Archives pour la catégorie Histoires pour tous

Je te salue, adieu

Toi qui m’a enseigné la honte de moi-même

Toi qui m’a vue grandir sous ton mépris jaloux

Toi qui m’a bien baisée quand je disais je t’aime

Et toi qui exhibait ton appendice mou

Toi qui m’a modelée corps muet consentant

Toi qui m’a faite mère, mère célibataire

Toi fantôme aux mots vides

Et toi dont la passion vaut tension des gonades

Toi mon plus grand amour, ma morbide folie

Toi l’ « homme de ma vie » que je suis censée attendre

Toi pour mes cheveux blancs et toi jusqu’à cent ans

Je vous salue, adieu

[ Photo – Antonio Gutierrez Pereira ]

L’accident

Une lueur de phares éclaira la maison. Madeleine et Alexandre échangèrent un regard inquiet. Personne ne venait la nuit au petit mas : cette visite nocturne était de mauvaise augure. Une voiture se gara dans la cour. Comme si elle s’enfuyait, la propriétaire des lieux grimpa l’escalier jusqu’à la chambre pour se vêtir davantage pendant que son ami ouvrait la porte.
Elle sentit son sang se glacer lorsqu’elle entendit une voix inconnue demander avec assurance :
– Madame Galthi est là ?

Elle enfila une robe et descendit pieds nus. Son coeur s’arrêta devant la scène. Dans l’entrée, sa meilleure amie était là, dans les bras d’Alexandre. Près d’eux, un gendarme patientait.

Le mari d’Anouk avait eu un accident. La voiture venait d’être découverte au port. Il fallait que l’épouse se rende sur les lieux et elle souhaitait que Madeleine l’accompagne. Acceptait-elle ?
– Bien sûr. Mon ami peut-il venir ?
– Oui, hâtez-vous. Prenez votre véhicule et suivez-nous.
– Anouk monte avec nous.

Quelques instant plus tard, Alexandre conduisait derrière le gyrophare. A l’arrière, les femmes enlacées chuchotaient.
– Que s’est-il passé ?
– Je ne sais pas ! Il m’avait envoyée à l’épicerie !
– Pour faire des courses ou pour être baisée ?
– Devine…
– Le salaud.
– C’est l’épicier qui a vu les gendarmes devant chez moi. Nous avons prétendu que j’avais une panne de gaz et qu’il s’apprêtait à me livrer une bouteille.
– D’accord. Et ton mari, il était parti où ?
– Je ne sais pas ! Quand il m’envoie chez quelqu’un je n’ai pas le droit de le contacter. C’est lui qui appelle les gens pour leur dire de me renvoyer à la maison.

Ils arrivèrent au port. La voiture était encastrée dans un rocher, au début de la jetée. Tout l’avant du véhicule semblait avoir disparu. Des lumières tournoyaient, SAMU et pompiers s’affairaient sous les regards d’effroi de quelques habitants. Un gendarme s’avança vers Anouk.

– Madame, les jambes de votre mari sont retenues dans le moteur. Sa tête a heurté le volant, il n’était pas attaché. Il roulait vite, le choc a été violent.
– Il met toujours sa ceinture.
– Je suis désolé, madame. Les secours ont fait le maximum.
– Mais. Il est…
– Nous pensons qu’il est décédé sur le coup.

Anouk encaissa. Elle serra les dents, son visage entier se contracta. Madeleine lui prit le bras et la sentit raidie.
– Il y a autre chose, madame. Votre mari n’était pas seul. Nous avons identifié la passagère. C’était sa secrétaire.
– C’était ?
– Elle n’a pas survécu non plus.

La jeune veuve releva le menton. Ses yeux semblaient plus gris que jamais. Elle inspira profondément et dit d’une voix blanche :

– Je dois aller voir, je suppose ?
– Il faut reconnaître le corps de votre mari. Vous pouvez le faire après la désincarcération si vous préférez mais pour les besoins de l’enquête il est souhaitable de le faire maintenant.
– J’y vais.
– Attendez, une dernière chose. La passagère avait sa tête au niveau du bas-ventre de votre mari au moment du choc et… elle s’y trouve encore.
– J’ai compris.

Madeleine ne pouvait plus bouger. Elle regardait Anouk, plus digne qu’une reine, marcher vers l’épave, les cadavres, les lumières aveuglantes et les odeurs atroces. Elle la vit se pencher vers l’intérieur du véhicule, observer le spectacle macabre pendant quelques secondes, se redresser et répondre aux questions policières en hochant la tête. Puis aux mêmes pas réguliers, comme flottant sur le sol, elle revint vers ses amis et leur dit simplement :

– On peut partir.

 

Ils passèrent le reste de la nuit tous les trois au petit mas. Anouk ne pleurait pas. Elle était droite et semblait sous le choc. Elle accepta du vin et fuma les cigarettes d’Alexandre. Elle listait les démarches à accomplir pour les obsèques et s’inquiétait de faire disparaître de chez elle toute trace de sadomasochisme. Elle répétait que les preuves de son esclavage devaient être effacées, comme si elle voulait préserver la mémoire de son mari des noirceurs domestiques.
Personne n’osa évoquer explicitement l’horrible circonstance de la mort des victimes tuées par l’accident en pleine fellation.

– Tu savais pour ton mari et sa secrétaire ?
– Je savais qu’elle le voulait mais pas qu’il la voyait.
– Anouk… ça va aller ?
– Bizarrement, je crois que oui.
– Si je puis me permettre, répondit Madeleine, ce n’est pas si bizarre. Il te torturait et te faisait violer. Qu’il aille au Diable.
– Je sais que tu penses ça… mais j’étais d’accord. Et je l’aimais.
– Fallait-il que tu l’aimes !
– Je n’aurais jamais pu mettre un terme à notre histoire. Mais j’étais fatiguée, Madeleine. Je vais te faire un aveu terrible : je suis soulagée qu’il soit mort. Il n’y avait pas d’autre issue pour moi.

Confinum

De ma fenêtre je vois des arbres rouges qui ondulent au vent. Ils se dessinent nettement sur le ciel blanc grisâtre. Plus bas la haie oblige à raccourcir le champ, l’horizon se réduit, oui, mais je suis chez moi.
La pelouse est ingrate, parsemée de pissenlits. Ça sent la terre mouillée, les oiseaux chantent encore.
Je m’ennuie.
J’ai un bouquet de roses du jardin d’à côté. Un ou deux amants tendres qui m’écrivent des mots fous. Des parfums délicats, des couleurs, des plaisirs. Rien qui ne se passe mal. Rien qui ne se passe, pourtant.
Si je prenais une bière ? Ah ben zut, y’en a plus.
Je pourrais faire aussi une heure de yoga, mon corps dirait merci. L’ennui, c’est que le sol est parsemé de miettes. Je devrais balayer, plutôt. Et ranger tout ce bazar.
Des chaussures jetées derrière le canapé, un tas de plaids moelleux, des coussins, des BD. Un fauteuil en osier, mes travaux de couture.

Quel ennui.
Un gâteau est au four, c’est toujours ça de fait.
Je me rêve écrivaine, c’est bien sûr du pipeau. Une écrivaine écrit et moi, je tourne en rond.
Tiens, voilà le chat des rues qui réclame sa gamelle. Je désinfecte ses plaies, secoue sa couverture, la pauvre bête est fichue, j’accompagne la fin.
C’est le genre de soirée où je dirais aux kids : « Allez hop, les garçons, on sort dîner dehors ! ». Je coupe deux trois endives et fais bouillir de l’eau, oh merde… ce que je m’ennuie.
Si au moins je lisais.

N’importe quelle autrice aurait pondu un livre. Cinquante jours de libre, l’aubaine d’une vie. J’ai écrit un chapitre…

Je regarde par la fenêtre, c’est mieux que le miroir.
Presque deux mois hirsute, teint brouillé, en savates. Je suis une vieille sorcière, prenez garde au danger !

Bon.
Cessons de rêvasser.

Je prends mon agenda, rédige une to-do list.
Demain, je me lèverai tôt. Méditation, yoga, lecture et écriture. Ensuite, au marché, pourquoi pas en vélo ?
Je vais refaire surface, retour à la vraie vie !

Je regarde par la fenêtre.
Tout autour du Bouddha détrempé par la pluie, un tapis a poussé.
Bien rangé, au compas, décoré de points beiges.
Ce sont des champignons.

Même la nature s’ennuie et fait n’importe quoi.

Sortie en Montagne (conte métaphorique)

L’Amoureux et moi, nous adorions les Sorties en Montagne. Ses paysages si différents de notre quotidien citadin nous impressionnaient. Tout y était à la fois plus épuré et plus fort. Le temps y était changeant, on passait d’un soleil tiède à l’orage en un instant, les températures jouaient avec nos corps, on s’y brûlait la peau et l’on y tremblait de froid. En Sortie Montagne, le plaisir d’atteindre un sommet n’est pas donné : il faut le gagner, il faut avoir mal aux jambes d’avoir trop marché, parfois griffer sa peau sur une ronce ou se cogner contre un tronc couché. Le coeur s’emballe dans les côtes, le repos ne s’accorde pas à l’instant de la lassitude : nous savions où nous voulions aller, et à moins d’un incident sérieux, nous irions.

Et quand enfin nous arrivions au lac paisible que nous voulions admirer, ou au sommet que nous cherchions à atteindre… nous reprenions nos souffles, un peu ivres d’altitude parfois, et la paix s’installait, avec un sentiment de bonheur fou.

Nous n’avons pas été raisonnables. Nous avons fini par vouloir cumuler les sommets, toujours plus haut, toujours plus fort ! Nous avons peu à peu négligé les moments de plénitude calme devant les paysages hors du commun que nous venions d’atteindre, et sans reprendre notre souffle ni profiter de la sérénité du repos après le voyage, nous repartions, toujours plus haut, toujours plus fort.

Un jour, l’Amoureux a voulu me faire plaisir : « Ma chérie, tu te souviens du Mont Grand Blanc, que nous avons gravi il y a quelques mois avec ce guide audacieux ? Il va nous accompagner vers un nouveau sommet, 900m de dénivelé rocheux ! Tu verras, tu vas adorer. »

Le jour choisi, j’ai chaussé mes chaussures de trail les plus solides, et j’ai suivi mon homme avec ce guide avec enthousiasme. Le départ de la randonnée m’interloqua : c’était comme dans un canyon, il fallait sauter dans un petit ravin. L’endroit m’inquiètait, d’autant que je croyais qu’une fois ce saut effectué, il n’y aurait pas de retour en arrière possible : il faudrait faire la marche jusqu’au bout. Le guide annonça qu’il avait appris que j’étais très à l’aise en canyonning, surtout pour les sauts. Ce n’était pas vraiment exact, mais ma fierté m’empêcha de le contredire, et à vrai dire, j’étais absorbée par ce chemin, assez différent des sentiers que nous parcourions jusque là.

L’Amoureux me souriait avec fierté, et dans ses yeux, je devinais qu’il ne doutait pas une seconde que je brillerais dans cette épreuve. J’eus soudain peur, mais me raisonnai : ils devaient avoir raison, un paysage exceptionnel devait nous attendre là-haut, je n’allais pas tout gâcher à cause d’une crainte sûrement infondée.

Je sautais, et les suivis. Le chemin était escarpé et chaotique. Des rochers roulaient sous mes pieds et me blessaient. J’avais mal, je n’avais plus envie de poursuivre, mais quand les deux hommes se retournèrent, je leur souris bravement et leur fis signe que tout allait bien.

Il fallait maintenant escalader une paroi. Ce n’était pas prévu, je n’étais pas prête, je n’étais pas équipée pour cela. Ils estimèrent que j’étais douée, et annoncèrent qu’ils prendraient beaucoup de plaisir à me voir escalader la paroi à mains nues. D’ailleurs mon chéri prenait des photos, il ne cessait de prendre des photos tant il était fier de moi.

Je demandai à être assurée par une corde. Aucun ne voulut m’assurer depuis le sol, puisque l’un prenait des photos, et l’autre, des notes. Je pliai la corde et m’assurais seule. Je m’y brûlais les mains, me cognant sur la paroi, m’y griffant. C’était difficile, je peinais, j’avais trop mal, je voulais que ça s’arrête. Mais pour que ça s’arrête, il fallait arriver en haut. Je pensais qu’il n’y avait pas d’autre issue. Et à aucun moment je ne montrais ma souffrance, sur toutes les photos, je souriais.

Nous fîmes une pause et je souriais toujours, le corps meurtris, le coeur fermé. J’aurais voulu que mon homme me prenne dans ses bras, mais il ne voyait pas ma souffrance. Il était heureux de l’exploit que nous étions en train d’accomplir. Je m’avançais vers lui espérant du réconfort, et il m’octroya une grande tape dans le dos « Ma chérie ! Je suis fier de toi ! Tu es une championne ! Poursuivons. »

Cette fois je partis devant pour cacher mes larmes. Mon énergie était décuplée par la colère qui se dirigeait contre moi, puisque j’étais assez sotte pour ne pas dire que j’avais mal, que j’avais peur, et que je ne voulais plus faire ce voyage.

J’avais tant de force désespérée que je les distançais et les perdis. Mais je poursuivis avec rage, je marchais, je grimpais, j’enjambais, me cognais, me griffais et escaladais.

Et soudain je n’entendis plus leurs voix. Je me retournais, personne. Personne à perte de vue.

J’étais seule.

Je restais un moment interdite, mais finalement soulagée. Maintenant je n’avais plus besoin de faire semblant, par excès de fierté.

Je m’assis sur une pierre plate au pied d’un sapin, et j’entourais mes genoux de mes bras. Le menton posé sur mes mains, je ne bougeais plus. J’avais les yeux ouverts mais ne voyais rien, la montagne devait vivre de mille bruits mais je n’entendais rien. Le soir tomba, il devait faire froid, mais je ne sentais rien.
Les secouristes m’ont dit que j’étais restée là toute la nuit. Ils m’ont retrouvée au lever du jour, froide, couverte de bleus et par endroit égratignée. Ils étaient très en colère contre le guide en qui nous avions toute confiance : cet homme n’était pas, en réalité, fiable. Il répondait aux désirs des clients sans se préoccuper de leur sécurité. Les clients croyaient, grâce à sa présence, pouvoir réaliser un fantasme un peu fou en toute quiétude, et ne voyaient pas le danger, puisqu’il leur assurait la sûreté. Or ce sommet, personne n’y allait jamais sans un équipement de sécurité que nous n’avions pas.

J’ai quitté mon Amoureux. Il m’avait mise en danger. C’est lui qui aurait dû interrompre la randonnée et ordonner de rebrousser chemin.

Mais pourtant, quand j’y repense… je lui souriais ! A aucun moment, je ne lui ai dit que j’avais peur, ni montré de faiblesse.
Si j’avais parlé, je ne me serais pas perdue.

⌊ Photo – Nobuyoshi Araki ⌋

Ma pepette

Mots contraints : mensonge, ménagerie, ménine, mendier, menottes, menstruelle, mentionner, mentale, menue.

Tu es si jolie avec tes épaules maigres. Ton regard est brillant comme un onyx poli. De loin, poupée menue, et de près, jeune jaguar. Tu n’es pas d’une espèce à vivre en ménagerie. Parfois, tu me regardes. L’instant est suspendu après une moquerie. Je t’imagine déjà ramasser tous tes muscles et viser mon gosier pour y planter tes crocs. Et tu éclates de rire devant mon air inquiet !

J’aime notre duo. Je suis la fille sage que tout le monde croit simple. Je trompe les crétins avec mon apparence. Seule ma longue chevelure qui n’est jamais coiffée empêcherait de croire que je sors de la messe. Une sorte de ménine en porcelaine peinte : je reste posée là, je fais dans la déco. Quelqu’un pour un napperon ?

Toi, tu marches à grands pas, les cheveux courts au vent. Chaussée de godillots sur un jean trop serré, tu portes des tee-shirts d’homme dont tu étires le col jusqu’à les faire tomber plus bas que ton épaule. Depuis que tu es femme tu ajoutes une veste de costume masculin. Tes yeux verts de panthère toujours cernés de noir, tu sens les épices, la vanille, la muscade. Quand tu passes, on se retourne. Quand tu parles, on se tait. Ta colère est crainte, ton avis respecté.

On avait seize ans quand on s’est rencontrées. Tes menottes nerveuses aux doigts cernés de bagues faisaient tourner un Bic sur la table recouverte de trous et graffitis. Je faisais bonne figure à notre professeur qui mendiait l’attention quand tu m’as regardée : « Eh ! Tu t’appelles comment ? ». Une seconde après : « J’aime pas ceux avec qui tu traînes. Tu manges avec moi ce midi ? ». Je ne les aimais pas non plus. Je tombais amoureuse.

Tu te moquais des usages et de la réputation. Tu pouvais cribler d’insultes, cogner sans avoir peur, clamer ce qu’on chuchotait. Une période menstruelle, un mec de Terminale qui baisait super bien ou bien la connerie des filles populaires qui se déplaçaient en bande dans la cour du lycée.

Ma mère ne t’aimait pas. Quand je mentionnais ton nom sa bouche se pinçait : « Je ne veux pas que tu la voies. Elle est de mauvais genre ». Tout ce qui me fait vibrer, ma mère ne l’aime pas.

On ne se quittera plus jusqu’à ce que tu te ranges. On vivra même ensemble dans une petite maison pour se séparer juste avant d’être mères, ventres ronds, à regret. Les rumeurs de lesbianisme se turent peut-être là. Je crois que nos seuls mensonges seront juste des non-dits. Comme le plus long de tous : mon silence, depuis plus d’une année. Je me terre, je me cache. Tu es tellement forte, tu as tant d’énergie ! Comment comprendrais-tu qu’à chaque fois que je me lève, je retombe à nouveau ? Toi, tu réussis tout. Je n’ose t’avouer que je ne sais pas vivre. Une phrase me tient, une promesse mentale : un jour, dans un jardin, nous regardions nos fils. Je venais de te dire un grand secret sur moi. Tu n’avais pas cillé. Tu as eu ce silence qui me pend à tes lèvres et tu as asséné : « Camille. Tu dois écrire un livre ».

Les autres textes contraints du 23 janvier 2020 : ici

Madame est d’humeur vache

Mots contraints : Pétanche, foutraque, conjuguer, décliner, indicatif, morphologiquement, expansion, gradation, syntagmatique.

Je venais de passer quelques jours irritée et il me fallait décliner ma rage. La contenir était vain, je visais l’expansion.

Je pensai à Edmond. Pétanche, après tout ! S’il était à mes pieds, il fallait que ça serve. (A titre indicatif, si vous arrivez juste, Edmond est majordome.

D’un point de vue purement syntagmatique, si j’égrène ses fonctions, le code du travail ne conjugue pas ses heures jusqu’à souffre-douleur. Mais ce qui rend Edmond inestimable, c’est que s’il me sert – depuis belle lurette – c’est juste par amour.)

Donc, j’appelai Edmond, et selon l’habitude, il vint son ventre à terre. (En gros, il accourut.)

J’avouai simplement ma joie de le revoir. (Toujours aussi foutraque, pendant ses longs congés, il avait fait le tour des Maîtresses du canton.)

— Edmond, mon vieil ami ! Enfin, vous revoilà !

— Madame, vous savez bien : un seul mot et j’accours.

— J’espère que cette fois tu ne le regretteras pas… J’ai une contrariété : mon humeur est atroce et par étrange gradation, ça ne cesse d’empirer. J’espérais carrément me défouler sur toi. Ça ne pose pas de problème ?

— Vous savez bien, Madame, par vos mille bontés, que, morphologiquement, je peux bien encaisser tous vos défoulements. Mais j’ose suggérer…

— Eh bien ! Quoi ?

— Il me semble, Madame, qu’un long massage à l’huile, avec une musique douce, et tous charmes encagés, vous irait à merveille.

— Que tu es insolent. Toujours à suggérer ! Eh bien soit, mon Edmond, masse-moi donc, sans tarder. (Mais laisse-moi bouder. Mon humeur est méchante, je tiens à rester vache.)

*****

Pour lire les autres variations linguistiques de cette contrainte ardue, c’est en oulimotie !

Fais ton Audiard ! #AtelierDEcriture

J’ai proposé sur Twitter un défi à mes abonnés : écrire « une proposition inattendue, en moins de 150 mots, style Audiard ».
Voici les réjouissantes réponses et des liens vers les pages de certains auteurs.
Promenez-vous, vous ne le regretterez pas !
Merci à tous les participants, j’ai adoré vos textes.

 

La mort passe son tour

Patron encore un spritz !
Demande la Faucheuse, hips !
Pompette, la vue brumeuse
La Mort est cafardeuse,
Tombée sur un os, oui !
Un entêté d’la vie
Qui n’a pas calanché
Ça la fait bien chialer
– T’as assez bu comme ça
Proteste le patron, las
Le spritz te rend relou
Les autres ont mis les bouts
Rentre chez toi la timbrée
T’es complètement bourrée
– Nom de dieu une mondeuse !
Rugit la malheureuse.
– Ferme la ! Ma femme va v’nir !
Ses paluches vont t’occire
La porte s’ouvre brusquement
La patronne, aboyant :
– On t’entend de l’église !
Tu cherches quoi, la mouise ?
Casse-toi maudite Faucheuse !
Tu n’es qu’une allumeuse
Elle lui met une torgnole
L’autre en perd ses guiboles
Se relève, flageolant
Crache dans sa main deux dents
Attrape, tremblante, sa faux
Fuit, hagarde, le bistrot
S’rétame sur les pavés
Gémit : “Maudite soirée”.

Antoine Finck
La page d’Antoine

 

Crache ta Valda

– La vérité n’est jamais amusante sinon tout le monde la dirait. Et mon petit doigt me dit que malgré tes grands airs et tes belles phrases tu as plus du gugusse qui cherche à desserrer la corde qu’il a au cou que du baroudeur libre comme le vent. Mais crache donc ta valda. Ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. Et, pour peu que tu me fasses voyager un peu, je t’emmènerai peut-être en orbite

Elle m’avait cueilli à froid avec cette entrée en matière. Plus possible maintenant de lui servir ma soupe habituelle. Malgré ça, cette mousmé me donnait chaud dans le grimpant. Mais il fallait que je change de répertoire, le descendre d’un bémol. Et surtout pas essayer de lui jouer de la flûte. Pour rester dans les parallèles, ce rencard promettait d’être plutôt sportif que musical. Mais j’étais joueur. Et pas de fond de court. J’étais prêt à monter au filet. Le panache ça paie toujours. Balles neuves. Il était temps d’engager.

CoffeeFran
Le blog de Fran

 

Que du léger

L’annonce était passée :
« Recherche hommes originaires de Montauban dégainant facilement, marins barbus capables d’éparpiller façon puzzle.
Et un tonton.
Vous apprendrez certaines répliques cultes et devrez les ressortir aux moments les plus improbables. ».

Olga la polonaise sera présente avec son fouet.

Si on évite son alcool personnel, Olga est très fréquentable.
Entre la poire et le calva, personne ne sait bien ce que c’est.

A sa dernière venue, on avait refait toutes les scènes de la cuisine et elle ne connaissait pas la référence.
« Absolument, y’a aussi de la pomme ! », avait-elle asséné sans rire.

Pour le grisby : Léon et une boîte à l’entrée pour les loufiats.

Côté manger, on restera sur du classique : plat de côtes, paupiettes, civet de lapin, fromage et tartelettes.
Puis une petite crème renversée et une petite glace pour faire passer le tout.
Que du léger.

La cliente sera satisfaite.

John Doe
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Les questions et les réponses
C’était un cave. Du genre sorti d’un musée de province pour une exposition sur les cons, au Louvre, dont les magazines s’esbaudiraient d’importance. Il en imposait, tant par sa mise de prolétaire qui se serait habillé chez Célio un jour de dernière démarque que par sa conversation où résonnait le vide intersidéral de sa connerie.
Comment BlablaCar pouvait m’avoir envoyé un spécimen pareil ? Pourquoi était-il affublé de ses 5 étoiles et de commentaires enthousiastes des chauffeurs précédents ? Il y avait tant de cons sur les routes ?
Je l’avais embarqué à Limoges et j’étais déjà prête à cramer mes douze points pour en finir plus vite, à 180 dans ma Twingo. A Montauban, à force de faire les questions et les réponses, il est tombé amoureux et a voulu m’épouser. C’était ma première fois. Alors j’ai voulu le tuer, mais avec panache. Et à la Noël j’étais veuve.

Maximilien Kolbe

(Pour lire Maxilimien, achetez bientôt Osez 20 histoires de passion sexuelle, j’y serai aussi ! Découvrez ici la collection.)

 

Le Polichinelle

Tu crois vraiment que je vais te croire ? Tu dis de telles énormités qu’à côté de toi Trump est un modeste prédicateur du dimanche qui est obligé de se payer des placards publicitaires pour attirer du monde dans sa gargote. Ma fille a un polichinelle dans le tiroir et c’est un cadeau d’un Chinois en plus ! Ah c’est une habitude bien française que de raconter des conneries à tout va. Il y a ceux qui disent des bobards et ceux qui les colportent. Ma fille n’a jamais quitté le village, où voudrais-tu qu’elle ait croisé ce fils de l’Empire du milieu  ? Au camping ? Elle rentre tous les soirs à la maison. Comment ferait-elle pour montrer ses roberts à un asiate ? L’après-midi à l’heure de sieste ? Mais comment sais-tu cela mon salaud ? Toujours à fourrer ton œil dans la serrure des autres. Je vais t’apprendre à colporter des ragots.

FetishBar
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Les anglais d’Hélène

Un jour que j me promenait sur le piaf, la clope au bec, suis tombé sur une drôle de donzelle !!!
Ça a fait tilt direct, un avion de chasse la gisquette, bien sur y avait pas mal de singes sur son dos mais mon envie d’aller à la cave était vraiment trop forte.
J venais toucher de l’oseille sur La belle Hélène dans la quatrième à Auteuil, j lui propose mon flouz pour emmener le p tit au cirque !!
Elle cogite.
Elle assimile ..
Elle fait son p tit calcul, elle hésite à mettre les flutes ..
Mais pas folle la guêpe, et plutôt cigale sur le coup, elle me donne l’adresse d’un rad à Bastoche.
Et v la que li piaf se transforme en corbac, les anglais débarquent qu’elle me dit !!!
J’te dis pas dans quel état j’étais !
DHS

 

La descente du barbu
Figure-toi que la dernière fois, y’a un zig qui m’a fait une drôle de proposition.
Son régal c’est la descente du barbu. Le v’la t’y pas qu’il est prêt à raquer une partie de son oseille pour que je passe à la casserole et qu’il me fasse reluire.
Quelle scoumoune ! J’étais joisse à l’idée mais mes ours ont débarqué la veille…J’te dis pas dans quel état j’étais !

Bethy

Suivre Bethy sur Twitter

 

Pour rester drôles et doux, fredonnons ensemble :

https://youtu.be/1_d19EtxQO8

 

Merci encore et bravo aux auteurs du jour !

Jalouse !

Quand tu parles à une femme je retrousse mes babines
Elle croit que j’lui souris mais je suis prête à mordre
« Cet homme, il est à moi et si tu l’touches, j’te bute »

Je ne suis pas jalouse, simplement réaliste !
Si je t’adore, chéri, c’est qu’tu es fabuleux.
Dis-moi pourquoi mes soeurs ignoreraient cela.

Ne me regarde pas comme ça ! J’ai juste envie de scalper
Les meufs qui draguent mon mec. C’est pas d’la jalousie,
C’est d’la propriété. Tu penses que j’exagère ?

Je me souviens d’un homme qui me disait : « Camille
Range ce katana, tu vas te faire mal »
Selon lui ma façon de regarder les femmes
Qui s’approchaient de lui présumait un beau scalp
Des tortures raffinées, jusqu’à finir sushi

Peut-être que je suis jalouse ?…
C’est pas joli-joli d’être affublée du titre.
D’autant que c’est à moi que ça fait le plus mal
Car derrière ma colère, c’est la peur de te perdre
Qui me fait trembler fort tout en montrant les dents

Et si je parle clair, mon amour, je t’avoue
Que je suis terrifiée à l’idée que tu partes
Avec une plus belle ou une plus solide

Une qui saura mieux te tenir par les BIIIIIIP
Qui se moquera bien de ce que tu fais sans elle
Assurée que tu l’aimes et confiante en son charme

Allez, rassure-moi, c’est pas bien difficile :
Fais-moi croire qu’tu m’adores et traite-moi en reine
Accepte-donc ma bride et nous serons heureux

[ Image : film Kill Bill, Quentin Tarantino, 2004 ]

Le doux Yamazaki

Contrainte : Miyazaki, lapin, pimpon, brique, couleur, doudou, 20h35, console, 169€.

 

— Je ne suis pas inquiet du tout.

Pimpon semble sûr de lui. En revanche, moi… Il faut dire que c’est seulement mon second casse et que le premier m’a certes rapporté une brique, mais aussi un an à l’ombre.

— Eh bin Doudou, ne fais pas cette tête.

Il en a de bonnes, lui. J’ai mal au bide. Et Doudou, il flippe, comme moi. Reprenons. À 20h35 pétantes, on fonce, on pète tout et vingt minutes plus tard on est sur la route et à nous la belle vie. Si ça foire pas, je serai au Japon pour toujours demain soir.

—Hé, Miyazaki, t’as pensé aux masques ?

— Yamazaki, andouille. Putain, on se connaît depuis vingt piges et tu te goures sur mon blaze. Ils sont posés là.

— Des lapins ? T’es con ou quoi ?

— C’était ça ou la gueule à Trump, et ça, je peux pas.

— On est des voleurs, conno. On fait pas une campagne. Par contre on est censés faire peur.

— Un lapin armé d’une kalash ça te fait pas flipper ?

— Ah ça. C’est plus surprenant qu’un Trump armé. Mais ça fait con. 

— On va parler longtemps de goûts et de couleurs ?

— Bon maintenant ta gueule, j’ai un message de ma petite chérie à 169€ la passe, j’me casse et dans une heure elle me console de ta connerie.

Les autres mots contraints du 10 octobre 2019, c’est ici : https://oulimots.wordpress.com/2019/10/10/s41-10-10-une-contrainte-pas-si-enfantine-que-ca/