Archives du mot-clé Atelier d’écriture

Rompez encore (auteurs invités)

Faut qu’j’te dise mon amour mélancolique
Que bien que je sois total morgane de toi
Rien ne reste pourtant possible
Tu ronges mes jours et mon âme
Même si tu fais brûler ma flamme
Tes tristesses me consument

Tu as de la peine
Pas autant que moi
Pourtant si je t’aime
Tu sais qu’ça va pas

Nous fut une envolée d’étoiles filantes
Tes démons ont recouvert la joie
Tant que tu seras leur proie
Moi je reste loin de toi
Je dois protéger mon coeur
Tu dois guérir tes noirceurs

Tu as de la peine
Pas autant que moi
Pourtant si je t’aime
Tu sais qu’ça va

Tu m’as broyé mon amour de feu
Tu as explosé mes rêves tout bleus
Je sais que le noir me guette
Que parfois je t’y entraîne
Tu es ma source de joie
Et sans toi je ne sais pas

Oui j’ai de la peine
Encore plus que toi
Mais tellement je t’aime
Que je ne veux pas
Je ne veux pas te détruire
Ne veux pas te voir souffrir
Alors continue sans moi

Ssaara121

*****

Smoke gets in your eyes

C’est comme si mon cœur s’était brisé ; mon cerveau a implosé. L’oeil vitreux je marche hagard dans les rues de Paris. J’erre, ivre sans avoir bu. J’avance dans un brouillard épais pourtant en plein mois de juillet. Je me noie dans une ville dont je ne sais plus rien. Tout juste des lumières, des ombres, des reflets.

Mes larmes coulent. Je ne pourrais plus jamais fermer les yeux sans voir son corps emmêlé avec celui de cet homme. Lui qui grogne en coup de reins et elle qui gémit. Comme une scène d’accident de voiture ou les corps sont encastrés. Voilà c’est ça ! Je viens de vivre un accident, leurs corps imbriqués et moi carcasse pliée qui les entoure.

Mes tempes brulent comme si j’avais contracté une mauvaise fièvre. Des piétons me bousculent ou est-ce moi qui ne les vois plus ? Alors que j’écarquille les yeux. Je dois avoir une sale tête vu les regards que l’on me jette. Une vieille se tourne sur mon passage. Je marche jusqu’à m’épuiser. Puis, je m’effondre au pied d’un mur. Ce mur jusqu’à la fin de mes jours je l’éviterai. La tête dans les mains pour mille ans de désespoir.

Elle qui jouit et moi qui chute. Comme quand enfant au moment de m’endormir je chutais infiniment avant de sombrer dans la nuit. Voilà c’est une grande nuit éveillé qui s’ouvre devant moi. Je ne peux plus fermer les yeux sans voir ses mollets ballotter mollement sur ses épaules à lui. Spectacle d’abord incompréhensible avant que je me saisisse la bouche d’horreur.

Lui qui est-il ? Je n’en sais rien, si ce n’est qu’il est mon ange noir. C’est une forme, à l’œil interloqué en coin, qui a aspiré toute mon âme. Un diable aux fesses poilues. Arriverais-je un jour à refermer les yeux. Et même les yeux ouverts j’entends son cri à elle. Le cri qu’elle a poussé quand elle m’a aperçu. Strident. Aigu. Et ce geste, vain, de pudeur, de retrait. Paquet de chair humaine qui se dérobe sur les draps fripés de ce qui avait été notre lit…

J’ai encore dû courir, puis marcher vite, puis ralentir. Tête baissée, épaules rentrées. Accablé.

Et dans le premier café ou je suis entré, la musique de « smoke gets in your eyes » est venue mettre des mots sur ma peine.

Oui, mes larmes coulent comme si j’avais de la fumée dans les yeux.

Everybody knows

*****

Quelques jours que cette chanson me trotte dans la tête.
Pas envie, et pourtant elle est là en sourdine, elle tourne en mode repeat.
Pas envie d’essayer de comprendre pourquoi, mais ce cerveau n’en fait qu’à ma tête.

« mon cadavre à la mer »
Combien de fois ces dernières semaines j’ai pensé en finir. En finir de toi. Tes mots comme des poignards enrobés de velours, taillent mon amour propre depuis trop longtemps. Tu n’aimes pas les gens, les gens t’adorent, je les déteste. Alors que c’est toi que je devrais haïr. Si on t’ouvre les entrailles, y verrait-on la noirceur de ton âme. Sentirions-nous l’aigreur de ta putréfaction, depuis le temps que tu es mort à l’intérieur ? Je me le demande…

« tes pas ne laissent plus de traces à côté des miens »
En ont-ils déjà laissé ? Je n’étais bonne qu’à marcher dans les tiens. Ne pas prendre trop de place, ne pas te contredire.
Ce que je veux c’est de nouveau tracer mon propre chemin.
Sans tes pieds tu serais bien emmerdé. J’ai lu un bouquin un jour, un bâton et un bon maillet feraient l’affaire. La vibration du craquement de tes os serait une douce musique pour apaiser le bordel que tu as mis dans ma tête.

« tes lèvres sont le marbre
de la tombe de notre amour »
Et si je pouvais, j’en ferais des petits cailloux. Orner mon jardin de tes restes pour pouvoir marcher dessus tous les jours.

« ne te mouche pas dans ma robe »
Tu l’as déjà fait. Et toujours je t’ai pardonné. Cette fois ce sont de vraies larmes que je veux voir couler. Voir le crocodile se transformer en agneau qu’on emmène à l’abattoir. Tu as nourri ma haine trop longtemps, avec attention et persévérance. Elle veut sortir, je le sens. Un monstre qui va m’arracher la cage thoracique au passage.

« Mais je n’ai pas trouvé le courage
Par la fenêtre de me jeter »
Mais je n’ai pas trouvé le courage
De la fenêtre tu m’as jeté

“Mourir d’amour”

Noa

Rompez ! (Auteurs invités)

J’étais revenue. J’étais revenue car je n’avais nulle part où aller. Je suppose que c’est ce que font tous les enfants perdus. Ils reviennent toujours là où c’est le moins douloureux. Tu n’avais rien dit. Simplement étreinte. Tes yeux marquaient une légère surprise, c’était de sentir que j’avais maigri, encore, sans pourtant perdre la rondeur de mes seins et la courbe de mes fesses. “Comment perds-tu du poids sans rien perdre de ta silhouette”? Je riais, autrefois. Je ne savais pas. Et puis, j’avais compris. Je devenais plus légère à l’intérieur. Je me creusait, en gardant la façade à rue. On aurait dû m’appeler Bruxelles.

Tu ne savais plus trop comment m’aborder, rire nous était devenu inatteignable, parler n’avait jamais été possible. Alors, tu m’avais massée et puis, on avait fait l’amour. J’avais joui, comme toujours avec toi, comme jamais personne d’autre n’avait pu me faire jouir avant toi. J’étais devenue immense, et puis j’avais éclaté, à n’être qu’un immense trou noir au milieu de la voix lactée. J’étais venue pour ça. Nous le savions tous les deux. Je m’étais endormie sur ton épaule, dans son creux, ma main sur les quelques poils de ton torse. Autrefois, j’y voyais un aigle, et j’espérais qu’il t’aiderait à t’envoler, à quitter cette vie triste, morne, cadenassée, mais tu n’avais jamais rien compris à ce que je racontais. Je voulais qu’on brûle tout et qu’on reparte de zéro. Tu t’accrochais à ton titre et à tes faux amis.

Au matin, tu t’étais réveillé en premier, comme toujours. Je t’appelais le Lapin d’Alice, hop hop hop, il faut y aller, vite, vite, vite, le monde n’attend pas. J’avais paressé dans le lit, écoutant les bruits familiers: la radio que tu branchais sur la Première, le perco qui crachait son café, le grille pain qui toastait. J’étais en mode ennui intégral. J’avais fureté. J’étais descendue. Tu ne me voyais déjà plus, occupé avec le combat à la mode de la semaine. J’avais fureté. J’avais trouvé le cahier. J’ai éteint la radio et mis Spotify. “My life is going on” a empli la cuisine. J’ai monté le son autant que possible. Tu es sorti dans le jardin. J’ai ouvert la porte.

Je savais que tu ne comprenais pas un mot. Ton anglais était rudimentaire, tu avais toujours préféré l’espagnol pour draguer les filles. Neruda dans le texte… ça en jetait… Aujourd’hui, ce qui était beau, c’était ça. Savoir qu’on t’expliquait que j’allais partir pour me sauver. J’avais fureté. Lu ce que tu n’avais jamais avoué mais que j’avais toujours pressenti. Je me suis mise à danser lascivement. Tu as lâché ton téléphone. Complètement largué. Je t’ai poussé dans l’herbe, et je me suis installée à califourchon sur toi. J’oscillais, tu fermais les yeux. Tu m’as demandé: “Tu sens mon désir pour toi”? “I dont care at all” t’a-t-il été répondu. Et comme tu ne comprenais rien à l’anglais, j’ai précisé : “Qu’en pense Audrey”?

Fanny Charpentier

*****

Waoh, oh, ohoh
Hey, yeh, yeh, yeh, yeh,yeh, yehiii


C’est ce truc débile que j’entends quand j’arrive devant la porte de son appart. Je frappe, prête à lui faire remarquer qu’il retombe en enfance : on n’a pas idée d’écouter Louane, le volume à fond quand on a trente ans. Si ?
—- Ah, c’est toi ? balance-t-il en m’ouvrant.
Pourquoi a-t-il le regard fuyant et le teeshirt à l’envers ? Pas que le dos sur le devant. Les coutures à l’extérieur aussi. Ses yeux sont hagards comme s’il venait de fumer un joint ou de s’enfiler quelques bières.


Quand je m’approche de lui, histoire de remettre un peu d’ordre dans sa tignasse en bataille, je ne peux m’empêcher de remarquer que ce que je sens, ce n’est pas son odeur à lui. Outre son after-shave, un mélange parfum vanille et sueur d’une autre.
— Mais, je lâche sans le regarder, t’es pas seul ?
Il a toujours les yeux baissés.
C’est là que je commence vraiment à comprendre: il ne s’attendait pas à me voir parce qu’il était en bonne compagnie. .. AU LIT…


J’espère que tu vas souffrir
Et que tu vas mal dormir
Pendant ce temps j’vais écrire
Pour demain l’avenir


Celui qui est tout pour moi depuis presque trois ans ne m’aurait tout de même pas fait ce coup de pute. Cette chanson qui tonitrue, c’est un fait exprès ?
Je me sens bouillir. Je suis sûre que mes joues sont écarlates. Mes yeux jettent des éclairs.
Je l’attrape par les épaules et le toisant
— T’es même pas capable de me dire les choses clairement…
Je suffoque.
— ça dure depuis longtemps, tes parties de jambes en l’air avec une autre que moi ?
C’est seulement là qu’il a l’air d’émerger.

Douche froide. Une meuf un peu boulotte franchit la porte de sa chambre, notre chambre, et lui dit d’un air enjôleur : tu reviens, mon bébé ?
— Je te rejoins dès que j’ai viré Coline…


Je n’veux plus savoir
On s’est éloignés
Tu ne vas plus m’avoir
Et tout est terminé


Après une œillade, elle se retourne. J’ai le temps de voir ses grosses fesses déborder d’un mini-string. Heureusement qu’elle porte un teeshirt XXL de la boutique d’Hard Rock Cafe, celui que j’avais rapporté à mon chéri de Nice. Cette pensée me traverse l’esprit : ce gars, celui pour qui je fais des régimes drastiques depuis toujours, pour qui je m’affiche en jeans ultra slim ou en jupe mini-mini simplement pour qu’on se retourne sur moi dans la rue en se disant « quelle chance il a, ce type, d’avoir une fille aussi canon au bras, sous-entendu au lit », ce type, il m’a remplacée par une truie.
Ben, tout compte fait, ils vont bien ensemble : un porc, une truie… A quand les porcelets ?
Je morfle, c’est sûr.


Je tourne les talons. La porte claque derrière moi. J’entends, comme si cela venait de très loin « Bon débarras : elle était vraiment trop bêcheuse, celle-là ».
Je descends les escaliers en retenant mes larmes. Une volée : je résiste. Une autre : ma gorge est serrée par les sanglots qui y sont coincés. Une dernière : je laisse mes larmes couler sur mes joues.


Partie loin derrière
Sans trop de raisons

J’ai le cœur en charpie…

For Ever Blue

*****

Play it again, Sam

Nous, agent officier de police judiciaire Z., procédons à l’audition de Madame …, qui nous déclare :

Il n’y avait rien selon Télérama qui soit digne d’être regardé hier soir. Samuel m’a proposé de mettre un DVD. J’ai dit “d’accord” et l’ai laissé choisir. Parce que la dernière fois c’est moi qui avait choisi. Il a pris Casablanca dans l’étagère. Sans hésiter. J’ai trouvé ça curieux. Comme si c’était prémédité.

Il sait pourtant que je déteste ses vieux films en noir et blanc. Moi je ne m’habille que de couleurs vives. En plus il l’a mis en VO. Il sait que je ne supporte pas ça. J’étais déjà nulle en anglais au collège. Et lui je l’ai toujours soupçonné de faire semblant de comprendre quand Humphrey Bogart parle.

Au moment de la scène centrale du film, “Play it again, Sam… play As time goes by”, je l’ai regardée. Elle est si belle Ingrid Bergman. Le regard. Le sourire. La prise de vue en légère contreplongée. Et la lumière. Cette scène est sublime. C’est bien le seul moment que j’aime dans ce film. Pas la chanson, elle est tellement gnangnante. A kiss is just a kiss… bullshit!

Samuel respirait fort. Comme oppressé. Depuis qu’il a arrêté de fumer ça lui arrive souvent.

Je lui demande si ça va. D’abord il ne répond pas. Il me fait comprendre d’un signe de me taire. Mais il respire de plus en plus fort.

N’insiste pas, me dit-il.

À la fin du film il est livide. “Je vais appeler le 15”, je lui ai dit. J’ai pris mon téléphone mais il m’a bousculée. Il a fait tomber mon iPhone.

“Arrête, appelle plutôt un avocat. Je te quitte.”

Mais pourquoi ?

“Tu n’aimes pas Casablanca il te faut quoi d’autre comme raison de te quitter ?”

Mais c’est absurde voyons ! Et les enfants ?

“Ils aiment encore moins que toi mes vieux DVD.”

Alors il s’est levé et m’a juste dit c’est fini et encore n’insiste pas. Et il est monté se coucher dans la chambre d’amis.

Nous demandons à Madame … pour quel motif elle porte plainte :

Délit de fuite. Abandon de personnes vulnérables. Actes de torture. Préjudice moral.

Demandons à Madame … de quels actes de torture elle parle :

Casablanca en VO.

Nous demandons à Madame … comment elle explique la mort de son mari que le médecin légiste a datée de la même heure que la fin du DVD d’après la reconstitution faite de la soirée :

Il ne pouvait pas vivre sans moi. C’est la preuve.

Nous indiquons à Madame … qu’il n’est pas possible de déposer plainte contre une personne défunte :

C’est bien dommage.

Nous soumettons à Madame … le rapport toxicologique de son défunt mari :

Non je ne m’explique pas la présence de cyanure. Mais je peux comprendre qu’il ait voulu en finir à force de regarder ces vieux tromblons insupportables en VO.

Nous demandons à Madame … comment elle explique les traces de cyanure trouvées dans le tiroir de sa table de nuit :

Ah mais il a voulu me tuer en plus de me quitter ? Vous voyez bien que j’étais en situation de légitime défense, monsieur l’agent.

Samuel R.

Sous le plaid zinzolin

Mots suggérés : zinzolin, ostinato, lutin, calfeutrés, avare, oligo-éléments, facile, blottie, délicatesse, aspirant.
Mot complémentaire : affleurer

Elle avait décidé de ne plus faire l’amour. Plus de sexe, plus d’amant, plus d’amante, plus rien de cet ordre là. C’était irrévocable.
S’y résoudre n’avait pas été facile. Il avait fallu une dernière romance. Un homme adoré et avare d’amour. Le plus déchirant dans l’histoire était la certitude qu’il songeait la même chose : il l’avait adorée et elle l’aimait mal.

Blottie dans ses coussins livides et enroulée dans un plaid zinzolin, elle se songeait au milieu de sa vie et se remémorait le chant de ses amours, ostinato d’échecs lancinant. Parfois, une variation, un éclat, une cymbale… et immanquablement, le retour du motif qui soutenait bassement l’amère vérité : il n’y aurait jamais d’autre composition.

Elle n’était pas née dans le siècle où les femmes déçues se calfeutraient ensemble en couvent, ou mieux, en béguinage. Il fallait s’exposer, faire semblant d’aller bien et immanquablement un aspirant jaillissait comme un lutin joyeux. Tout en délicatesse, charmant, inoffensif. Ravie, elle se laissait glisser aux délices amoureux. Mais aujourd’hui elle savait. Elle était fer, ou peut-être fluor. Ces oligo-éléments nécessaires à la vie et toxiques en surdose. Il allait la haïr après s’être goinfré d’elle.

Des mois et des années elle avait essayé d’affleurer en passion. Quand l’amour émergeait elle prenait la fuite. En vain. L’amour est plus malin et retrouve les fuyards.

Blottie dans ses coussins et son plaid zinzolin, la femme sensuelle caressa ses rondeurs.
« Et si je m’aimais, moi ? »

Vous aimez ce jeu littéraire ? Vous allez adorer le blog des Oulimots.

Fais ton Audiard ! #AtelierDEcriture

J’ai proposé sur Twitter un défi à mes abonnés : écrire « une proposition inattendue, en moins de 150 mots, style Audiard ».
Voici les réjouissantes réponses et des liens vers les pages de certains auteurs.
Promenez-vous, vous ne le regretterez pas !
Merci à tous les participants, j’ai adoré vos textes.

 

La mort passe son tour

Patron encore un spritz !
Demande la Faucheuse, hips !
Pompette, la vue brumeuse
La Mort est cafardeuse,
Tombée sur un os, oui !
Un entêté d’la vie
Qui n’a pas calanché
Ça la fait bien chialer
– T’as assez bu comme ça
Proteste le patron, las
Le spritz te rend relou
Les autres ont mis les bouts
Rentre chez toi la timbrée
T’es complètement bourrée
– Nom de dieu une mondeuse !
Rugit la malheureuse.
– Ferme la ! Ma femme va v’nir !
Ses paluches vont t’occire
La porte s’ouvre brusquement
La patronne, aboyant :
– On t’entend de l’église !
Tu cherches quoi, la mouise ?
Casse-toi maudite Faucheuse !
Tu n’es qu’une allumeuse
Elle lui met une torgnole
L’autre en perd ses guiboles
Se relève, flageolant
Crache dans sa main deux dents
Attrape, tremblante, sa faux
Fuit, hagarde, le bistrot
S’rétame sur les pavés
Gémit : “Maudite soirée”.

Antoine Finck
La page d’Antoine

 

Crache ta Valda

– La vérité n’est jamais amusante sinon tout le monde la dirait. Et mon petit doigt me dit que malgré tes grands airs et tes belles phrases tu as plus du gugusse qui cherche à desserrer la corde qu’il a au cou que du baroudeur libre comme le vent. Mais crache donc ta valda. Ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. Et, pour peu que tu me fasses voyager un peu, je t’emmènerai peut-être en orbite

Elle m’avait cueilli à froid avec cette entrée en matière. Plus possible maintenant de lui servir ma soupe habituelle. Malgré ça, cette mousmé me donnait chaud dans le grimpant. Mais il fallait que je change de répertoire, le descendre d’un bémol. Et surtout pas essayer de lui jouer de la flûte. Pour rester dans les parallèles, ce rencard promettait d’être plutôt sportif que musical. Mais j’étais joueur. Et pas de fond de court. J’étais prêt à monter au filet. Le panache ça paie toujours. Balles neuves. Il était temps d’engager.

CoffeeFran
Le blog de Fran

 

Que du léger

L’annonce était passée :
« Recherche hommes originaires de Montauban dégainant facilement, marins barbus capables d’éparpiller façon puzzle.
Et un tonton.
Vous apprendrez certaines répliques cultes et devrez les ressortir aux moments les plus improbables. ».

Olga la polonaise sera présente avec son fouet.

Si on évite son alcool personnel, Olga est très fréquentable.
Entre la poire et le calva, personne ne sait bien ce que c’est.

A sa dernière venue, on avait refait toutes les scènes de la cuisine et elle ne connaissait pas la référence.
« Absolument, y’a aussi de la pomme ! », avait-elle asséné sans rire.

Pour le grisby : Léon et une boîte à l’entrée pour les loufiats.

Côté manger, on restera sur du classique : plat de côtes, paupiettes, civet de lapin, fromage et tartelettes.
Puis une petite crème renversée et une petite glace pour faire passer le tout.
Que du léger.

La cliente sera satisfaite.

John Doe
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Les questions et les réponses
C’était un cave. Du genre sorti d’un musée de province pour une exposition sur les cons, au Louvre, dont les magazines s’esbaudiraient d’importance. Il en imposait, tant par sa mise de prolétaire qui se serait habillé chez Célio un jour de dernière démarque que par sa conversation où résonnait le vide intersidéral de sa connerie.
Comment BlablaCar pouvait m’avoir envoyé un spécimen pareil ? Pourquoi était-il affublé de ses 5 étoiles et de commentaires enthousiastes des chauffeurs précédents ? Il y avait tant de cons sur les routes ?
Je l’avais embarqué à Limoges et j’étais déjà prête à cramer mes douze points pour en finir plus vite, à 180 dans ma Twingo. A Montauban, à force de faire les questions et les réponses, il est tombé amoureux et a voulu m’épouser. C’était ma première fois. Alors j’ai voulu le tuer, mais avec panache. Et à la Noël j’étais veuve.

Maximilien Kolbe

(Pour lire Maxilimien, achetez bientôt Osez 20 histoires de passion sexuelle, j’y serai aussi ! Découvrez ici la collection.)

 

Le Polichinelle

Tu crois vraiment que je vais te croire ? Tu dis de telles énormités qu’à côté de toi Trump est un modeste prédicateur du dimanche qui est obligé de se payer des placards publicitaires pour attirer du monde dans sa gargote. Ma fille a un polichinelle dans le tiroir et c’est un cadeau d’un Chinois en plus ! Ah c’est une habitude bien française que de raconter des conneries à tout va. Il y a ceux qui disent des bobards et ceux qui les colportent. Ma fille n’a jamais quitté le village, où voudrais-tu qu’elle ait croisé ce fils de l’Empire du milieu  ? Au camping ? Elle rentre tous les soirs à la maison. Comment ferait-elle pour montrer ses roberts à un asiate ? L’après-midi à l’heure de sieste ? Mais comment sais-tu cela mon salaud ? Toujours à fourrer ton œil dans la serrure des autres. Je vais t’apprendre à colporter des ragots.

FetishBar
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Les anglais d’Hélène

Un jour que j me promenait sur le piaf, la clope au bec, suis tombé sur une drôle de donzelle !!!
Ça a fait tilt direct, un avion de chasse la gisquette, bien sur y avait pas mal de singes sur son dos mais mon envie d’aller à la cave était vraiment trop forte.
J venais toucher de l’oseille sur La belle Hélène dans la quatrième à Auteuil, j lui propose mon flouz pour emmener le p tit au cirque !!
Elle cogite.
Elle assimile ..
Elle fait son p tit calcul, elle hésite à mettre les flutes ..
Mais pas folle la guêpe, et plutôt cigale sur le coup, elle me donne l’adresse d’un rad à Bastoche.
Et v la que li piaf se transforme en corbac, les anglais débarquent qu’elle me dit !!!
J’te dis pas dans quel état j’étais !
DHS

 

La descente du barbu
Figure-toi que la dernière fois, y’a un zig qui m’a fait une drôle de proposition.
Son régal c’est la descente du barbu. Le v’la t’y pas qu’il est prêt à raquer une partie de son oseille pour que je passe à la casserole et qu’il me fasse reluire.
Quelle scoumoune ! J’étais joisse à l’idée mais mes ours ont débarqué la veille…J’te dis pas dans quel état j’étais !

Bethy

Suivre Bethy sur Twitter

 

Pour rester drôles et doux, fredonnons ensemble :

https://youtu.be/1_d19EtxQO8

 

Merci encore et bravo aux auteurs du jour !

Il fallait dire non

Avant, je ne savais pas dire « non ». J’avais appris qu’une fille bien élevée était obéissante et à l’âge de rébellion, je savais que mon corps était source d’attrait. Un soir en rentrant du lycée un homme m’avait touchée et m’a mère a crié de ne pas faire d’histoire : un cul comme le mien, évidemment qu’il tente. Ce cul étant sur moi, j’ai vécu selon ses règles : qui le voulait l’avait. Je n’étais pas la fille de tout le monde, car par une étrange magie j’ai toujours été bien entourée, d’amis très protecteurs qui montaient bonne garde. Savaient-ils, ces amis, que j’étais différente ?
Ça aussi, quelle blague. Normale ou différente ? Normale selon quelle règle et différente de quoi ? En tout cas, quelque chose clochait. Depuis la petite enfance je n’entendais que ça :

– Bon sang cette gamine ne fera donc-t-elle jamais comme tout le monde ?

Alors je regardais tout le monde et je les imitais. Je riais quand ils riaient, ouvrant bien grand ma bouche et secouant mon ventre pour crier en hoquets. Leurs blagues étaient faciles, j’en faisaient à la pelle, Dieu que j’étais marrante. Au début du primaire j’avais compris le truc.
La maternelle, en revanche, cette poisse. Il fallait s’aligner, je n’ai jamais pu comprendre. Et dormir en dortoir, entre un lit de camp qui pue et une couverture qui gratte. Entourée de l’école entière rangée comme un parking. Et le scratch d’un qui se gratte et le tcha d’une qui éternue et le chchchchch des adultes et le squouink des ressorts. J’étais interloquée. Qui avait pu penser ne serait-ce qu’un instant que nous allions dormir ? Nous détendre, même ? Eh bien si. La plupart de mes congénères roupillaient. Ceux qui étaient normaux. Moi, je m’énervais tellement de cette prison textile que je suffoquais. Angoisse. Parfois une gentille dame prise de pitié m’autorisait à me lever à condition d’être sage. Alors, ô joie, je me cachais derrière un rideau. Un grand rideau orange qui tombait jusqu’au sol. Eh bien, ça, rester tout ce temps ravie derrière un rideau, c’était pas normal. Comme refuser en me débattant de me mettre en rang (mais bon sang pour quoi faire ?) ou enfoncer dans mes narines des boules de mimosa pour profiter du parfum. Un jour, j’ai reçu une fessée, j’avais dû être trop bizarre. On est venu me chercher et la maîtresse a dit :

– Elle n’est pas comme les autres, il faut voir un psychologue.

En 1980, aller voir un psychologue, je l’ai compris tout de suite, c’était très grave. Pendant plusieurs jours les adultes chuchotaient en me regardant d’un visage atterré. Ma mère était furieuse et mon père très triste. C’est là que j’ai pris la grande décision de devenir normale. J’allais imiter les enfants convenables.

Magie ! A l’entrée au CP j’étais déjà devenue une charmante enfant. J’apprenais vite, je souriais beaucoup, j’étais très joyeuse (les gens aiment beaucoup lorsque l’on est joyeux). Il persistait bien sûr des domaines dans lesquels je ne pouvais donner le change, malgré tous mes efforts. En particulier dans l’espace. La gauche, la droite, les distances et directions, tout ça, je voyais bien que c’était facile pour les autres. Lancer un ballon ou bien le rattraper. Pour moi, c’était l’enfer. On m’a dit que j’avais deux mains gauches ou que j’étais bourrine. A y regarder vite je paraissais idiote. Quarante année plus tard on m’a dit dyspraxique. Si j’avais su plus tôt je me serais moins haïe.

Scolarité impeccable jusqu’à devenir maîtresse (avec secret espoir de sauver les enfants pas convenables ou au moins d’être là pour leur dire « c’est pas grave »). J’ai tout appris, tout ce que les autres savaient d’instinct. J’ai appris à me faire des amis, à être drôle en soirée, à passer des entretiens, à m’occuper des mioches. Je me plaisais beaucoup avec les plus petits ou bien les plus âgés. Mes pairs me terrifiaient. Ils étaient trop directs, trop familiers. Alors j’ai trouvé aussi comment apprendre à avoir des amis de mon âge. Il fallait un plus petit espace que le monde tout entier. Une micro-société. Une colonie de vacances. Ce fut mon laboratoire de vie. Le bonheur ! Il y avait des règles et des places. Les gens se trouvaient où ils étaient censés être et les rapports étaient hiérarchisés. Trop facile ! Je me suis épanouie.

Il restait l’amour. Pas de chance, c’est une zone de secret, personne ne l’enseigne. Et le sexe encore moins. Et mon cul était beau.
Que faire avec ça ? Un ami m’a appris. Enfin, je croyais qu’il m’apprenait alors j’ai tout intégré, tout retenu et tout appliqué pendant plus de vingt ans. En amour rien n’est sale alors j’acceptais tout si c’était ça, l’amour.
Je ne savais plus dire non.

Et comme j’aime apprendre et j’aime les labo, j’ai trouvé un terrain d’étude plus fertile que tous. J’ai vogué, j’ai fait le tour.
Maintenant je relis mes notes, de ce voyage en sexe qui a duré vingt ans et je recule d’un pas.
Ok. Il fallait dire non.

[Image Pixabay]