Les loups amoureux

Anders et Rose sont les meilleurs amis du monde depuis des années. Il lui raconte ses plans cul gay et elle lui confie ses folies bisexuelles. Ils partagent tout ou presque !
Aujourd’hui après un trio avec Diane, l’amie que Rose héberge, une question s’invite : et s’ils étaient amoureux ?
Un conversation s’impose…

 

– Quoi que nous fassions je ne veux pas te perdre. D’une façon ou d’une autre, je te veux dans ma vie. Tu es mon meilleur ami et je tiens vraiment à toi.
– On s’aime, Rose, tout simplement.
– Oui, mais… pas comme… un couple ?

Je prononce ces deux mots avec un sourire. Nous sommes voisins, confidents de stupre et maintenant un couple hétérosexuel ? Comme toujours, Anders est la voix de la sagesse :
– Et si l’on ne décidait rien ? On vit au jour le jour sans se poser de question. Tu veux un homme ? Tu le prends. Je veux un homme aussi ? Je fais pareil.
– Autant prendre le même homme.
– Et le sucer à deux ?
– Même se faire prendre à deux.
– Mais j’adorerais.
– Et Diane ?
– Elle est avec nous. On prend soin d’elle tant qu’elle en a besoin.
– Je t’aime.
– Tu sais Rose… Nous deux, j’y pense depuis longtemps. Je crois que nous ferions un formidable couple. J’avais envie de toi depuis longtemps mais je n’osais pas te le dire. Je t’aime ! Et j’ai très envie faire l’amour avec toi.
– Oh merde Anders ne me dis pas des choses comme ça. J’ai peur que tu disparaisses, moi. Je ne t’espérais même pas comme plus qu’un ami. Et puis tu es homo, je te signale.
– Je le suis, oui.
– Et tu veux me faire l’amour.
– L’amour, oui. Je bande d’amour pour toi. Je suis homosexuel ascendant toi.
– Alors tu resteras ?
– Oui.
– On aimera Diane aussi ?
– Diane et moi t’aimerons.
– On baisera des types ?
– Oui, ensemble.
– Et des filles, aussi ?
– On niquera le monde. Et si le monde nous ennuie, on se passera de lui.
– Nous sommes cinglés, tu le sais ?
– Ou bien absolument sensés.
– Viens…

Je l’amène vers ma chambre et nous nous allongeons sur mon lit. Il se couche sur moi et nous nous embrassons. Longuement. Nos langues se mélangent, je bois à sa bouche, il respire mon souffle. Nous sommes nus. Ce baiser est tendre et passionné à la fois.
Il descend vers mes seins.
Je désire tant sa bouche que j’halète. Il vient à mes tétons et les mordille doucement. Je gémis. Il prend son temps et va d’un mamelon à l’autre tout en me caressant.
Il descend vers mon ventre, lentement. Il dessine son trajet de la pointe de sa langue. Je suis parcourue de frissons, je le désire tant !
Alors je pose mes mains sur ses épaules et écarte mes cuisses. Je sais qu’il n’a jamais approché de sexe féminin et je m’offre à sa vue. Il me regarde. Il prend son temps.
Il pose un doigt sur mon pubis et descend vers ma fente qu’il longe jusqu’à mon anus, libérant le liquide de mon envie de lui. Il ne me pénètre pas et embrasse l’intérieur de mes cuisses. Je gémis, je me sens partir…
Il embrasse ma vulve juste sur mon clitoris. Je tressaille. Je crois que ma chatte a sa vie propre : elle tremble, vibre et brûle. Elle coule pour Anders, elle va crier Prends-moi !
Il me lape, plusieurs fois. Je retiens mon souffle sinon je vais jouir. Mes mains se serrent sur ses épaules. Y sent-il un signal ? Il introduit sa langue et la plonge au plus profond de moi. Ses lèvres épousent mes lèvres et son nez frotte mon clitoris. Je saisis sa tête et il durcit sa langue. Cette fois je respire et gémis en ondulant du bassin. Il s’accroche à mes hanches et me suit. Sa langue dure me fouille. Je crie et plus je crie, agrippée à sa tête, plus il s’active en moi. Il me boit, il me gobe. Il utilise sa langue comme si elle était son sexe. Il la fait aller et venir en moi par des mouvements de tête. Je m’écartèle. Il rentre, il sort, il fouille à gauche, à droite, en haut en bas et ses lèvres et son nez participent à tout ça.
Il me fait l’amour avec sa tête toute entière.
Je hurle comme un loup qui appelle sa meute, emportée par un orgasme sauvage. Je tremble de tout mon corps, peine à reprendre mon souffle. Des larmes inondent mes joues.
Anders lève la tête et vient m’embrasser. Nous nous accrochons l’un à l’autre sans nous quitter des yeux. Je lèche les liqueurs qui maculent son visage. Nous mélangeons nos fluides dans un baiser vorace.

Sa queue est entre mes cuisses. Il bande comme un fou. Mes jambes entourent son corps et je presse ses fesses contre moi.
Son gland se présente à mes lèvres. Nous nous regardons avec intensité. D’un imperceptible signe te tête je l’encourage. Viens… Il pousse sur mes lèvres qui s’ouvrent. Je l’avale. Il est là. En moi. Je me serre sur lui, mon vagin se contracte puissamment sur sa verge.
Alors il me baise. Donne des coups de reins. Je ne sais plus où je suis, seulement avec lui, nous flottons, seuls au monde dans un ciel de jouissance. Des coups de reins plus forts. Je râle, je dis oui. J’ai besoin de vigueur, je veux le sentir fort. Ma fougue le transporte alors il me pilonne. Je veux tant le tenir que je griffe son dos quand je sens qu’il durcit et tremble avant de jouir. Je serre mes cuisses sur lui pour le garder en moi et son sperme me remplit.

Nous nous sommes trouvés.

 

/ Photo : Les nuits fauves – Cyril Collard – 1992 /

Légère

Aujourd’hui, Légère est devenu une chanson.
(Liens autour du texte pour écouter partout.)
Merci à VAPA (Vous n’Avez Pas d’Avis) pour la musique !

Camille Sorel

Tu es papillon, tu es jasmin,

Ton nom tinte dans le vent.

Lin Fo-Eul (poète taïwanais)

/ Ecouter Légère partout /

Je suis légère.
Tu souffles et je m’envole.
Et puis je suis perdue, affolée, en tous sens. Je me cogne aux murs et à tout ce qui pique.
Tu dis que je dois changer, et devenir plus lourde.
Ne plus être bouleversée à la moindre brise qui passe.
Ne plus suivre toute entière la première chose qui accroche.

Je n’ai qu’un seul moyen de ne pas faire naufrage, c’est arrimer ma barque.
Bien sûr, ceux qui acceptent l’embarcation perdue sont souvent sans scrupule et profitent de l’aubaine. Ils utilisent le rade, et quand il a pris l’eau, fendu de toutes parts, ils l’abandonnent en mer. Tu m’as connue ainsi et tu veux que je change. Tu crois que de trois planches je deviendrai cargo.

Je suis légère et c’est…

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Patience de Gier, interview d’un artiste

Patience de la main
Questions à Gier d’après le livre de Henri Guerin

J’ai connu virtuellement Gier sur Twitter. J’aime ses dessins de nus, ses grands animaux colorés et ses arbres ventés. Nous avons échangé amicalement au sujet de l’art, de la liberté… et tout naturellement, l’idée a germé : et s’il me dessinait ?

Camille1Gier

Camille.
Dessin à la pierre noire sur papier.
508X355 mm.
2019

Il l’a fait, et je lui suis immensément reconnaissante de m’avoir offert le dessin terminé.

Camille2Gier

Camille 2.
Technique mixte sur papier. (Technique sèche)
508X355 mm.
2019.

 

J’ai eu envie de provoquer une rencontre imaginaire entre deux artistes qui ont frappé mon cœur cette année. Henri Guérin, peintre, Maître-verrier, poète, dessinateur… (1929-2009) à l’œuvre extraordinaire, dont je viens de lire Patience de la main, livre dans lequel il détaille son expérience du dessin et délivre à travers elle un message intemporel sur l’acte de créer.

Pour découvrir l’œuvre du Maître-verrier (et pas que), c’est ici : CLIC

Camille – Henri Guérin écrit : « La pensée du peintre ne peut s’arrêter à l’intention. En passant à l’acte, il se risque à la sanction du visible. »
Quand t’es-tu confronté à la sanction du visible pour la première fois ?

Gier – Que faut-il entendre par « sanction du visible » ? S’il faut comprendre par là que durant le passage du tableau pensé, de l’image mentale au tableau peint, l’image réelle que je vois sur le papier (je ne peins quasiment que sur papier) il y a une rupture, une déperdition, c’est-à-dire le risque que ce que je mets sur le papier ne corresponde pas à ce que j’ai dans la tête, je vais répondre que ça ne m’est jamais arrivé. Ou que ça m’arrive tout le temps ! Mais ce n’est pas une sanction.
Je travaille en effet en me laissant porter par ce que dit le tableau, ce que disent les traits, les couleurs, les volumes et les matières. J’ai bien quelques idées au départ mais elles changent si souvent au grès du travail que le visible me sanctionne en permanence et depuis toujours. Mais on peut aussi considérer que, me laissant porter par l’énergie du moment, il n’y a pas de sanction ; Sauf quand ma technique ne me permet pas de réaliser ce que me dicte cette énergie ! Bon, là j’avoue que je suis très frustré et que ça m’énerve beaucoup. Mais c’est le sentiment d’incapacité qui me gêne. Pas le fait que l’image prévue n’est pas l’image réalisée.
Mais pour répondre clairement à ta question, dans la mesure où il y a peu d’intention, il y a fort peu de sanction. Puisque finalement, il n’y a quasiment pas d’image prévue.
Au moment où je peins, lorsque je constate que je suis éloigné des images mentales que je m’étais faite, je ne considère pas qu’il s’agisse d’une sanction, c’est la vérité du moment qui s’est exprimée. La seule qui compte à mes yeux.

Pinus Pinea. 37X46cm Crayons et fusain. Pencils and charcoal 2020

Camille – Henri Guérin écrit : « L’artiste est doué d’une intelligence intuitive ; celle-ci perd de son tranchant s’il ne l’aiguise constamment à la meule d’une pratique assidue. »
Est-ce que tu pratiques quotidiennement ? De quoi as-tu besoin pour peindre ou dessiner (silence, solitude, musique, ébriété… ?)

Gier – J’essaye de pratiquer quotidiennement. Comme je travaille, je n’ai pas toujours le loisir de peindre comme je veux. C’est pour cela que j’ai toujours deux ou trois tableaux en chantier. Cela me permet d’avoir toujours quelque chose à faire sur un tableau ou sur un autre. En particulier du dessin, car la mise en œuvre est simple, il n’y a pas besoin de nettoyer, de sorte que lorsque j’ai très peu de temps, je peux donner quelques coups de crayon (de pastel ou autre technique sèche) sur un dessin ou un tableau.
Je dis toujours qu’une journée où j’ai pu dessiner ou peindre est une journée qui n’est pas perdue !
J’ai besoin de solitude, de tranquillité. Je peins dans le silence. La musique, c’est celle du bruit du crayon sur le papier ! Je n’ai besoin ni d’alcool ni de substance marocaine ou afghane ! Je me méfie de la dépendance et mon imagination et ce vers quoi me poussent les formes et les couleurs suffisent à ma créativité et à mon plaisir de peindre.

Les fumeuses – 50X36 cm Dessin et texte sur papier. 2020

Camille – Henri Guérin écrit « Chaque art a ses règles, nécessairement plus précises pour les arts d’interprétation, si l’on veut faire revivre hors du temps de la création la partition de musique, le livret de théâtre. »
Comment as-tu appris l’art du dessin ? Dans un cours, auprès d’un artiste ou bien seul ?

Gier – Globalement j’ai appris seul. Il m’est arrivé, très rarement, de suivre un cours ou deux. Actuellement, je pratique en atelier de modèle vivant. Mais il n’y a pas de prof. Il m’arrive aussi de regarder des tutoriels sur Internet. Je regarde beaucoup les peintres, dessinateurs dans les salons, galerie… etc. et sur Internet.

Nu au crâne. 508X355 mm Crayon, fusain, pierre noire sur papier. 2019.

Camille – Henri Guérin écrit « Ces signes d’appel (…) frappent à votre cœur, et lui parlent. Ils vous murmurent, au milieu de mille propositions que vous négligez : « Je suis là, c’est moi, je suis fait pour toi, dessine-moi. »
Comment ressens-tu l’appel à dessiner un arbre, un rhinocéros ou le corps d’une femme ?

Gier – C’est une question difficile car je ne sais pas vraiment pourquoi telle ou telle chose appelle le crayon. Je sais qu’une femme est belle quand elle me donne envie de dessiner. Par exemple, vous, vous êtes belle !
J’aime les arbres tourmentés.
Les corps qui s’exposent sans fard, sans honte, sans provocation, le nu dans ce qu’il a de naturel, sensuel, suggestif ou érotique assumé, ou simplement élégant, délicat et raffiné (j’aime beaucoup les mouvements de mains par exemple), l’histoire que l’on peut imaginer à partir de la pose constituent le fond sur lequel je m’appuie pour peindre mes nus. Je trouve qu’il faut de l’audace et du courage pour poser nu, pour affronter le regard et s’affronter soi même sous le regard des autres. (Je l’ai fait) Cette simple idée me motive beaucoup.
Des grands animaux, je dirai que la puissance qu’ils dégagent appelle le dessin. La rapidité, le mouvement, la force tranquille. C’est ce qui m’attire.
Quand à l’abstraction à laquelle je m’initie dans la douleur (!), je suis très motivé par le défi que constitue pour moi qui aime tant le trait le fait de me lancer dans le non figuratif, ou du moins dans ce que je nomme abstraction réelle.
J’ajoute que le plaisir du dessin est exactement le même quelque soit le sujet sur lequel je travaille. Je n’ai ni plus ni moins de plaisir à travailler sur un arbre, un animal ou un nu.

Ceratotherium Simum. 65X50 cm Technique mixte sur papier. 2019.

Camille – Henri Guérin écrit : « Demeurez très attentifs à l’émotion des appels qui vous désignent votre parenté secrète. Sans elle, vous ne pouvez savoir qui vous êtes vraiment. C’est la lignée qui vous constitue. »
Au musée ou dans les livres, quelles œuvres t’attirent davantage que les autres ? Quelle est ta famille artistique ?

Ma famille artistique ? Non, mes familles artistiques !
Je trouve mon bonheur dans tous les styles de peinture. Du plus classique au plus contemporain, tout est susceptible de me plaire, de m’émouvoir, de me séduire. Je n’aime pas tout, mais dans tout, il y a quelque chose susceptible de m’attirer et de rentrer dans ma famille comme tu dis !
Les seules choses qui me laissent de marbre et n’ont aucune chance de m’attirer ou de rentrer dans ma parentèle sont les œuvres qui reposent exclusivement sur le concept, faites par des gens qui ne maîtrisent rien, aucune technique, ne savent ni peindre, ni dessiner, ni sculpter, ni façonner, ne savent « rien faire de leurs mains » (Comme l’a dit un très grand artiste contemporain français à mon fils… en parlant de lui !) mais sont rompus aux techniques de la communication, des mots pompeux, du verbiage inutile qui cachent derrière le verbe au mieux une nullité abyssale, au pire des escroqueries et une vanité sans borne.

Je me laisse volontiers porter par le trait. J’aime le trait, la belle courbe, la précision. Les ambiances aussi qui naissent des assemblages et des confrontations de couleurs et de matières, la puissance que peut dégager une œuvre sont autant d’éléments qui m’attirent et peuvent me retenir dans la contemplation. Les histoires et les mystères aussi, celles que raconte un tableau, ou celle que j’imagine à partir du tableau.

Portrait de la fille mystérieuse. 60X40 cm Technique mixte sur papier. 201?

Camille – « Le temps passé sur un dessin n’accroît pas forcément sa valeur. »
Quelle sont, parmi tes œuvres, celles qui ont le plus de valeur à tes yeux ?

Gier – Les nus pour lesquels ont posé des femmes que j’ai aimées.

Marie nue et ses ballerines rouges. 42X30 cm. Dessin sur papier. 2019. Modèle vivant.

Camille – « L’auteur et l’œuvre se détachent l’un de l’autre. Ils ne s’aiment plus. »
As-tu connu des crises dans ta relation à ton art ? Si oui, qu’ont-elles apporté ?

Gier – Oui, il y a eut une dizaine d’années, entre 30 / 40 ans durant laquelle j’ai très peu peins. C’est la rencontre avec une femme qui m’a redonné l’envie de dessiner, de créer. J’ai eu envie de la dessiner. Elle était particulièrement belle !

Baigneuse n°4. Une longue quête de soi 65X50 cm Technique mixte sur papier 2014

Camille – As-tu une règle qui guide ton art ?

Gier – Le plaisir ! Mais il y a une sorte de nécessité à peindre. Je ne sais pas laquelle. Il faut que je le fasse. Et parfois, c’est même douloureux, difficile et très fatiguant moralement. Je finis parfois très tard dans la nuit et dans un très grand état de fatigue. Parfois, l’acte de peindre est une sorte de combat dans lequel je ne prends pas de plaisir et où il peut même y avoir du déplaisir. Dans ce cas, je trouve de la satisfaction au résultat seul. J’ai un exemple précis. J’ai fais trois versions d’une pose proposée par une copine. Séléna (ces trois tableaux portent le nom de la modèle avec le n° d’ordre) La version dessinée au trait : pur moment de bonheur ! Mais le troisième, celui peint à l’acrylique et technique mixte, a été un vrai calvaire avant d’arriver à quelque chose qui me donne satisfaction. La règle du plaisir a bien été respectée dans les deux cas. Au moment de l’action avec le dessin, au moment du résultat avec la version peinte. Ou pour être exact, le plaisir a repris le dessus, quand j’ai eu la certitude que j’arriverai à un résultat satisfaisant. Donc, c’était plutôt sur la fin !
Le moment de la peinture ou du dessin, de l’action est stressant (la peur de rater ?), éprouvant. Mais il faut que je le fasse. Et après je suis tout content ! Sauf quand c’est raté. Ca peut me mettre en colère !

Défense de toucher. 50X38 cm Technique mixte sur papier.

Camille – Tu peux nous présenter trois de tes œuvres ? Leur titre, leur date, la technique employée et la raison de ton choix ?

Gier – Oui !

• Panthera Pardus 7. L’ombre de Fukushima. (La panthère sur fond rouge avec crâne).
o 60X80 cm.
o Technique mixte sur papier
o 2019.
o J’aime la pose, son mouvement, sa puissance, sa détermination, son élégance. Et l’alliance de matière crâne/ corps. Les couleurs qui évoquent la destruction et tout le mal que l’on fait à la planète. J’ai honte de l’état dans lequel je laisse la Terre à mes enfants (Car la faute est collective)

Panthera Pardus7

• Cuissardes. Tirée de la série Le sexe, c’est pas le pied, c’est les chaussures.
o 46X38 cm.
o Technique mixte sur papier
o 2012
o Je me suis régalé (On pourrait dire que j’ai pris mon pied !) à dessiner au crayon les bottes. Portées par une amie peintre qui n’a jamais posé que pour moi. Une femme peintre, un peu tourmentée. Très belle et très sensible. Dommage que je ne puisse pas indiquer son site.

Cuissardes8

• Selena 3 (Le nu à genoux de dos)
o 65X50 cm.
o Technique mixte sur papier
o 2019.
o J’aime le tombé nonchalant du bras sur la hanche, il dénote une sorte d’abandon qui me séduit. Elle est sûre d’elle dans cette pose vaguement érotique bien que son érotisme ne nous soit pas destiné. Refermée sur elle-même, tout en étant se dévoilant, elle reste dans son intériorité. C’est cette pose dont je parle plus haut et que j’ai dessiné trois fois.

Selena3

• Un jour on m’a fait du mal. (Le dessin)
o 510X355 mm.
o Dessins et texte sur papier
o 2019
o Texte : un jour on m’a fait du mal. Pour me reconstruire, il m’a fallut un procès. Ensuite, j’ai autorisé mon corps à prendre beaucoup de plaisir et à aller vers des situations extrêmes. Enfin, j’ai fait payer les hommes.
o Quand j’ai commencé ce dessin je ne savais pas que j’allais parler du viol. C’est par hasard, en cours de travail, que je suis tombé (sur Brut), sur l’interview d’une jeune femme qui parlait de son viol et de la manière dont elle s’en était sortie. Mais surtout, cela m’a renvoyé à deux conversations que j’avais eues avec deux amies qui avaient également été violées et qui m’avaient raconté des histoires relativement proches, bien que n’ayant pas eu recours à tout ce que le texte évoque, c’est une synthèse de ces trois confidences : L’importance du procès, l’hypersexualité, l’idée de faire payer les hommes (prostitution, ou se faire entretenir – quel mot horrible). Et, idée de reconstruction pour retrouver l’unité corps-esprit qui est matérialisée par la chaîne qui relie le bas du corps au haut.

UnjourMal2

Camille – Si la fée des artistes exauçait l’un de tes vœux, que lui demanderais-tu ?

De te rencontrer et de te dessiner !
Tu poserais nue sur une plage déserte encombrée d’arbres morts, de bois flotté et de rochers gigantesques. Il y aurait des cordes, des poses, des discussions, le bruit de la mer et du crayon sur le papier et des moments de calme et de sérénité à ne rien faire. Peut-être aurai-je l’audace de poser ma main sur toi. Et à la fin, il y aurait un beau tableau, dessin ou autre !
Sinon, je lui demanderai aussi d’arriver à créer ou trouver les conditions pour peindre davantage et développer ma créativité.

Camille – Merci, Gier. Faisons confiance aux Anges ! Je promets aux lecteurs que si tu réalises mon nu aux bois flottés, il sera publié ici.

Pour les lecteurs : Gier propose des reproductions de ses œuvres en tirages limités à des prix très abordables. Offrez-vous de l’art, votre vie sera plus belle.

Ses œuvres sont ici : CLIC !

La vie entière

Carmen vient de vivre deux événements traumatiques : elle a subi une agression et a été témoin de la mort d’un homme. Son meilleur ami s’est précipité pour la retrouver.

J’entends une voiture se garer, je cours ouvrir la porte. C’est Nils ! Il jaillit hors de l’habitacle et je me jette dans ses bras. Mon Dieu que c’est bon de le retrouver ! Je me sens entourée, en sécurité, à ma place dans ses bras. Après les événements que nous venons de vivre le contact de son corps arrive comme un point final. Je le regarde en souriant. Il semble aussi ému que moi. Je crois qu’il a eu peur. Et, tout naturellement, pour la première fois depuis toutes ces années, nous nous embrassons.
C’est doux. Il a les lèvres moelleuses et la langue audacieuse. Il pénètre ma bouche et je le visite. Son baiser semble me dire « je suis là, maintenant ».

Je me serre contre lui. Je pose mes mains sur la cambrure de ses reins, je prends ses hanches et mesure son dos. J’embrasse son cou au parfum qui me chavire et nos lèvres se retrouvent. Je sais que je suis la première femme qu’il découvre ainsi et ça m’excite. J’en oublie qu’il est venu parce qu’Alix et moi avons frôlé un drame et que le bourreau est mort. Je veux le caresser encore et lui donner davantage.
— Viens, entre.

A peine la porte refermée, nous nous attrapons à nouveau. Le désir est lâché. Je tire sur sa chemise pour la sortir du pantalon et glisse mes mains en dessous pour caresser son ventre puis sa poitrine. Quand je touche ses tétons il soupire. Alors je pince un peu. Sourires complices. Tu aimes ça alors ? Comme moi ?
— Oh Carmen, j’ai eu peur. Et que c’est bon de t’embrasser enfin.
Il pose une main sur mon sein. Il en appréhende les contours comme une pièce fragile. Je déboutonne ma kurta et dévoile mon buste strié de lignes pourpres.

Nils pousse un cri. Il a le visage défait devant mon corps. Il semble autant bouleversé par ce premier désir qu’il est déchiré en deux en constatant les violences subies. Je veux le rassurer.
— Ne t’inquiète pas. Je n’ai presque plus mal. C’est Alix qui est blessée.

— Où est-elle ?

— Dans ma chambre. Elle dort.

Nous sommes donc seuls… Il me serre tendrement contre lui. Je ne veux plus qu’il me lâche. Je veux me fondre à lui, blottie dans son étreinte. Il bande, je taquine :
— Tu bandes pour une femme, toi ?
— Je ne bande pas pour « une femme », Carmen. Je bande pour toi.
Son regard ne trompe pas. C’est une déclaration d’amour. Je sens mon cœur se dilater. Un mélange de joie, de paix, de désir brut. Un sentiment de complétude. L’évidence. Alix et Nils, mes amours. C’est un Eurêka : l’amour que je cherchais, je l’avais dans ma main. Mon Alix chérie et Nils, mon havre de paix. J’aime l’audace d’Alix et le goût de Nils pour les hommes. Lui, il apprécie que je me sente désirable. Chacun de nous regarde la sexualité de l’autre avec un amour tendre.

Je comprends que nous parlerons des événements plus tard et je retire ma kurta. Je me présente à lui seulement vêtue de mon short en toile. Il se met torse nu. Nous nous regardons. Je suis attendrie par la peau de sa poitrine, si blanche et d’un aspect très doux.
— Tu veux bien te tourner pour que je te regarde ? me demande-t-il doucement.
Je tourne sur moi-même. Il souffle un « le salaud ! » en découvrant mon dos lacéré par les morsures du cuir mais je reviens vers lui et pose mes doigts sur sa bouche.
— Chut… J’aimerais que l’on s’allonge, je veux être contre toi.

— Viens.

Il prend ma main et me guide vers le canapé. Il connaît la maison pour être venu souvent. Je m’allonge sans le quitter des yeux.
— Tu es belle…
De la pulpe d’un doigt, il caresse mon visage. Quand il vient à mes lèvres, je le prends dans ma bouche et suce son index, aspirant deux phalanges.

D’un doigt mouillé il caresse un sein, puis l’autre. Je me cambre et soupire sans le quitter des yeux. Il approche son visage. Je sens son souffle sur mon téton tendu.
— Je peux l’embrasser ?
— Oui. J’ai envie.
Alors il se penche et lèche doucement la pointe érigée. Je gémis de plaisir. Il me prend dans sa bouche et me suce avec de doux va-et-vient de ses lèvres autour de mon téton. Puis il recouvre mon sein meurtri de la paume de sa main et offre la même caresse à côté.

Il prend son temps. Il me touche à peine.

Je me sens partir, la tête légère et le souffle court.

Il glisse vers mon ventre. J’ondule des reins et soulève mes hanches. Il ouvre le bouton et fait glisser mon short le long de mes jambes, en laissant ma culotte sur ma vulve battante de désir.

Il pose la pointe de son doigt sur le tissu en coton et longe ma fente qu’il trouve toute mouillée. Il remonte à la jointure de mes lèvres jusqu’à sentir mon clitoris tendu. Je pousse un faible cri. C’est là. Reste là.

Alors il appuie sur ma culotte mouillée et décrit des petits cercles sur l’organe érectile. Je vais jouir. Je suffoque. Je cherche à le saisir. Il ne me touche que de la pointe du doigt. Il continue son mouvement, appréciant le clapotis de ma chatte gluante. Il semble fasciné et murmure « merci ».

Je réponds en un long gémissement qui me projette sur lui. Nous nous écroulons l’un sur l’autre en nous embrassant passionnément, lui, pantalon fermé et moi en slip de petite fille.

Il nous faut quelques minutes pour retrouver l’usage de la parole. La tête posée sur sa poitrine, je caresse son torse.
— C’est la première fois que tu caresses une femme ?

— Oui. Je n’en avais jamais éprouvé le désir avant toi.

— Et de la pointe du doigt, tu viens de me faire jouir.

— Je suis désolé.

— Tu peux. Ton sexe m’est inconnu et tu me voles un orgasme.
Il s’écarte un peu de moi et, d’un regard complice, m’indique que la voie est libre.

Je le caresse à travers la toile du pantalon. D’abord ses cuisses puis ses aines et son pubis. J’évite le pénis pour exciter ma propre curiosité. Sera-t-il très dur ? Épais ? Court ? Comment seront ses couilles ? Petites et resserrées ou larges, étalées ? Est-il rasé ou aux poils naturels ? Il ferme les yeux et m’ouvre le passage en écartant une jambe. Je vais entre ses cuisses. Il est brûlant.

Je n’y tiens plus et remonte ma main. Je trouve une bite aussi dure que du bois. Une gerbe d’étincelles explose dans mon ventre. J’aurais pu jouir seulement de le toucher. Mais je veux prendre mon temps car je sais l’instant précieux tout autant qu’il est fou, vu ce qui vient d’arriver.

Nils caresse mon bras avec une douceur qui me fait frissonner. Ai-je déjà été caressée par un homme avec tant de tendresse ? Je ne m’en souviens pas. J’appuie ma main et il avance son bassin pour me rendre la pression. Je le branle à travers la braguette fermée et j’avance ma bouche vers son ventre sans oser davantage. Aimera-t-il ? Ferai-je bien ? Me veut-il vraiment ? Avons-nous raison de nous laisser aller ainsi alors qu’un homme est mort ?
— Tu veux la prendre dans ta bouche, Carmen ?

— Oui !
Alors il se lève. Debout, près du canapé, il ouvre sa ceinture et sort sa queue. Avec des gestes simples et le regard paisible. Il ne renie pas notre complicité. Je me redresse et admire le spectacle de sa belle verge dressée devant un pubis fourni. Je pense qu’il fait de même avec les hommes de passage. Il s’offre sans chichi. Ça me rend dingue. Je ne veux pourtant pas être comme ces amants volatils, un orifice buccal qui offre le soulagement d’une éjaculation. Tant pis pour les circonstances qui n’appellent pas au sexe, j’ai besoin de poursuivre, Nils m’offre l’oubli et ça n’a pas de prix.
— Approche, que je t’admire.
Je lèche la hampe de sa verge lentement, en suivant une ligne ascendante qui va des bourses jusqu’au gland. Je décide d’être à ce que je fais, juste dans cet instant, avec lui. Que tout ce qui a trait au sadomasochisme et aux horreurs d’hier soir disparaissent. Seul compte ce sexe magnifique qui se dresse devant moi. D’ailleurs il tressaille et une goutte transparente perle à son urètre. Je recueille le liquide du bout de mon doigt et le goûte. Est-ce parce que j’aime l’homme ? Le goût est délicieux.

Je ne peux plus attendre. Je veux qu’il me pénètre. Je veux Nils en moi pour oublier le reste.

J’ouvre la bouche.

Il s’avance et s’enfonce.

Je prends tout et appuie sur ses fesses pour qu’il vienne davantage. C’est comme une danse. Il balance ses hanches pour entrer et sortir. Quand il appuie au fond de ma gorge je lève les yeux vers lui : il semble extatique. Alors je prends sa main et la pose sur mon sein sans cesser de le sucer. Il serre entre ses doigts le globe lourd et ralentit le mouvement dans ma bouche. Je veux qu’il gicle. Je veux voir son plaisir ! Alors je l’enfonce jusqu’à ouvrir ma gorge, ignorant le hoquet mécanique qui secoue mes épaules. Il se retire doucement, referme son pantalon et se penche vers moi.
— Pas maintenant…

— Quand ?

— Nous avons la vie entière.
Il revient près de moi et m’enlace. Je me cale entre ses bras et nous ne parlons plus. Il caresse mes cheveux et je parcours sa peau. Je crois que j’oublie tout jusqu’à ce que la voix d’Alix résonne dans la pièce.
— Vous êtes beaux, tous les deux.
Nils semble surpris et j’éclate de rire. Alix porte une chemise ouverte sous laquelle elle est nue. Je remarque tout de suite que la médaille ne pend plus à son sexe.
— Toi aussi tu es belle.

— Je peux venir avec vous ?
Je consulte Nils du regard. Il sourit et ouvre les bras.

Elle vient se lover contre moi comme à son habitude. Nous nous embrassons longuement et il caresse nos épaules. Elle câline mon sein et prend la main de Nils qu’elle pose sur le sien. Visiblement elle recherche l’oubli, elle aussi. Il bande. Je crois que nous sommes fous. Je le veux. Je libère sa queue et la reprend en bouche, rejointe par mon amie. C’est si doux ! Nous mélangeons nos lèvres et nos langues sur la verge érigée. Une réconciliation avec le sexe mâle. Nous l’enfonçons en bouche chacune à notre tour, nous embrassons encore et suçons à nouveau. Cette fois Nils ne m’échappera pas et j’accompagne ma fellation de caresses sur ses couilles. Alix se glisse derrière moi et baisse ma culotte. Elle écarte mes fesses et me lèche l’anus ! La bouche pleine du sexe de Nils, je grogne de plaisir. Il se retire, veut-il entendre mes cris ?

Le voyant approcher et comprenant avant moi, Alix crache sur mon anus qu’elle vient de préparer et il se présente, me tenant par les hanches. Je m’ouvre sur sa queue en pensant « je les aime ». Il s’enfonce. Je cherche Alix du regard et elle vient devant moi. Elle m’embrasse. Elle et moi, nous savons. Nous rejouons la scène et ça se finira bien. Nils m’encule comme Roman hier soir. Mais sa manière de faire est à l’opposé. Il me laisse l’accueillir progressivement jusqu’à ce que je réclame davantage de force. Je tends une main vers lui et cherche Alix de l’autre. Puis, quand nous sommes tous trois liés comme une ronde, il accélère le rythme. Alix nous encourage de mots crus et aimants. Je suis au Paradis, voilà ce que je veux ! Quand Nils se raidit, aux prémices de l’orgasme, j’enfonce mon visage entre les cuisses de la femme que j’aime pour étouffer mes cris sur sa chatte adorée. Il se retire à temps et gicle sur mon cul.

Nils et moi nous écroulons de part et d’autre d’Alix, à bout de souffle. Je les regarde, ils sourient. L’une, tendrement et l’autre béatement. Mes amours ! Mes amours fous !

Je recueille le sperme qui coule sur mes fesses et le goûte. J’en prends encore et le porte à la bouche de mes amants qui lèchent mon doigt tendu.

Le retour à la réalité est brutal : le téléphone de Alix sonne. C’est la gendarmerie. Il faut passer les voir.
— Tu veux qu’on vienne avec toi ?
— Non merci, ça ira. Je me sens bien.

— N’hésite pas à appeler, on est là.

— Promis. Restez tous les deux. Je penserai à vous et ça me donnera des forces.
Elle s’habille et part après nous avoir embrassés sur les lèvres.

[ Photo : https://www.lesinrocks.com/2014/11/09/web/actualite/plan-trois-desormais-il-y-application-ca/ ]

Quelques questions à Christophe Siébert

Christophe Siébert est un auteur qui excelle dans les domaines de l’horreur, la pornographie ou la violence…
Il a fondé le collectif konsstrukt, qui réunit des écrivains, des plasticiens et des musiciens.
Son premier roman, J’ai peur, publié aux éditions de la Musardine est rapidement reconnu.
Il crée, en 2008, le fanzine L’Angoisse dans lequel il publiera une centaine d’auteurs. Onze numéros paraissent, d’abord dans une version numérique puis papier.
Entre 2009 et 2011 il publie aux éditions de la Musardine six romans pornographiques. Il dit souvent qu’Esparbec a été un maître pour lui.
Il a écrit – entre autres – Nuit noire et Paranoïa respectivement en 2011 et 2016. Les deux sont réédités en 2019 aux éditions Diable vauvert, réunis sous le titre Métaphysique de la Viande.

COUV SIÉBERT Métaphysique de la viande PL1-4

Christophe est animateur du site Meshistoiresporno appartenant à la Musardine. J’y ai publié quelques textes, c’est comme ça que nous nous sommes connus. Au printemps 2018, il a créé la collection Les Nouveaux interdits pour Media 1000, et j’ai la joie de faire partie de l’aventure !
Je suis de nature curieuse, et j’ai voulu découvrir l’univers littéraire de mon éditeur. Rien ne me destinait à ouvrir un jour Métaphysique de la viande, car j’ai l’horreur en horreur, j’aime pas les méchants, la puanteur me révulse et le porno ne m’excite que si tous les partenaires sont en vie.
But I did.
Et wow.
La claque littéraire de ma décennie de lecture.
A mes yeux, Nuit noire est un texte majeur.
J’en ai été très impressionnée, et comme je ne me sens pas capable d’en parler au bon niveau, j’ai choisi la solution la plus simple : j’ai demandé à Christophe de répondre à quelques questions pour nous aider à comprendre son processus de création, ses personnages, son rapport aux insectes et autres…
Merci infiniment à lui d’avoir pris le temps de me répondre alors qu’il est en pleine effervescence pour la sortie de son nouveau grand projet : un cycle romanesque de science-fiction noire dont le premier opus sortira le 14 mars 2020, c’est à dire demain.
Pour en savoir plus, allez visiter le site, vous ne serez pas déçus : Chroniques de Mertvecgorod 

 

COUV Images de la fin du monde PL1-4

 

Camille – Mais bon sang, Christophe, pourquoi écris-tu des horreurs pareilles ?!
(Nan, je déconne.)

Christophe – Haha ! Mais on peut aussi répondre sans déconner : j’écris des horreurs pareilles parce qu’il me semble que dans la société dans laquelle je vis c’est la meilleure – et la seule – chose à faire pour un auteur. Globalement, et même si le climat prérévolutionnaire dans lequel nous vivons ces temps-ci modifie un peu cette réalité, la plupart des gens ne vont au contact ni de la mort, ni de la violence, ni de la grande misère, ni du sang, ni de la folie. La plupart des gens se tiennent le plus éloignés possible des ténèbres et de l’enfer – et c’est très bien comme ça. Néanmoins beaucoup d’humains y vivent du matin au soir, dans les ténèbres ou en enfer, et il faut bien que quelqu’un parle d’eux. D’autre part ce sont dans les expériences extrêmes, celles qui t’emportent au bord du monde et dans des régions de toi-même que tu ne visites guère, que tu peux comprendre quelque chose aussi bien à la réalité qu’à toi-même. C’est pour ces deux raisons que j’écris les horreurs que j’écris.
Et c’est pas près de s’arranger avec le prochain, Images de la fin du monde (qui sort en mars au Diable vauvert) même si j’ai tenté d’enrober mes récits, toujours aussi sombres et violents, d’une forme plus humaniste et plus séduisante, ou disons plus contrastée.

Ça correspond à un calcul stratégique de ma part : Selby Jr. – lui et cinquante autres – est plus lu et mieux considéré que moi alors que ce qu’il raconte est dix fois pire, comment ça se fait ? Eh bien, sa langue est suffisamment puissante pour embarquer le lecteur dans son cauchemar sans le laisser sur le bord de la route, et c’est vers ça que je m’efforce de tendre. Mais ça correspond aussi à une évolution de mon rapport au monde. Je suis moins nihiliste – ou, plus exactement, moins fasciné par le nihilisme et j’éprouve le désir d’aller vers plus de complexité.

Camille – En quatrième de couverture, il est écrit en capitales : « pour public averti ». Si tu devais l’avertir toi-même, le public, tu lui dirais quoi ?

Christophe – Pas grand-chose. Cet avertissement est une nécessité légale. Mais pour ma part j’ai lu L’Exorciste quand j’étais en cinquième, découvert mes premiers films gore à peu près à la même période, c’est aussi le moment où j’ai mis la main sur les magazines de cul que planquaient mes parents dans leur chambre, j’avais douze-treize ans et je crois que pour moi c’était le bon moment de rencontrer tous ces trucs.
Et je suis persuadé par ailleurs que le fameux « pour public averti », ce sont les bouquins nullissimes du style Alexandre Jardin, qui te présentent une réalité fausse écrite dans une langue ni faite ni à faire, qui devraient en bénéficier. Qu’est-ce qui est le plus dangereux pour la jeunesse ? Des œuvres médiocres, connes et tièdes, ou des trucs qui vont secouer le lecteur dans tous les sens et lui montrer à quoi ça ressemble sous le tapis que les parents, les profs, les politiques et les débiles de la télé s’évertuent à ne surtout pas soulever ? Moi, je suis désolé, mais Jean d’Ormesson ou Yann Moix me foutent bien plus la trouille qu’Anteros.
La littérature feel-good, les conneries usinées industriellement et les biographies de stars me semblent à moi fort dommageables pour le cerveau – et l’âme, soyons grandiloquent – et ce sont les textes de Sébastien Gayraud, Luna Beretta, Clément Milian, Marlène Tissot, Irvine Welsh, John King et cent autres (dont Siébert, j’espère) qui en constituent l’antidote.

Camille – Qui est Anteros ? Existe-t-il en dehors de Nuit noire (au moins dans l’esprit de certains) ?

Christophe – Hahaha ! J’espère pas ! Quand j’ai conçu Anteros, j’avais besoin de créer une mythologie qui soit à la fois assez excitante pour tenir le lecteur en haleine et frapper son imagination, et assez conne et basique pour qu’il paraisse vraisemblable (si on retient la thèse qu’Anteros n’existe pas en-dehors de l’esprit perturbé du narrateur) que le héros de Nuit noire, con et fruste, ait pu l’inventer. Je suis donc parti de l’Arbre de Vie de la kabbale que j’ai simplement inversé de façon systématique. J’ai tout de même triché un peu en livrant assez de détails pour que puisse tenir l’ambiguïté fondamentale du livre : est-ce que c’est vrai ou pas ? (Au sens de : est-ce que nous lisons un roman fantastique ou un roman noir rationnel ?)
Il en résulte un truc qui doit un peu à Lovecraft, un peu à Barker et qui moi me rappelle surtout ma folle jeunesse, quand je faisais du jeu de rôle et maîtrisais des trucs tels que Kult.

Camille – Les insectes occupent une grande place dans Métaphysique de la viande. C’est visionnaire ? (Oui, j’avais besoin de poser cette question. Depuis Nuit Noire j’ai peur des punaises.)

Christophe – C’est surtout dans Paranoïa, le deuxième roman du recueil, qu’ils sont omniprésents. Leur apparition est fortement rythmée tout au long du roman, avec une accélération vers la fin, même si ce rythme que j’avais défini dès le début de ce projet est perturbé par le fait que le texte a été réduit, remonté, corrigé, etc. Ce qui fait que maintenant leur présence est tout aussi envahissante mais un peu plus chaotique – et, d’ailleurs, peu de lecteurs l’ont capté, mais les noms des personnages principaux de Paranoïa sont des noms d’insecte. C’est pas forcément très lisible (certains sont en anglais, d’autres en allemand, d’autres sont un peu malaxés au niveau de l’orthographe) mais c’est une blague qui m’amusait parce qu’elle constituait un hommage discret à Manchette, dont le travail sur le patronyme de ses personnages (qui, dans son cas, font souvent référence à des animaux et possèdent une fonction symbolique forte) m’a beaucoup influencé.
Quant à la raison qui m’a poussé à foutre des insectes partout, elle est bien entendu – comme tous les délires formels que je m’impose dans mes livres – justifiée par la narration. Je ne vais pas en donner l’explication ici pour ne pas spoiler les lecteurs, mais le texte fournit un certain nombres d’indices à ce sujet.

Camille – Métaphysique de la viande a obtenu le prix Sade 2019. Félicitations ! Quelle est ta plus grande fierté d’écrivain ?

Christophe – Ah, question difficile ! Je suis fier de moi quand je viens à bout d’une phrase ou d’un bouquin, parce que c’est jamais gagné, mais j’imagine que tu attends une réponse un peu plus générale. Disons que je suis assez fier de moi d’être écrivain selon la définition qu’en donne Stephen King : un type qui paie son loyer grâce aux phrases qu’il écrit.

Camille – As-tu de l’espoir en l’humanité ?

Christophe – Oh, non, ni espoir ni désespoir. L’humanité est une grande fille et va réussir à s’en sortir (ou à crever) sans mon aide.
L’humanité, je suis là pour l’observer et en tirer des trucs à raconter. Et à titre personnel je suis heureux de vivre dans ce présent-ci : je veux dire, les civilisations ont une durée de vie d’à peu près quinze à vingt siècles et pour un type dont le métier consiste à se poster devant sa fenêtre et observer ce qui se passe en bas, assister à la fin d’un monde est plutôt inespéré, non ?

Camille – Ma mère ne veut pas que je te fréquente et tu es mon boss aux Nouveaux Interdits. Que puis-je lui dire à Maman pour la rassurer ?

Donne-lui mon 06 et dis-lui que je suis un très bon cuisinier et un très bon confectionneur de cocktails. Elle vient quand elle veut.

Camille – (Rire) Merci, Christophe !

Christophe SIEBERT

Sortie en Montagne (conte métaphorique)

L’Amoureux et moi, nous adorions les Sorties en Montagne. Ses paysages si différents de notre quotidien citadin nous impressionnaient. Tout y était à la fois plus épuré et plus fort. Le temps y était changeant, on passait d’un soleil tiède à l’orage en un instant, les températures jouaient avec nos corps, on s’y brûlait la peau et l’on y tremblait de froid. En Sortie Montagne, le plaisir d’atteindre un sommet n’est pas donné : il faut le gagner, il faut avoir mal aux jambes d’avoir trop marché, parfois griffer sa peau sur une ronce ou se cogner contre un tronc couché. Le coeur s’emballe dans les côtes, le repos ne s’accorde pas à l’instant de la lassitude : nous savions où nous voulions aller, et à moins d’un incident sérieux, nous irions.

Et quand enfin nous arrivions au lac paisible que nous voulions admirer, ou au sommet que nous cherchions à atteindre… nous reprenions nos souffles, un peu ivres d’altitude parfois, et la paix s’installait, avec un sentiment de bonheur fou.

Nous n’avons pas été raisonnables. Nous avons fini par vouloir cumuler les sommets, toujours plus haut, toujours plus fort ! Nous avons peu à peu négligé les moments de plénitude calme devant les paysages hors du commun que nous venions d’atteindre, et sans reprendre notre souffle ni profiter de la sérénité du repos après le voyage, nous repartions, toujours plus haut, toujours plus fort.

Un jour, l’Amoureux a voulu me faire plaisir : « Ma chérie, tu te souviens du Mont Grand Blanc, que nous avons gravi il y a quelques mois avec ce guide audacieux ? Il va nous accompagner vers un nouveau sommet, 900m de dénivelé rocheux ! Tu verras, tu vas adorer. »

Le jour choisi, j’ai chaussé mes chaussures de trail les plus solides, et j’ai suivi mon homme avec ce guide avec enthousiasme. Le départ de la randonnée m’interloqua : c’était comme dans un canyon, il fallait sauter dans un petit ravin. L’endroit m’inquiètait, d’autant que je croyais qu’une fois ce saut effectué, il n’y aurait pas de retour en arrière possible : il faudrait faire la marche jusqu’au bout. Le guide annonça qu’il avait appris que j’étais très à l’aise en canyonning, surtout pour les sauts. Ce n’était pas vraiment exact, mais ma fierté m’empêcha de le contredire, et à vrai dire, j’étais absorbée par ce chemin, assez différent des sentiers que nous parcourions jusque là.

L’Amoureux me souriait avec fierté, et dans ses yeux, je devinais qu’il ne doutait pas une seconde que je brillerais dans cette épreuve. J’eus soudain peur, mais me raisonnai : ils devaient avoir raison, un paysage exceptionnel devait nous attendre là-haut, je n’allais pas tout gâcher à cause d’une crainte sûrement infondée.

Je sautais, et les suivis. Le chemin était escarpé et chaotique. Des rochers roulaient sous mes pieds et me blessaient. J’avais mal, je n’avais plus envie de poursuivre, mais quand les deux hommes se retournèrent, je leur souris bravement et leur fis signe que tout allait bien.

Il fallait maintenant escalader une paroi. Ce n’était pas prévu, je n’étais pas prête, je n’étais pas équipée pour cela. Ils estimèrent que j’étais douée, et annoncèrent qu’ils prendraient beaucoup de plaisir à me voir escalader la paroi à mains nues. D’ailleurs mon chéri prenait des photos, il ne cessait de prendre des photos tant il était fier de moi.

Je demandai à être assurée par une corde. Aucun ne voulut m’assurer depuis le sol, puisque l’un prenait des photos, et l’autre, des notes. Je pliai la corde et m’assurais seule. Je m’y brûlais les mains, me cognant sur la paroi, m’y griffant. C’était difficile, je peinais, j’avais trop mal, je voulais que ça s’arrête. Mais pour que ça s’arrête, il fallait arriver en haut. Je pensais qu’il n’y avait pas d’autre issue. Et à aucun moment je ne montrais ma souffrance, sur toutes les photos, je souriais.

Nous fîmes une pause et je souriais toujours, le corps meurtris, le coeur fermé. J’aurais voulu que mon homme me prenne dans ses bras, mais il ne voyait pas ma souffrance. Il était heureux de l’exploit que nous étions en train d’accomplir. Je m’avançais vers lui espérant du réconfort, et il m’octroya une grande tape dans le dos « Ma chérie ! Je suis fier de toi ! Tu es une championne ! Poursuivons. »

Cette fois je partis devant pour cacher mes larmes. Mon énergie était décuplée par la colère qui se dirigeait contre moi, puisque j’étais assez sotte pour ne pas dire que j’avais mal, que j’avais peur, et que je ne voulais plus faire ce voyage.

J’avais tant de force désespérée que je les distançais et les perdis. Mais je poursuivis avec rage, je marchais, je grimpais, j’enjambais, me cognais, me griffais et escaladais.

Et soudain je n’entendis plus leurs voix. Je me retournais, personne. Personne à perte de vue.

J’étais seule.

Je restais un moment interdite, mais finalement soulagée. Maintenant je n’avais plus besoin de faire semblant, par excès de fierté.

Je m’assis sur une pierre plate au pied d’un sapin, et j’entourais mes genoux de mes bras. Le menton posé sur mes mains, je ne bougeais plus. J’avais les yeux ouverts mais ne voyais rien, la montagne devait vivre de mille bruits mais je n’entendais rien. Le soir tomba, il devait faire froid, mais je ne sentais rien.
Les secouristes m’ont dit que j’étais restée là toute la nuit. Ils m’ont retrouvée au lever du jour, froide, couverte de bleus et par endroit égratignée. Ils étaient très en colère contre le guide en qui nous avions toute confiance : cet homme n’était pas, en réalité, fiable. Il répondait aux désirs des clients sans se préoccuper de leur sécurité. Les clients croyaient, grâce à sa présence, pouvoir réaliser un fantasme un peu fou en toute quiétude, et ne voyaient pas le danger, puisqu’il leur assurait la sûreté. Or ce sommet, personne n’y allait jamais sans un équipement de sécurité que nous n’avions pas.

J’ai quitté mon Amoureux. Il m’avait mise en danger. C’est lui qui aurait dû interrompre la randonnée et ordonner de rebrousser chemin.

Mais pourtant, quand j’y repense… je lui souriais ! A aucun moment, je ne lui ai dit que j’avais peur, ni montré de faiblesse.
Si j’avais parlé, je ne me serais pas perdue.

⌊ Photo – Nobuyoshi Araki ⌋

Ma pepette

Tu es si jolie avec tes épaules maigres. Ton regard est brillant comme un onyx poli. De loin, poupée menue, de près, jeune jaguar. Tu n’es pas d’une espèce à vivre en ménagerie. Soudain, tu me regardes. L’instant est suspendu après une moquerie. Je t’imagine déjà ramasser tous tes muscles et viser mon gosier pour y planter tes crocs. Tu éclates de rire devant mon air inquiet !

J’aime notre duo. Je suis la fille sage que tout le monde croit simple. Je trompe les crétins avec mon apparence. Seules mes boucles emmêlées permettent de douter que je sors de la messe. Une sorte de ménine en porcelaine peinte : je reste posée là, je fais dans la déco. Quelqu’un pour un napperon ?

Toi, tu marches à grands pas, les cheveux courts au vent. Chaussée de godillots sur un jean trop serré, tu portes des tee-shirts d’homme dont tu étires le col jusqu’à les faire tomber plus bas que ton épaule. Tes yeux verts de panthère toujours cernés de noir, tu exhales les épices, la vanille, la muscade. Tu passes, on se retourne. Tu parles et l’on se tait. Ta colère est crainte, ton avis respecté.

On avait seize ans quand on s’est rencontrées. Tes menottes nerveuses aux doigts cernés de bagues faisaient tourner un Bic sur la table recouverte de trous et graffitis. Je faisais bonne figure à notre professeur qui mendiait l’attention quand tu m’as regardée : « Eh ! Tu t’appelles comment ? ». Une seconde après : « J’aime pas ceux avec qui tu traînes. Tu manges avec moi ce midi ? ». Je tombais amoureuse.

Tu te moquais des usages et de la réputation. Tu pouvais cribler d’insultes, cogner sans avoir peur, clamer ce qu’on chuchotait. Une période menstruelle, un mec de Terminale qui baisait super bien ou encore la connerie des filles populaires qui se déplaçaient en bande dans la cour du lycée.

Ma mère ne t’aimait pas. Quand je mentionnais ton nom sa bouche se pinçait : « Elle est de mauvais genre ». Tout ce qui me fait vibrer, ma mère ne l’aime pas.

On ne se quittera plus jusqu’à ce que tu te ranges. On vivra même ensemble dans une petite maison pour se séparer juste avant d’être mères, ventres ronds, à regret. Les rumeurs de lesbianisme se turent peut-être là. Je crois que nos seuls mensonges seront juste des non-dits. Comme le plus long de tous : mon silence. Je me terre, je me cache. Tu es tellement forte, tu as tant d’énergie ! Comment comprendrais-tu qu’à chaque fois que je me lève, je retombe à nouveau ? Toi, tu réussis tout. Je n’ose t’avouer que je ne sais pas vivre. Une phrase me tient, une promesse mentale : un jour, dans un jardin, nous regardions nos fils. Je venais de te dire un grand secret sur moi. Tu n’avais pas cillé. Tu as eu ce silence qui me pend à tes lèvres et tu as asséné : « Camille. Tu dois écrire un livre ».

Fantasme Brisé : histoire d’une chanson

La musique de VAPA est porteuse de messages. Pour ne citer que quelques préférés, d’Ormesson Interlude, Le Temps Est Chose Précieuse (Jeanne Moreau), Erreurs Acceptées (Romy Schneider)…
J’ai eu la joie de venir au micro pour lui permettre de mettre en écrin les magnifiques mots visionnaires de Marguerite Duras l’année dernière (Ils Verront De La Télévision), et aujourd’hui, nous récidivons avec Fantasme Brisé. (Vous pouvez cliquer sur les titres pour les découvrir.)

MarilynWriting

Marilyn n’était pas que cette somptueuse femme aux éclats de rire solaires. Nous savons tous qu’elle était très (trop ?) intelligente, et complexe. Elle alternait des moments de majesté et de désespoir, en les entremêlant parfois. Il fallait lui donner la parole. Sa parole intime. VAPA m’a fait confiance et je me suis chargée du texte. J’ai visionné des documentaires (sur sa mort aux étranges circonstances, sur sa jeunesse, sur son rapport aux hommes, sur son travail d’actrice…), j’ai écouté avec émotion Luz parler de Hollywood Menteur, l’album de bande-dessinée qu’il a fait dernièrement sur elle. C’est grâce à lui que pour le clip réalisé par VAPA, les Désaxés furent une évidence. Et je me suis plongée dans le superbe Fragments. Des poèmes, écrits intimes et lettres offerts en manuscrits et soigneusement transcrits aux éditions du Seuil. C’est Norma Jeane Mortenson qui se montre plus nue que sans vêtements. J’ai voulu respecter sa voix le plus possible, être au plus proche d’elle.

MarilynManuscrit

J’ai quelques raisons de me sentir proche de Marilyn Monroe et elles ne sont pas seulement centimétriques. Comme elle, on me résume fragile mais en réalité j’alterne des périodes exaltées où rien ne me résiste avec des jours vides sans futur. Je peux travailler comme dix et dormir deux semaines. Je vois des médecins qui se grattent le menton devant leur ordonnance. Et souvent j’ai pensé que tous mes efforts ne tendaient que vers un but « ne pas mourir ». J’avais vraiment à coeur de dire ses mots à elle et je remercie chaleureusement VAPA de m’avoir renouvelé sa confiance.

Il a composé avec inspiration. Quand nous fûmes d’accord sur les notes et les mots, après quelques essais et des ajustements, un passage en studio, encore quelques notes, le rire de Marilyn quand elle dit sa souffrance, les avis des amis… et c’était prêt !

L’accueil sur les plateformes nous a enthousiasmés ! Nous étions sur des playlist prestigieuses ! Aujourd’hui, Fantasme Brisé poursuit son chemin. Il est à toi, qui lit ces mots. Tu veux bien, du bout du doigt, le pousser doucement vers un like, un partage, ou bien tes favoris ? Ce n’est qu’avec vous que notre travail sera entendu, vous nous faites voyager ?

A lire sur The Melting Pop, un très bel article qui parle mieux du morceau que je ne saurais faire (un grand merci à Jay !).

Pétris-moi

Les fêtes de fin d’année se prêtent peu aux joies pornographiques, alors in extremis, je vous livre sous le manteau (rouge, cerné de blanc) une histoire plus que croustillante : épicée ! Du vrai désir sans honte, des plaisirs bienveillants et même des mots crus dits entre gens qui s’adorent, joyeux Noël !

J’espère que vous prendrez du plaisir à la lire, la relire et même la partager si elle vous fait mouillerbander. Je vous souhaite de belles fêtes, prenez soin de ceux que vous aimez et n’oubliez pas de vous choyer vous-même.

 

Fanette venait de saluer le dernier client de la boulangerie et de fermer le rideau roulant. Elle regarda sa boutique d’un air satisfait. Tout était était prêt pour demain, veille de Noël et grosse journée de travail.

Elle éteignit la lumière et monta chez elle. Il fallait se reposer avant ces jours cruciaux pour son chiffre d’affaire. Souvent, son premier geste en entrant dans son appartement au dessus du fournil était de faire valser ses vêtements et de s’offrir une longue douche. L’eau chaude qui coulait sur sa peau éveillait ses sens et elle oubliait pains, pâtisseries, comptabilité et commandes… elle passait sa main sur sa peau glissante de savon. Elle avait les seins lourds, la taille fine et les hanches pleines. Des fesses hautes et un sexe moelleux comme une brioche. Elle aimait son corps, ses rondeurs et se caressait souvent.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas fait l’amour ? Son dernier amant datait de plus d’un mois et ce soir, une furieuse envie d’être prise montait dangereusement en elle. Elle frôla son clitoris. Il était tendu, érigé, exigeant. Sa fente s’ouvrait toute seule, libérant une mouille brûlante. Jouir. Il fallait jouir.

Le coeur cognant dans la poitrine et les joues cramoisies, Fanette s’allongea sur son lit. Elle savait que si elle commençait à se masturber, elle ne pourrait résister à visionner des pornos et de scène en scène, toujours plus trash pour jouir plus fort, elle ne serait pas satisfaite avant de longues minutes. Or il fallait dormir. Elle força son esprit à revenir aux choses raisonnables : « il faudra dire à la vendeuse que Madame Cochard récupèrera ses bûches à onze heure », « je dois doubler le fond de caisse car nous aurons du monde dès le matin très tôt », « il faut que je pense à offrir du pain d’épice. J’en vendrai bien plus en le faisant goûter »…

Elle cogitait encore, enroulée dans un plaid, lorsqu’elle entendit Gianni, le boulanger, arriver en cuisine. Déjà deux heures du matin ! Il travaillait la nuit. Quand elle descendait chaque matin vers sept heures, elle partageait un petit déjeuner avec lui. Ils mangeaient un pain de campagne encore chaud et buvaient du café, appuyés au pétrin.
Elle aimait beaucoup discuter avec lui. Il ne faisait pas de grandes phrases, mais ses mots tombaient juste. Elle en tenait toujours compte et n’envisageait pas un instant son commerce vivre sans la présence rassurante du grand gaillard taiseux. Cependant elle prenait son rôle de patronne avec la distance requise et leur collaboration restait professionnelle, réchauffée du secret partagé des premières heures du jour.
Etait-ce la magie de Noël ? En entendant Gianni s’agiter sous elle, Fanette pensait à son grand corps. Elle imaginait les mains puissantes du boulanger l’attraper par la taille. Elle le déshabillait en pensée : comment était son sexe ? Plus son désir montait et plus sa raison cédait. Après tout, la nuit, c’est un temps à part… Elle pourrait descendre et prétendre ensuite à un égarement… Elle cherchait déjà un prétexte. « Oh, et puis zut ! » Elle était tellement excitée qu’elle se sentait couler entre les cuisses. Son souffle était court, elle devenait femelle, il lui fallait ce mâle. Et puis après tout, c’était elle la patronne, que risquait-elle ?

Les mains tremblant un peu de faire cette folie, elle se leva, enfila une nuisette de soie et descendit pieds nus. Elle s’arrêta à la porte de l’atelier et regarda le boulanger. Ce qu’il était beau. Il pétrissait un pain spécial, celui à l’anis, qu’elle aimait tant humer. Il portait un tee-shirt blanc qui moulait son buste imposant. Elle s’avança sans rien dire et il ne s’interrompit pas. Que ses mains étaient belles à voir ! Il attrapait la pâte lourde et souple, la levait. Le mélange retombait lourdement avec un bruit de chair claquée et de ses grandes mains, il reprenait possession de la masse lisse. Régulièrement, comme un semeur, il jetait un peu de farine et reprenait son mouvement régulier.

Fanette s’assit en face de lui sur son habituel tabouret haut. La nuisette de soie ne laissait aucun doute sur sa nudité en dessous.
Gianni, sans cesser de pétrir, sourit à sa patronne comme si sa présence, en pleine nuit et demi nue face à lui n’était pas incongrue.

– Je ne te dérange pas ?
– Pas du tout. Et pour tout te dire, cela fait longtemps que j’espère te voir descendre.
– Je n’arrive pas à dormir. Tu sais que tu es beau quand tu travailles la pâte ?
– Merci. Et toi, tu sais que tu es presque nue ?
– Presque seulement.
– Et pourtant je devine tes beaux seins, tes hanches et aussi tes envies.

Elle ne répondit pas. Elle sourit elle aussi. L’accord était tacite.

Il contourna le pétrin et se plaça derrière elle. Tout contre son dos, il sentait le parfum des cheveux de sa patronne. Elle bascula la tête en arrière et murmura « pétris-moi ».

D’un geste lent, insouciant de la farine qui saupoudrait la soie, il écarta les bretelles de la nuisette, dévoilant des épaules dessinées et graciles. Le vêtement tomba. Gianni fit remonter ses mains le long des bras de Fanette. Il embrassa son cou et elle ne bougea pas. Elle attendait, yeux fermés. Le message était clair : « tu donnes, je reçois ».

Elle voulait être pétrie. Il contourna les seins et les cueillit dans ses mains. En même temps, il se collait à elle, ventre contre dos. Il bandait et voulait qu’elle le sente. Assise sur son tabouret haut, elle présentait ses fesses à hauteur de la verge. Il appuya son bassin contre elle. L’accueil était à la fois ferme et tendre. Il voulait empoigner ces fesses, les écarter, s’y introduire et il banda encore plus durement.

Il pressa les seins, Fanette soupira. Un tout petit soupir, comme un étonnement. Elle ne s’attendait pas à la poigne puissante mais s’y abandonna. Il relâcha la chair et la reprit, plusieurs fois. Contournant les masses lourdes en mouvement régulier, il ne s’interrompit que pour embrasser le cou offert à ses lèvres. Il léchait la peau fine et sentait les tétons raidir d’excitation. Il les pinça et les tordit un peu. Attendit la réaction.
Gémissante, elle s’appuya contre lui et écarta les cuisses. C’était un consentement, elle aimait qu’il la pince. Il se pencha pour lécher les seins malmenés. Il alternait pincements, torsions et baisers jusqu’à rougir les mamelons tendus sur les rondeurs lactées. Puis simultanément, il mordit un téton en écartant davantage une cuisse de Fanette. Timing parfait. Elle cria de douleur, de surprise et de plaisir mêlés. Il empoigna la chatte brûlante et la serra, comme pour l’emporter.

Fanette était écartelée, magnifiquement indécente. Elle le savait et jouissait de cette impudeur. Mais ce n’était pas assez. Il lui fallait la queue qu’elle sentait bandée. Elle trouva le membre nu sous le pantalon de travail et le délivra. Il était superbe, raide, lisse, triomphant.
Elle le branla pour mieux le découvrir. Elle voulait dans sa main savoir toute sa forme, sa douceur, sa dureté ainsi que ses fragilités. Cette fois c’était Gianni qui était vaincu, emporté d’un plaisir à couper le souffle. Il embrassa Hélène. Ils mêlèrent leurs langues, chacun branlant l’autre, bandants, coulants, hors d’haleine.

Elle se pencha vers lui pour le prendre en bouche.
En contemplant cette femme nue jusqu’à la taille, offerte sans pudeur, se pencher vers lui, il sut que s’il la laissait trop faire, il jouirait dans sa bouche. Il releva la soie qui masquait les fesses charnues et étouffa un juron : elle avait un cul tellement excitant ! Un cul qui disait « baise-moi », sculpté pour être pris.

Elle, elle savait. Elle savait l’effet que produisait son cul. Elle savait même qu’il voulait le claquer. Elle garda la pose un instant, inclinée vers la queue au gland gorgé de sang qu’elle enfonçait dans sa gorge. Elle attendit les premiers soubresauts du membre qu’elle avalait et elle se redressa. Elle voulait qu’il la prenne maintenant, dur à en exploser.

Elle se leva et repoussa le tabouret. Devant le boulanger bandant, elle fit tomber sa nuisette, puis, nue, elle se tourna vers le pétrin, posa ses mains sur le plan de travail et écartant les cuisses, se mit en position. Les yeux clos, provocante, elle attendait.

Cela le rendit fou. Virilité piquée, il attrapa les cheveux de Fanette et se planta en elle. Elle râla et à peine prise cessa d’être provocante. Comme une chatte montée par un mâle qui la mord, elle aplatit son dos, gémissante et soumise. Il asséna des coups de reins puissants, dents serrés, regard dur. C’est ce qu’elle voulait, n’est-ce pas, être prise comme une chienne ? Et sans préliminaire ? Il le lui demanda, la pilonnant plus fort : « C’est ce que tu veux, Fanette ? ». Pour toute réponse, elle se cambrait, grognait et s’ouvrait davantage. Il tira ses cheveux un peu plus fort : « Réponds ! C’est ce que tu veux ? Etre baisée comme ça ? » Elle cria un long oui en jouissant puissamment.

Il ne lui laissa aucun répit et accompagna l’orgasme de coups de verge toujours plus enfoncée. Elle prononçait des oui, des oui oui, des encore, des oh putain.
Il écarta le cul qu’il écrasait de ses hanches à chaque coup de rein et dévoila l’anus serré. Il y appuya son pouce et le sentant s’ouvrir, accueillant tout le doigt dans son étroit conduit, il eut à peine le temps de retirer sa queue pour gicler sur les fesses qu’il venait d’empoigner.

Il s’écroula sur elle, ils étaient hors d’haleine. Recouverts de farine, de foutre, de cyprine. Elle, entièrement nue et lui, pantalon aux chevilles, souriants comme des drogués le jour du meilleur shoot.
« – Ça va, patronne ?
– Oh merde, Gianni, ne fais pas le malin, tu es mon employé. »
Ils éclatèrent de rire et se relevant ensemble, s’étreignirent comme de vieux amis.

« – Et maintenant, on fait quoi ?
– Moi je monte dormir, et toi, tu te laves les mains.
– Et c’est tout ?
– Non. Le café de demain, il faudra le corser.
– Oui, patronne. Corsé. C’est bon quand c’est ainsi. »

Elle ramassa ses soies en riant, déposa un baiser sur les lèvres de Gianni et remonta chez elle nue, laissant son boulanger heureux comme un enfant.

Elle se glissa entre ses draps et s’endormit profondément, le corps repus et l’esprit apaisé d’entendre son bel amant s’affairer en cuisine.