, le plaisir d’atteindre un sommet n’est pas donné : il faut le gagner, il faut avoir mal aux jambes d’avoir trop marché, parfois griffer sa peau sur une ronce ou se cogner contre un tronc couché. Le coeur s’emballe dans les côtes, le repos ne s’accorde pas à l’instant de la lassitude : nous savions où nous voulions aller, et à moins d’un incident sérieux, nous irions.

Et quand enfin nous arrivions au lac paisible que nous voulions admirer, ou au sommet que nous cherchions à atteindre… nous reprenions nos souffles, un peu ivres d’altitude parfois, et la paix s’installait, avec un sentiment de bonheur fou.

Nous n’avons pas été raisonnables. Nous avons fini par vouloir cumuler les sommets, toujours plus haut, toujours plus fort ! Nous avons peu à peu négligé les moments de plénitude calme devant les paysages hors du commun que nous venions d’atteindre, et sans reprendre notre souffle ni profiter de la sérénité du repos après le voyage, nous repartions, toujours plus haut, toujours plus fort.

Un jour, l’Amoureux a voulu me faire plaisir : « Ma chérie, tu te souviens du Mont Grand Blanc, que nous avons gravi il y a quelques mois avec ce guide audacieux ? Il va nous accompagner vers un nouveau sommet, 900m de dénivelé rocheux ! Tu verras, tu vas adorer. »

Le jour choisi, j’ai chaussé mes chaussures de trail les plus solides, et j’ai suivi mon homme avec ce guide avec enthousiasme. Le départ de la randonnée m’interloqua : c’était comme dans un canyon, il fallait sauter dans un petit ravin. L’endroit m’inquiètait, d’autant que je croyais qu’une fois ce saut effectué, il n’y aurait pas de retour en arrière possible : il faudrait faire la marche jusqu’au bout. Le guide annonça qu’il avait appris que j’étais très à l’aise en canyonning, surtout pour les sauts. Ce n’était pas vraiment exact, mais ma fierté m’empêcha de le contredire, et à vrai dire, j’étais absorbée par ce chemin, assez différent des sentiers que nous parcourions jusque là.

L’Amoureux me souriait avec fierté, et dans ses yeux, je devinais qu’il ne doutait pas une seconde que je brillerais dans cette épreuve. J’eus soudain peur, mais me raisonnai : ils devaient avoir raison, un paysage exceptionnel devait nous attendre là-haut, je n’allais pas tout gâcher à cause d’une crainte sûrement infondée.

Je sautais, et les suivis. Le chemin était escarpé et chaotique. Des rochers roulaient sous mes pieds et me blessaient. J’avais mal, je n’avais plus envie de poursuivre, mais quand les deux hommes se retournèrent, je leur souris bravement et leur fis signe que tout allait bien.

Il fallait maintenant escalader une paroi. Ce n’était pas prévu, je n’étais pas prête, je n’étais pas équipée pour cela. Ils estimèrent que j’étais douée, et annoncèrent qu’ils prendraient beaucoup de plaisir à me voir escalader la paroi à mains nues. D’ailleurs mon chéri prenait des photos, il ne cessait de prendre des photos tant il était fier de moi.

Je demandai à être assurée par une corde. Aucun ne voulut m’assurer depuis le sol, puisque l’un prenait des photos, et l’autre, des notes. Je pliai la corde et m’assurais seule. Je m’y brûlais les mains, me cognant sur la paroi, m’y griffant. C’était difficile, je peinais, j’avais trop mal, je voulais que ça s’arrête. Mais pour que ça s’arrête, il fallait arriver en haut. Je pensais qu’il n’y avait pas d’autre issue. Et à aucun moment je ne montrais ma souffrance, sur toutes les photos, je souriais.

Nous fîmes une pause et je souriais toujours, le corps meurtris, le coeur fermé. J’aurais voulu que mon homme me prenne dans ses bras, mais il ne voyait pas ma souffrance. Il était heureux de l’exploit que nous étions en train d’accomplir. Je m’avançais vers lui espérant du réconfort, et il m’octroya une grande tape dans le dos « Ma chérie ! Je suis fier de toi ! Tu es une championne ! Poursuivons. »

Cette fois je partis devant pour cacher mes larmes. Mon énergie était décuplée par la colère qui se dirigeait contre moi, puisque j’étais assez sotte pour ne pas dire que j’avais mal, que j’avais peur, et que je ne voulais plus faire ce voyage.

J’avais tant de force désespérée que je les distançais et les perdis. Mais je poursuivis avec rage, je marchais, je grimpais, j’enjambais, me cognais, me griffais et escaladais.

Et soudain je n’entendis plus leurs voix. Je me retournais, personne. Personne à perte de vue.

J’étais seule.

Je restais un moment interdite, mais finalement soulagée. Maintenant je n’avais plus besoin de faire semblant, par excès de fierté.

Je m’assis sur une pierre plate au pied d’un sapin, et j’entourais mes genoux de mes bras. Le menton posé sur mes mains, je ne bougeais plus. J’avais les yeux ouverts mais ne voyais rien, la montagne devait vivre de mille bruits mais je n’entendais rien. Le soir tomba, il devait faire froid, mais je ne sentais rien.
Les secouristes m’ont dit que j’étais restée là toute la nuit. Ils m’ont retrouvée au lever du jour, froide, couverte de bleus et par endroit égratignée. Ils étaient très en colère contre le guide en qui nous avions toute confiance : cet homme n’était pas, en réalité, fiable. Il répondait aux désirs des clients sans se préoccuper de leur sécurité. Les clients croyaient, grâce à sa présence, pouvoir réaliser un fantasme un peu fou en toute quiétude, et ne voyaient pas le danger, puisqu’il leur assurait la sûreté. Or ce sommet, personne n’y allait jamais sans un équipement de sécurité que nous n’avions pas.

J’ai quitté mon Amoureux. Il m’avait mise en danger. C’est lui qui aurait dû interrompre la randonnée et ordonner de rebrousser chemin.

Mais pourtant, quand j’y repense… je lui souriais ! A aucun moment, je ne lui ai dit que j’avais peur, ni montré de faiblesse.
Si j’avais parlé, je ne me serais pas perdue.

⌊ Photo – Nobuyoshi Araki ⌋

Jalouse !

Quand tu parles à une femme je retrousse mes babines
Elle croit que j’lui souris mais je suis prête à mordre
« Cet homme, il est à moi et si tu l’touches, j’te bute »

Je ne suis pas jalouse, simplement réaliste !
Si je t’adore, chéri, c’est qu’tu es fabuleux.
Dis-moi pourquoi mes soeurs ignoreraient cela.

Ne me regarde pas comme ça ! J’ai juste envie de scalper
Les meufs qui draguent mon mec. C’est pas d’la jalousie,
C’est d’la propriété. Tu penses que j’exagère ?

Je me souviens d’un homme qui me disait : « Camille
Range ce katana, tu vas te faire mal »
Selon lui ma façon de regarder les femmes
Qui s’approchaient de lui présumait un beau scalp
Des tortures raffinées, jusqu’à finir sushi

Peut-être que je suis jalouse ?…
C’est pas joli-joli d’être affublée du titre.
D’autant que c’est à moi que ça fait le plus mal
Car derrière ma colère, c’est la peur de te perdre
Qui me fait trembler fort tout en montrant les dents

Et si je parle clair, mon amour, je t’avoue
Que je suis terrifiée à l’idée que tu partes
Avec une plus belle ou une plus solide

Une qui saura mieux te tenir par les BIIIIIIP
Qui se moquera bien de ce que tu fais sans elle
Assurée que tu l’aimes et confiante en son charme

Allez, rassure-moi, c’est pas bien difficile :
Fais-moi croire qu’tu m’adores et traite-moi en reine
Accepte-donc ma bride et nous serons heureux

[ Image : film Kill Bill, Quentin Tarantino, 2004 ]

Fauves

Je me voudrais béguine, vivre loin de ces fauves qui parfois me déchirent et qui parfois s’inclinent. Celui qui ronronne tant, yeux à demi fermés, celui beau comme un astre, qui veut être dompté. L’un m’aime, mais de dos. L’autre mange dans ma main… quand ses engagements ne l’appellent pas ailleurs.

Éternelle seconde et pour toujours honteuse ?

Assez !

Je veux marcher dehors ta main tenant la mienne. Je veux que t’arrêtes tout si j’ai besoin de toi. Je veux être assez bien pour être légitime.

Marre !

Je suis ton beau plan B si le plan A échoue. Je suis celle que tu aimes… à la pause déjeuner. Ton ex petite amie qui dit encore oui.

Assez !

Vous voilà plusieurs fauves avec vos yeux dorés. Je vous aime d’amour, ça se lit dans mes gestes. Mais vous êtes prédateurs car vous me dévorez sans rien perdre de vous.

Laissez-moi ma colère

Votre vie est ailleurs et elle n’a rien pour moi.

Faites d’abord ma place.

Liberté chérie !

Mots contraints 2019, S23 :

Savon, badge, flûte, Ibis, canal, Crimée, littérature, liberté, Polaroïd

 

«Liberté chérie ! »
C’est son cri. Elle belle et libre.
Elle en fait un mantra, sein nu et poing levé.
Oksana a grandi en Crimée ou pas loin. On connaît d’elle son visage d’une beauté éclatante, cheveux couronnés de fleurs. Pourquoi ne racontons-nous pas que férue de religion et de littérature, elle voulait entrer au couvent à l’âge de dix ans ? Elle en fut dissuadée, mais resta une artiste. Toute sa vie elle cria « Flûte ! » – peut-être moins poliment utilisa-t-elle des mots plus percutants – « religion, politique doivent être bousculées ! ». Elle passa au savon les icônes orthodoxes dévoilant l’anatomie du Christ et gardant la feuille d’or. Elle ne cessa de dire que les performances politiques de femmes au poing levés étaient un canal artistique sublime.
Et que retenons-nous ? De la peinture sur sein, comme un badge épinglé. Un polaroïd saisissant d’un regard sauvageon sur une beauté fragile.
Comme l’Ibis représente Thot, Oksana, tu es l’image même de la liberté.
Merci.

 

Pour lire les autres mots contraints du 6 juin 2019 : tu cliques, tu cliques !

Gentleman

Toi, je te vois arriver.
Tu te la joues gentleman et fais mine de comprendre quand je te raconte ma vie et quelques mésaventures. Tu me dis :

– Ma pauvre, ah la la, avec moi tu serais si choyée. D’ailleurs, et si j’ouvrais mes bras pour t’offrir l’apaisement ?

Tes mots se font velours et à les entendre, tu combles à toi seul toutes mes déchirures.
Un signe perceptible de manipulation ? Pas le moindre à ce stade, tu attends de ferrer et restes très prudent.
Tu veux que je te raconte ce qui va arriver ?
Nous nous rencontrerons et je viendrai légère : tu m’as promis des moments si heureux !
Sans perdre aucun instant tu me baiseras vite : étrange urgence pour qui m’aimait déjà.
Je ne m’étonnerai pas et même, tu m’entendras crier que c’est bon, que je jouis. Alors tu penseras la voie est libre, à moi l’amusement.
Tu te feras plus rude. Je ne moufterai pas.
Au contraire, je dirai j’aime sentir ta force.
Au premier coup, sidérée par l’ardeur, je rirai nerveusement et ne protesterai pas.
Les heures passeront et les douleurs, non.
Alors timidement je tenterai un non et tu répondras si.
Je frémirai. Partie perdue.
J’aurai moi-même libéré ce qui est noir en toi.

[ Photo – La piel que habito, Pedro Almodovar, 2011 ]

Il fallait dire non

Avant, je ne savais pas dire « non ». J’avais appris qu’une fille bien élevée était obéissante et à l’âge de rébellion, je savais que mon corps était source d’attrait. Un soir en rentrant du lycée un homme m’avait touchée et m’a mère a crié de ne pas faire d’histoire : un cul comme le mien, évidemment qu’il tente. Ce cul étant sur moi, j’ai vécu selon ses règles : qui le voulait l’avait. Je n’étais pas la fille de tout le monde, car par une étrange magie j’ai toujours été bien entourée, d’amis très protecteurs qui montaient bonne garde. Savaient-ils, ces amis, que j’étais différente ?
Ça aussi, quelle blague. Normale ou différente ? Normale selon quelle règle et différente de quoi ? En tout cas, quelque chose clochait. Depuis la petite enfance je n’entendais que ça :

– Bon sang cette gamine ne fera donc-t-elle jamais comme tout le monde ?

Alors je regardais tout le monde et je les imitais. Je riais quand ils riaient, ouvrant bien grand ma bouche et secouant mon ventre pour crier en hoquets. Leurs blagues étaient faciles, j’en faisaient à la pelle, Dieu que j’étais marrante. Au début du primaire j’avais compris le truc.
La maternelle, en revanche, cette poisse. Il fallait s’aligner, je n’ai jamais pu comprendre. Et dormir en dortoir, entre un lit de camp qui pue et une couverture qui gratte. Entourée de l’école entière rangée comme un parking. Et le scratch d’un qui se gratte et le tcha d’une qui éternue et le chchchchch des adultes et le squouink des ressorts. J’étais interloquée. Qui avait pu penser ne serait-ce qu’un instant que nous allions dormir ? Nous détendre, même ? Eh bien si. La plupart de mes congénères roupillaient. Ceux qui étaient normaux. Moi, je m’énervais tellement de cette prison textile que je suffoquais. Angoisse. Parfois une gentille dame prise de pitié m’autorisait à me lever à condition d’être sage. Alors, ô joie, je me cachais derrière un rideau. Un grand rideau orange qui tombait jusqu’au sol. Eh bien, ça, rester tout ce temps ravie derrière un rideau, c’était pas normal. Comme refuser en me débattant de me mettre en rang (mais bon sang pour quoi faire ?) ou enfoncer dans mes narines des boules de mimosa pour profiter du parfum. Un jour, j’ai reçu une fessée, j’avais dû être trop bizarre. On est venu me chercher et la maîtresse a dit :

– Elle n’est pas comme les autres, il faut voir un psychologue.

En 1980, aller voir un psychologue, je l’ai compris tout de suite, c’était très grave. Pendant plusieurs jours les adultes chuchotaient en me regardant d’un visage atterré. Ma mère était furieuse et mon père très triste. C’est là que j’ai pris la grande décision de devenir normale. J’allais imiter les enfants convenables.

Magie ! A l’entrée au CP j’étais déjà devenue une charmante enfant. J’apprenais vite, je souriais beaucoup, j’étais très joyeuse (les gens aiment beaucoup lorsque l’on est joyeux). Il persistait bien sûr des domaines dans lesquels je ne pouvais donner le change, malgré tous mes efforts. En particulier dans l’espace. La gauche, la droite, les distances et directions, tout ça, je voyais bien que c’était facile pour les autres. Lancer un ballon ou bien le rattraper. Pour moi, c’était l’enfer. On m’a dit que j’avais deux mains gauches ou que j’étais bourrine. A y regarder vite je paraissais idiote. Quarante année plus tard on m’a dit dyspraxique. Si j’avais su plus tôt je me serais moins haïe.

Scolarité impeccable jusqu’à devenir maîtresse (avec secret espoir de sauver les enfants pas convenables ou au moins d’être là pour leur dire « c’est pas grave »). J’ai tout appris, tout ce que les autres savaient d’instinct. J’ai appris à me faire des amis, à être drôle en soirée, à passer des entretiens, à m’occuper des mioches. Je me plaisais beaucoup avec les plus petits ou bien les plus âgés. Mes pairs me terrifiaient. Ils étaient trop directs, trop familiers. Alors j’ai trouvé aussi comment apprendre à avoir des amis de mon âge. Il fallait un plus petit espace que le monde tout entier. Une micro-société. Une colonie de vacances. Ce fut mon laboratoire de vie. Le bonheur ! Il y avait des règles et des places. Les gens se trouvaient où ils étaient censés être et les rapports étaient hiérarchisés. Trop facile ! Je me suis épanouie.

Il restait l’amour. Pas de chance, c’est une zone de secret, personne ne l’enseigne. Et le sexe encore moins. Et mon cul était beau.
Que faire avec ça ? Un ami m’a appris. Enfin, je croyais qu’il m’apprenait alors j’ai tout intégré, tout retenu et tout appliqué pendant plus de vingt ans. En amour rien n’est sale alors j’acceptais tout si c’était ça, l’amour.
Je ne savais plus dire non.

Et comme j’aime apprendre et j’aime les labo, j’ai trouvé un terrain d’étude plus fertile que tous. J’ai vogué, j’ai fait le tour.
Maintenant je relis mes notes, de ce voyage en sexe qui a duré vingt ans et je recule d’un pas.
Ok. Il fallait dire non.

[Image Pixabay]

« Une rencontre trop sage » : naissance d’une chanson

Dans ma voiture, j’écoutais une playlist dont je me souviens bien. « Nouveautés francophones ». La voix de Jeanne Moreau a attiré mon attention. Elle disait avec sa belle nonchalance « le temps est chose précieuse… ». J’ai monté le son. Les mots de Jeanne étaient entourés d’une musique electro tout à fait contemporaine qui tranchait complètement avec le grain vieilli de l’enregistrement.
Elle parlait de lecture, d’harmonie de l’esprit et du corps, du temps qui s’écoule, de résister au sentiment de culpabilité. « La vie est difficile, la vie est douloureuse » disait-elle, et j’entendais son sourire. La musique montait, le rythme accélérait, les notes étaient écloses. Coup de foudre.

En rentrant chez moi je me suis ruée sur mon ordinateur pour retrouver le morceau. Je l’ai réécouté, et j’ai découvert les autres. Enthousiaste, j’ai twitté un lien vers ma belle découverte.

Quelques jours plus tard je recevais un message de VAPA me remerciant pour le partage. C’est rare d’être si sympa de la part d’un artiste ! Je lui fis part de mon enthousiasme et le félicitai. Et joie, voici ce que je lus : « J’ai parcouru vos textes. Avez-vous déjà pensé à les dire sur de la musique electro ? Si ça vous intéresse vous pouvez m’envoyer un extrait, nous ferons un essai. »

J’avais déjà enregistré Une rencontre trop sage et l’envoyai illico. Match ! Ça collait.

La proposition de VAPA était belle, j’adorais la musique qui révélait l’amour et l’émotion bien plus que l’érotisme. L’érotisme n’était pas le sujet mais une conséquence parmi d’autres de l’amour. VAPA l’avait compris à l’évidence, avec ce piano pudique et délicat.

Mon son était mauvais il fallait enregistrer en studio.
Imaginez une dame bredouillante et timide, arriver en tremblant devant deux ingénieurs du son et dire « Alors, heu, voilà, c’est… c’est une lecture, d’un texte, heu… d’un texte érotique ». Merci encore au studio Rimshot pour le professionnalisme. Lucas, l’ingé son, n’a pas cillé. Comme si tous les jours des femmes venaient susurrer au micro des histoires d’homme qui bande.
VAPA a fait un super travail avec ça. Nous avons beaucoup échangé, surtout par écrit, car je suis quasi phobique du téléphone. (Oui, VAPA est patient. Très patient.)

Et un jour, c’était bon. Nous tenions notre morceau. C’était ainsi qu’on l’aimait. Il fallait créer une chaîne You Tube, et même une page Facebook ! La tête me tournait, mais qu’est-ce que j’étais fière !

Je vous fais aujourd’hui le récit du premier morceau alors que le troisième est en préparation. C’est du bonheur, tout ça ! J’aime que les mots dits et tout ce qu’ils évoquent soient pour un musicien un instrument parmi les autres.

Chers lecteurs, chers followers, chers amis : (re)voici « Une rencontre trop sage » :

Je vais me la jouer Youtubeuse, mais c’est le jeu : si vous aimez, n’oubliez pas le pouce qui encourage, et abonnez-vous à la chaîne : il y aura d’autres morceaux, lectures, vidéos. Merci !