Archives du mot-clé Edmond

Madame est d’humeur vache

Mots contraints : Pétanche, foutraque, conjuguer, décliner, indicatif, morphologiquement, expansion, gradation, syntagmatique.

Je venais de passer quelques jours irritée et il me fallait décliner ma rage. La contenir était vain, je visais l’expansion.

Je pensai à Edmond. Pétanche, après tout ! S’il était à mes pieds, il fallait que ça serve. (A titre indicatif, si vous arrivez juste, Edmond est majordome.

D’un point de vue purement syntagmatique, si j’égrène ses fonctions, le code du travail ne conjugue pas ses heures jusqu’à souffre-douleur. Mais ce qui rend Edmond inestimable, c’est que s’il me sert – depuis belle lurette – c’est juste par amour.)

Donc, j’appelai Edmond, et selon l’habitude, il vint son ventre à terre. (En gros, il accourut.)

J’avouai simplement ma joie de le revoir. (Toujours aussi foutraque, pendant ses longs congés, il avait fait le tour des Maîtresses du canton.)

— Edmond, mon vieil ami ! Enfin, vous revoilà !

— Madame, vous savez bien : un seul mot et j’accours.

— J’espère que cette fois tu ne le regretteras pas… J’ai une contrariété : mon humeur est atroce et par étrange gradation, ça ne cesse d’empirer. J’espérais carrément me défouler sur toi. Ça ne pose pas de problème ?

— Vous savez bien, Madame, par vos mille bontés, que, morphologiquement, je peux bien encaisser tous vos défoulements. Mais j’ose suggérer…

— Eh bien ! Quoi ?

— Il me semble, Madame, qu’un long massage à l’huile, avec une musique douce, et tous charmes encagés, vous irait à merveille.

— Que tu es insolent. Toujours à suggérer ! Eh bien soit, mon Edmond, masse-moi donc, sans tarder. (Mais laisse-moi bouder. Mon humeur est méchante, je tiens à rester vache.)

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Pour lire les autres variations linguistiques de cette contrainte ardue, c’est en oulimotie !

Edmond et les yakitoris

Edmond ! Edmond !
Et ces yakitoris, dois-je les cuire moi-même ?
Je ne cesse d’ordonner, tu ne cesses de fouir.
J’en perds vocabulaire, que tu m’agaces, Edmond !
Incantation, impétration, hypnose… quelle technique acquérir pour qu’enfin tu m’écoutes ?
Je connais ton dessein : quand je suis balbutiante et aux mots tout tordus, tu me présentes ta berge et je mouille ma ulve. Nous voilà bien.
Je t’accule contre un mur et crie « Je veux ta pite ! ».
Et toi tu dis, paisible : « Madame, pardonnez. Je dois faire la faisselle ».
Tu te gantes de caoutchouc et me tournes le dos.
Ah, Edmond : qui de Maîtresse ou toi décide dans cette maison ?

 

[Image Pixabay]

La robe d’Aristote

Edmond
– Madame, votre ami Aristote est là, vêtu étrangement. Il dit que vous l’attendez.
Madame
– C’est exact. Mais il va patienter, je ne suis pas encore prête.
Edmond
– Excusez-moi, Madame, j’insiste sur sa tenue.
Madame
– Eh bien quoi ?
Edmond
– Il porte une robe d’abbé et à ma connaissance, il n’est pas religieux.
Madame, en souriant.
– Il est pourtant d’une sagesse qui pourrait t’inspirer, cher Edmond.
Edmond, piqué.
– En quoi serait-il sage de porter une robe pour venir à votre porte ?
Madame
– Je vais dire tes erreurs et ensuite, la réponse. Edmond, tu n’est pas assez fou et manques d’imagination. Figure-toi que je m’amuse à écrire un roman érotique. Je te rassure, pas sous mon véritable nom : il reste des cul-pincés qui s’en offusqueraient. Après mes premières pages, je confiai à Aristote mon interrogation : mon histoire, est-ce qu’elle faisait bander ? Avec le plus grand calme, il proposa son aide. Or, si j’ai sûrement un grain, il me reste du pragmatisme et je lui ai demandé comment, sans le toucher, je pourrais à coup sûr constater mon effet. Il ne fut pas confus, et sans hésitation, proposa de venir avec une tenue qu’il déboutonnerait pendant que je lirais. N’est-ce pas adorable ?
Edmond, maussade.
– Il n’y a pas d’autre mot.
Madame, câline.
– Toi, tu es jaloux et veux une lecture…
Edmond, égaré de bonheur.
– Je suis votre serviteur !

[ Image Pixabay ]

 

Le site des oulimots

Les deux Edmond

« Je cherche vainement neuf mots qui pourraient vous inspirer. »

Madame est à son bureau, Edmond, en livrée et gants blancs, est debout tout près d’elle.
Madame semble soucieuse.

Edmond : Une chanson de Björk ?
Madame : Mais non, voyons, nous sommes surannés.
Edmond : Il est vrai, surtout moi. Un abbé médiéval, alors, dans une abbaye sombre ?
Madame : Dans la contrainte, il est dit « avec plaisir », ton contexte est glaçant. Et Dieu me préserve de glisser des ébats dans un lieu sacré !
Edmond : Madame est bien morale…
Un couple, en promenade, sur le même chemin ?
Madame : Là, pour le coup, c’est presque trop facile.
Edmond : Donc l’idée du champagne est du même acabit.
Une correspondance, alors ?
Madame : Bon, Edmond, ça suffit. Tout ça est trop banal.
Edmond : Je cherche vainement neuf mots qui pourraient vous inspirer, Madame.
Un amour platonique, et néanmoins charnel ?
Madame : Ah, là, tu m’intéresses. Quels mots me dirais-tu ? *
Edmond : (Criant soudain)
Touffe ! Bouquet ! Fou ! Grelot, et puis frissonne !
Madame : (Gloussant, visiblement émue)
Reprenez-vous, Edmond.
Edmond : (Il prend la main de Madame)
Soleil, ébloui, bonheur et sacrifice.
Madame : (Elle caresse tendrement le front du domestique)
Mon ami, vous êtes fiévreux, venez que je vous soigne.

* A partir de cette réplique, l’auteure remercie l’autre Edmond, le Rostand, pour sa contribution au texte.

[ Photo : Anne Brochet dans le rôle de Roxane, Cyrano de Bergerac, 1990 ]

Edmond a fait des crêpes

Madame était au boudoir, dans un pyjama pastel. Elle brossait ses cheveux avant d’aller dormir, quand soudain, le désir :
– Edmond ! Apportez-moi des crêpes, avec un darjelling, j’ai faim.
Le majordome accourut, souple et en queue de pie.
– Hélas, Madame, il n’y en a plus. Mais j’ai fait une pâte, elle est lisse et liquide. Dois-je vous en cuire une ?
– Évidemment, Edmond. Au miel et citron bio, vous connaissez mon goût.
Et regardant la soie de sa veste entrouverte, Madame se dit que peut-être elle n’allait pas dormir.
Elle s’agenouilla devant sa commode et en ouvrit le dernier tiroir, fouillant sa lingerie. Elle mit de côté des vieilleries : kimono noir, collier d’esclave, reliques de putain. Elle trouva ce qu’elle cherchait : une longue tunique de soie fendue jusqu’à la cuisse et des mules à talon. Voilà qui était joli pour déguster des crêpes.
On frappa doucement à la porte, Edmond s’était hâté.
– Voici, Madame. Nous n’avons plus de miel, j’ai ajouté des fraises.
– Plus de miel ? Tu m’insultes ! Je suis tellement déçue. Edmond, viens par ici, il faut me consoler…

La tique

– Madame, je voudrais vous parler de cette chose brune fixée à votre jambe.
– Tu veux parler du kyste sombre, que j’aime pourtant, comme un astre morbide accroché à ma peau ?
– Morbide, vous avez dit le mot. Je me suis permis quelques études, intrigué par la chose. L’Académie des Amis des Relations Saines est formelle : c’est un dangereux parasite.
– Voyons, Edmond, j’aime cette protubérance. Quand cette chose s’est posée sur moi, elle a changé ma vie ! : J’aime cette grosseur laide : elle et moi, nous sommes des incompris, notre monde est indigne de ceux qui le critiquent.
– Permettez-moi, Madame, de vous signaler que votre langage est étrange, quasi incohérent. L’effet du parasite, qui trouble votre cerveau.
– Que me racontes-tu là, insolent majordome ?
– Eh bien voilà. Sur votre jambe, madame, c’est une vulgaire tique. Certes, une espèce dangereuse : le Dominus Pacotillare. De cette dangerosité-là, il en reste très peu. Quand elle se fixe sur vous, vous lui appartenez : elle détient vos pensées, occupe toute votre âme, et vous vivez pour elle, dans un bonheur tout fou. En vérité, une terrible nuit s’abat sur votre vie, et la tique vous pilote. Elle s’adapte à tous les milieux, inutile de fuir, elle sera accrochée. Et tout le temps qu’elle est sur vous, elle vous fait agir selon sa volonté, pour son plaisir sadique. Vous croyez consentir et criez adorer. Mais en vérité, vous vous avilissez, vous êtes triste et lasse, votre énergie à plat, et plus d’estime pour vous.
– Damned ! Retire-moi cette chose !
– Cela va vous faire mal : elle est très accrochée.
– Fais ce que je te dis, tu m’obéis, n’est-ce pas ?
– Je tiens à vous, surtout. Attention, je l’arrache.
– Aïe ! Aïe ! Aïe ! Oh ! Oh ! Oh oui. Oh oui…
– Madame… « Aïe, oh oui ? » Vous n’êtes pas guérie ?

 

Le lapinou de Pâques

– Edmond, mon cher Edmond, préparez le panier de pique-nique, je veux déjeuner sur l’herbe. Je me sens lasse et triste, j’ai besoin d’être sur terre. La vraie, humide et odorante, qui offre ces jours-ci toutes ces primevères.
Et puis renseignez-vous et choisissez le lieu : paisible, isolé des regards et baigné d’un grand soleil. Nous irons vers midi, à la rosée séchée : je ne veux pas avoir froid quand je me coucherai. 

Le majordome, silencieux et parfait, prépara à merveille, et conduit en voiture Madame jusqu’à un pré en bordure d’un ruisseau. L’herbe y était grasse, l’eau cristalline chantait et des parterres de jonquilles ondulaient au vent doux.

Madame était badine, en croquant un radis.

– Venez, Edmond, vous coucher près de moi. Cette tenue de campagne vous va à ravir, votre lutin joyeux n’est-il pas trop serré ?

Coquine, elle effleura en riant la toile claire, et le vit se gonfla.

– Qu’est-ce que cette chaleur ? Qu’est-ce qui palpite là ? Oh Edmond, ma chasse aux oeufs commence, voici un petit lapin ! Je vais le goûter vite : est-il en chocolat ?

 

Bucolique Yoni

J’étais à l’étable, une après-midi de printemps. Légèrement vêtue, je déplaçais de la paille, les gestes animés. J’étais fort joyeuse du soleil retrouvé, et du vent tiède entrant dans la remise. Je travaillais de si bon coeur que je ne vis pas entrer Edmond, le majordome de la maison. Dieu qu’il était canon, cet homme-là ! J’étais comme toutes les servantes : en pâmoison, à ses pieds.
– Bonjour, fermière, auriez-vous vu votre Paul ?
– Madame l’a sonné, pour lui donner des ordres. Il ne reviendra pas vite, elle en avait des wagons.
– C’est ennuyeux, j’ai trouvé cet objet. Comme Paul est ébéniste, j’ai pensé qu’il saurait où je dois le ranger.

Il me montra un petit sac gris et en dénoua le ruban. A l’intérieur, un oeuf en bois clair, extrêmement lisse, d’une douceur de pêche. Il me le tendit :
– Secouez-le. Vous entendez ? Il contient une perle.

Sourire entendu d’Edmond. Le diable savait tout.
Quelques instants plus tard, l’oeuf au chaud, à sa place, je découvris ravie le mât tendu d’Edmond. Mes hoquets de jouissance, ses râles de plaisir !

Edmond fait crépiter le feu

Edmond, quand vous aurez fini le repassage, vous serez aimable de refaire mon lit. Mon vieil ami Monsieur Tardieu et moi venons de le défaire.
– Bien, Madame.

Quelle perle, cet Edmond, songeait-elle en retouchant son maquillage. Depuis qu’il ne quittait plus le foyer, la vie était considérablement embellie.

– Le lit est refait, Madame. Souhaitez-vous un dîner copieux, comme toujours, après la visite de Monsieur ?
– Hélas, Edmond, mon pauvre Monsieur était las, et ne m’a pas épuisée. Servez-moi plutôt quelques amuse-bouche au salon et faites crépiter le feu.

Le grand majordome disparu en cuisine, Madame arrangea sa tenue. Quel ennui, de n’avoir pas joui aujourd’hui, allait-elle devoir changer d’amant ? Ce serait désolant, Monsieur était courtois.
Elle s’allongea à demi sur le canapé et contempla la danse des flammes dans la cheminée en balançant un escarpin au bout de son orteil. Lorsqu’ Edmond déposa le plateau sur la table basse, elle lui adressa un sourire enjôleur.

– Ah, mon ami, que je vous aime ! Venez donc m’embrasser et rendez-moi heureuse.

Bientôt sur le tapis, une jaquette noire, de la soie rouge froissée, des bas et des chaussettes, des claquements coquins, des rires épanouis.

[ Image Pixabay ]