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Résolution

— Je ne veux plus d’amour.

— Tu ne peux pas dire ça !

— D’accord, je reformule : je ne veux plus de relation amoureuse.

— Mais toi et moi, on s’aime.

— Tu m’agaces. Je précise davantage, puisque tu m’y obliges. C’est le cul. Je ne veux plus de sexe. Les pulsions primaires, les organes génitaux, les fluides, les grognements… C’est fini. J’arrête.

— C’est une indigestion ?

— Peut-être. J’en ai trop fait. M’en suis trop laissé faire. J’étais à l’opposé de mes besoins vitaux.

— Tu as besoin de quoi ?

— Calme, câlins, constance.

— Tu as eu quoi ?

— C’est difficile à dire. Les mots ne viennent plus, ou alors si violents que je crains de mentir. Ce sont des coups, des viols, des pleurs, de l’épuisement. J’ai si peur d’être injuste si je me pose en victime. Je suis certaine d’avoir tout provoqué. J’ai allumé les mèches. Je ne peux pas me plaindre d’être déchiquetée par les déflagrations.

— Mais les coups, qui les a donné ?

— Eux.

— Qui les as reçu ?

— Moi.

— Tu es bien la victime, c’est tout simple.

— Au contraire, c’est terriblement ambigu. Si je peux m’en réjouir c’est pour l’inspiration : je raconterai cette histoire jusqu’à ce qu’elle s’éclaire d’une lumière franche comme la lumière du jour. Jusqu’à la vérité.

Sous le plaid zinzolin

Mots suggérés : zinzolin, ostinato, lutin, calfeutrés, avare, oligo-éléments, facile, blottie, délicatesse, aspirant.
Mot complémentaire : affleurer

Elle avait décidé de ne plus faire l’amour. Plus de sexe, plus d’amant, plus d’amante, plus rien de cet ordre là. C’était irrévocable.
S’y résoudre n’avait pas été facile. Il avait fallu une dernière romance. Un homme adoré et avare d’amour. Le plus déchirant dans l’histoire était la certitude qu’il songeait la même chose : il l’avait adorée et elle l’aimait mal.

Blottie dans ses coussins livides et enroulée dans un plaid zinzolin, elle se songeait au milieu de sa vie et se remémorait le chant de ses amours, ostinato d’échecs lancinant. Parfois, une variation, un éclat, une cymbale… et immanquablement, le retour du motif qui soutenait bassement l’amère vérité : il n’y aurait jamais d’autre composition.

Elle n’était pas née dans le siècle où les femmes déçues se calfeutraient ensemble en couvent, ou mieux, en béguinage. Il fallait s’exposer, faire semblant d’aller bien et immanquablement un aspirant jaillissait comme un lutin joyeux. Tout en délicatesse, charmant, inoffensif. Ravie, elle se laissait glisser aux délices amoureux. Mais aujourd’hui elle savait. Elle était fer, ou peut-être fluor. Ces oligo-éléments nécessaires à la vie et toxiques en surdose. Il allait la haïr après s’être goinfré d’elle.

Des mois et des années elle avait essayé d’affleurer en passion. Quand l’amour émergeait elle prenait la fuite. En vain. L’amour est plus malin et retrouve les fuyards.

Blottie dans ses coussins et son plaid zinzolin, la femme sensuelle caressa ses rondeurs.
« Et si je m’aimais, moi ? »

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