Archives de l’auteur : Camille Sorel

A propos Camille Sorel

Je n’existe pas.

Rompez toujours (autrice invitée)

Au plus profond de la nuit, sur une petite route de campagne, rien ne vient perturber le calme d’une nature endormie.
Marc au volant de sa voiture semble excédé, Olivia pleure dans son coin.


M – Tu as l’intention de pleurer tout le long du trajet ?
O – Je ne pleure pas .

Olivia essuie discrètement d’un revers de main, la larme qui coule sur sa joue.


M – Parfait ! Tu vas donc pouvoir m’expliquer ton attitude.
O – Mon attitude ? Tu plaisantes je suppose. Tu me prends pour une idiote ? Tu crois que je n’ai pas vu ton petit manège ?
M – Mais de quoi tu parles ? Tu t’es comporté comme une folle devant tout le monde. Je ne savais plus où me mettre. Du plus jeune au plus vieux , les invités avaient les yeux braqués sur toi et par la force des choses sur moi !
O – Je m’en fiche totalement de tous ces gens .
M -Je te rappelle que c’est de ma famille dont tu parles, de mes amis. As-tu pensé une seconde aux mariés ?
O – Ah, nous y voilà, les mariés… tu veux plutôt dire la mariée, la fameuse mariée.
M – Je n’aurai jamais dû te faire venir à ce mariage. Tout aurait été tellement plus simple.
O – Ça t’aurait bien arrangé que je ne sois pas là. Tu aurais pu mener à bien tes projets. Il était vraiment temps que je la rencontre cette fameuse Gloria.
M – Tu es vraiment en plein délire !
O – Ah oui ? Gloria par-ci, Gloria par là. Tu ne m’avais pas dit qu’elle était si jolie cette Gloria.
M – Je te rappelle que nous étions à son mariage et que je n’étais pas le marié.
O – Et alors, tu crois que je n’ai pas vu comment tu la regardais ou plutôt comment tu la dévorais des yeux.
M – Où vas-tu chercher de telles histoires et quand vas-tu comprendre qu’il s’agit simplement d’une amie.
O – Quand je repense à vos sourires, vos œillades et vos airs complices, c’était si flagrant que tout le monde l’a remarqué.
M- Tu sous-entends que j’ai une aventure avec Gloria ?
O – Je n’ai absolument pas dit çà mais je suis contente que tu l’avoues enfin !
M – Je n’avoues rien du tout. Tu m’attribues des propos que je n’ai pas dit et me prêtes des sentiments fantasmés.
O – Tu fantasmes donc sur elle !
M – Mais c’est de toi dont je parle.
O- De moi, d’elle , je vois bien que tout se mélange dans ta tête et qu’il parait désormais évident que tu regrettes notre mariage.
M – Tu ne vas tout de même pas remettre ça. Olivia, s’il te plait, cessons de nous disputer pour rien. Il serait préférable qu’on en reste là pour ce soir.
O – Bien sûr, comme d’habitude … réfugies-toi dans le silence, c’est ce que tu sais faire de mieux !


Un silence s’installe à nouveau dans le véhicule. L’atmosphère pesante incommode Marc qui pourtant se tait. Quand à Olivia, elle pleure à nouveau mais cette fois sans se cacher. Après avoir réajusté sa position sur le siège elle reprend sur un ton plein de sous-entendus :
O – Et la chanson ?
M- Quelle chanson ?
O – Celle sur laquelle nous avons dansé à notre mariage
M- « Let’s Stay Together » ?
O -Tu pensais que je ne m’en apercevrais pas. Ou peut-être, voulait-elle te faire une surprise
M – Quelle surprise ? Tu ne peux pas être plus précise et arrêter tes mystères.
O – C’était notre chanson, tu l’avais toi-même choisi. Je commence à réaliser qu’à l’époque elle ne m’était peut -être pas destinée. C’est à elle que tu pensais déjà en la choisissant. Ne me dit pas que c’est une coïncidence ! Elle m’a volé ma chanson, elle m’a volé mon mari, elle m’a volé mon mariage.
M – Quoi ? Ce scandale qui nous a ridiculisé ce soir est dû à cette pauvre musique.
O – Je t’interdis de parler de cette façon de « Let’s Stay Together ». C’est toi qui l’avais choisi comme c’est elle qui a dû le faire ce soir. Ah, vous vous êtes bien moqué de moi toutes ces années avec votre amitié. Comment ai-je pu être aussi aveugle. Il a fallu cette soirée pour découvrir que cette chanson n’était pas la Notre mais la Vôtre. Je te hais !


Marc donne un grand coup de volant, freine sèchement la voiture pour la garer sur le bas-côté et en sort, claquant la portière derrière lui. Il préfère s’aérer et reprendre son calme en marchant le long de la chaussée.
De son côté Olivia se glisse derrière le volant pour le rattraper. Une fois à son niveau, elle ralentit pour adopter son rythme de marche, baisse la vitre côté passager et l’interpelle :
O- Allez, monte ! dit-elle d’une voix à nouveau calme.
Impassible, Marc continue sa marche sans lever la tête.


O – Je ne vais pas te supplier, monte !
Sans un regard pour Olivia, il s’exécute et attend qu’elle redémarre pour lui annoncer sur un ton monocorde :
M – Il vaut mieux pour nous deux que nous nous séparions. Et arrête de pleurer pour tout, c’est insupportable !
O – J’en étais sûre, tu veux vivre avec elle mais je te préviens cette chanson elle ne me la volera pas !


Marc fatigué, ferme quelques instants les yeux.
Quand il les rouvre, il voit la route défiler à grande vitesse et Olivia s’exciter sur son téléphone.
M – Mais qu’est-ce que tu cherches, tu ferais mieux de ralentir …
Sans s’interrompre, les yeux embués Olivia continue à pianoter sur son écran.
O – Ah, la voilà. Cette chanson est la Nôtre, tu m’entends Marc, la Nôtre !


Elle a juste le temps de relever la tête pour croiser une dernière fois le regard de celui qu’elle aime avant de précipiter la voiture contre un platane.


Au plus profond de la nuit, sur cette petite route de campagne, rien ne vient perturber ensuite le calme d’une nature endormie, seules s’élèvent les paroles d’Al Green :
(…) I want to spend my life with you
Let me say that since, baby
Since we’ve been together
Ooh
Loving you forever
Is that I need (…)

Corinne Abourmad

*****

Rompez encore (auteurs invités)

Faut qu’j’te dise mon amour mélancolique
Que bien que je sois total morgane de toi
Rien ne reste pourtant possible
Tu ronges mes jours et mon âme
Même si tu fais brûler ma flamme
Tes tristesses me consument

Tu as de la peine
Pas autant que moi
Pourtant si je t’aime
Tu sais qu’ça va pas

Nous fut une envolée d’étoiles filantes
Tes démons ont recouvert la joie
Tant que tu seras leur proie
Moi je reste loin de toi
Je dois protéger mon coeur
Tu dois guérir tes noirceurs

Tu as de la peine
Pas autant que moi
Pourtant si je t’aime
Tu sais qu’ça va

Tu m’as broyé mon amour de feu
Tu as explosé mes rêves tout bleus
Je sais que le noir me guette
Que parfois je t’y entraîne
Tu es ma source de joie
Et sans toi je ne sais pas

Oui j’ai de la peine
Encore plus que toi
Mais tellement je t’aime
Que je ne veux pas
Je ne veux pas te détruire
Ne veux pas te voir souffrir
Alors continue sans moi

Ssaara121

*****

Smoke gets in your eyes

C’est comme si mon cœur s’était brisé ; mon cerveau a implosé. L’oeil vitreux je marche hagard dans les rues de Paris. J’erre, ivre sans avoir bu. J’avance dans un brouillard épais pourtant en plein mois de juillet. Je me noie dans une ville dont je ne sais plus rien. Tout juste des lumières, des ombres, des reflets.

Mes larmes coulent. Je ne pourrais plus jamais fermer les yeux sans voir son corps emmêlé avec celui de cet homme. Lui qui grogne en coup de reins et elle qui gémit. Comme une scène d’accident de voiture ou les corps sont encastrés. Voilà c’est ça ! Je viens de vivre un accident, leurs corps imbriqués et moi carcasse pliée qui les entoure.

Mes tempes brulent comme si j’avais contracté une mauvaise fièvre. Des piétons me bousculent ou est-ce moi qui ne les vois plus ? Alors que j’écarquille les yeux. Je dois avoir une sale tête vu les regards que l’on me jette. Une vieille se tourne sur mon passage. Je marche jusqu’à m’épuiser. Puis, je m’effondre au pied d’un mur. Ce mur jusqu’à la fin de mes jours je l’éviterai. La tête dans les mains pour mille ans de désespoir.

Elle qui jouit et moi qui chute. Comme quand enfant au moment de m’endormir je chutais infiniment avant de sombrer dans la nuit. Voilà c’est une grande nuit éveillé qui s’ouvre devant moi. Je ne peux plus fermer les yeux sans voir ses mollets ballotter mollement sur ses épaules à lui. Spectacle d’abord incompréhensible avant que je me saisisse la bouche d’horreur.

Lui qui est-il ? Je n’en sais rien, si ce n’est qu’il est mon ange noir. C’est une forme, à l’œil interloqué en coin, qui a aspiré toute mon âme. Un diable aux fesses poilues. Arriverais-je un jour à refermer les yeux. Et même les yeux ouverts j’entends son cri à elle. Le cri qu’elle a poussé quand elle m’a aperçu. Strident. Aigu. Et ce geste, vain, de pudeur, de retrait. Paquet de chair humaine qui se dérobe sur les draps fripés de ce qui avait été notre lit…

J’ai encore dû courir, puis marcher vite, puis ralentir. Tête baissée, épaules rentrées. Accablé.

Et dans le premier café ou je suis entré, la musique de « smoke gets in your eyes » est venue mettre des mots sur ma peine.

Oui, mes larmes coulent comme si j’avais de la fumée dans les yeux.

Everybody knows

*****

Quelques jours que cette chanson me trotte dans la tête.
Pas envie, et pourtant elle est là en sourdine, elle tourne en mode repeat.
Pas envie d’essayer de comprendre pourquoi, mais ce cerveau n’en fait qu’à ma tête.

« mon cadavre à la mer »
Combien de fois ces dernières semaines j’ai pensé en finir. En finir de toi. Tes mots comme des poignards enrobés de velours, taillent mon amour propre depuis trop longtemps. Tu n’aimes pas les gens, les gens t’adorent, je les déteste. Alors que c’est toi que je devrais haïr. Si on t’ouvre les entrailles, y verrait-on la noirceur de ton âme. Sentirions-nous l’aigreur de ta putréfaction, depuis le temps que tu es mort à l’intérieur ? Je me le demande…

« tes pas ne laissent plus de traces à côté des miens »
En ont-ils déjà laissé ? Je n’étais bonne qu’à marcher dans les tiens. Ne pas prendre trop de place, ne pas te contredire.
Ce que je veux c’est de nouveau tracer mon propre chemin.
Sans tes pieds tu serais bien emmerdé. J’ai lu un bouquin un jour, un bâton et un bon maillet feraient l’affaire. La vibration du craquement de tes os serait une douce musique pour apaiser le bordel que tu as mis dans ma tête.

« tes lèvres sont le marbre
de la tombe de notre amour »
Et si je pouvais, j’en ferais des petits cailloux. Orner mon jardin de tes restes pour pouvoir marcher dessus tous les jours.

« ne te mouche pas dans ma robe »
Tu l’as déjà fait. Et toujours je t’ai pardonné. Cette fois ce sont de vraies larmes que je veux voir couler. Voir le crocodile se transformer en agneau qu’on emmène à l’abattoir. Tu as nourri ma haine trop longtemps, avec attention et persévérance. Elle veut sortir, je le sens. Un monstre qui va m’arracher la cage thoracique au passage.

« Mais je n’ai pas trouvé le courage
Par la fenêtre de me jeter »
Mais je n’ai pas trouvé le courage
De la fenêtre tu m’as jeté

“Mourir d’amour”

Noa

Rompez ! (Auteurs invités)

J’étais revenue. J’étais revenue car je n’avais nulle part où aller. Je suppose que c’est ce que font tous les enfants perdus. Ils reviennent toujours là où c’est le moins douloureux. Tu n’avais rien dit. Simplement étreinte. Tes yeux marquaient une légère surprise, c’était de sentir que j’avais maigri, encore, sans pourtant perdre la rondeur de mes seins et la courbe de mes fesses. “Comment perds-tu du poids sans rien perdre de ta silhouette”? Je riais, autrefois. Je ne savais pas. Et puis, j’avais compris. Je devenais plus légère à l’intérieur. Je me creusait, en gardant la façade à rue. On aurait dû m’appeler Bruxelles.

Tu ne savais plus trop comment m’aborder, rire nous était devenu inatteignable, parler n’avait jamais été possible. Alors, tu m’avais massée et puis, on avait fait l’amour. J’avais joui, comme toujours avec toi, comme jamais personne d’autre n’avait pu me faire jouir avant toi. J’étais devenue immense, et puis j’avais éclaté, à n’être qu’un immense trou noir au milieu de la voix lactée. J’étais venue pour ça. Nous le savions tous les deux. Je m’étais endormie sur ton épaule, dans son creux, ma main sur les quelques poils de ton torse. Autrefois, j’y voyais un aigle, et j’espérais qu’il t’aiderait à t’envoler, à quitter cette vie triste, morne, cadenassée, mais tu n’avais jamais rien compris à ce que je racontais. Je voulais qu’on brûle tout et qu’on reparte de zéro. Tu t’accrochais à ton titre et à tes faux amis.

Au matin, tu t’étais réveillé en premier, comme toujours. Je t’appelais le Lapin d’Alice, hop hop hop, il faut y aller, vite, vite, vite, le monde n’attend pas. J’avais paressé dans le lit, écoutant les bruits familiers: la radio que tu branchais sur la Première, le perco qui crachait son café, le grille pain qui toastait. J’étais en mode ennui intégral. J’avais fureté. J’étais descendue. Tu ne me voyais déjà plus, occupé avec le combat à la mode de la semaine. J’avais fureté. J’avais trouvé le cahier. J’ai éteint la radio et mis Spotify. “My life is going on” a empli la cuisine. J’ai monté le son autant que possible. Tu es sorti dans le jardin. J’ai ouvert la porte.

Je savais que tu ne comprenais pas un mot. Ton anglais était rudimentaire, tu avais toujours préféré l’espagnol pour draguer les filles. Neruda dans le texte… ça en jetait… Aujourd’hui, ce qui était beau, c’était ça. Savoir qu’on t’expliquait que j’allais partir pour me sauver. J’avais fureté. Lu ce que tu n’avais jamais avoué mais que j’avais toujours pressenti. Je me suis mise à danser lascivement. Tu as lâché ton téléphone. Complètement largué. Je t’ai poussé dans l’herbe, et je me suis installée à califourchon sur toi. J’oscillais, tu fermais les yeux. Tu m’as demandé: “Tu sens mon désir pour toi”? “I dont care at all” t’a-t-il été répondu. Et comme tu ne comprenais rien à l’anglais, j’ai précisé : “Qu’en pense Audrey”?

Fanny Charpentier

*****

Waoh, oh, ohoh
Hey, yeh, yeh, yeh, yeh,yeh, yehiii


C’est ce truc débile que j’entends quand j’arrive devant la porte de son appart. Je frappe, prête à lui faire remarquer qu’il retombe en enfance : on n’a pas idée d’écouter Louane, le volume à fond quand on a trente ans. Si ?
—- Ah, c’est toi ? balance-t-il en m’ouvrant.
Pourquoi a-t-il le regard fuyant et le teeshirt à l’envers ? Pas que le dos sur le devant. Les coutures à l’extérieur aussi. Ses yeux sont hagards comme s’il venait de fumer un joint ou de s’enfiler quelques bières.


Quand je m’approche de lui, histoire de remettre un peu d’ordre dans sa tignasse en bataille, je ne peux m’empêcher de remarquer que ce que je sens, ce n’est pas son odeur à lui. Outre son after-shave, un mélange parfum vanille et sueur d’une autre.
— Mais, je lâche sans le regarder, t’es pas seul ?
Il a toujours les yeux baissés.
C’est là que je commence vraiment à comprendre: il ne s’attendait pas à me voir parce qu’il était en bonne compagnie. .. AU LIT…


J’espère que tu vas souffrir
Et que tu vas mal dormir
Pendant ce temps j’vais écrire
Pour demain l’avenir


Celui qui est tout pour moi depuis presque trois ans ne m’aurait tout de même pas fait ce coup de pute. Cette chanson qui tonitrue, c’est un fait exprès ?
Je me sens bouillir. Je suis sûre que mes joues sont écarlates. Mes yeux jettent des éclairs.
Je l’attrape par les épaules et le toisant
— T’es même pas capable de me dire les choses clairement…
Je suffoque.
— ça dure depuis longtemps, tes parties de jambes en l’air avec une autre que moi ?
C’est seulement là qu’il a l’air d’émerger.

Douche froide. Une meuf un peu boulotte franchit la porte de sa chambre, notre chambre, et lui dit d’un air enjôleur : tu reviens, mon bébé ?
— Je te rejoins dès que j’ai viré Coline…


Je n’veux plus savoir
On s’est éloignés
Tu ne vas plus m’avoir
Et tout est terminé


Après une œillade, elle se retourne. J’ai le temps de voir ses grosses fesses déborder d’un mini-string. Heureusement qu’elle porte un teeshirt XXL de la boutique d’Hard Rock Cafe, celui que j’avais rapporté à mon chéri de Nice. Cette pensée me traverse l’esprit : ce gars, celui pour qui je fais des régimes drastiques depuis toujours, pour qui je m’affiche en jeans ultra slim ou en jupe mini-mini simplement pour qu’on se retourne sur moi dans la rue en se disant « quelle chance il a, ce type, d’avoir une fille aussi canon au bras, sous-entendu au lit », ce type, il m’a remplacée par une truie.
Ben, tout compte fait, ils vont bien ensemble : un porc, une truie… A quand les porcelets ?
Je morfle, c’est sûr.


Je tourne les talons. La porte claque derrière moi. J’entends, comme si cela venait de très loin « Bon débarras : elle était vraiment trop bêcheuse, celle-là ».
Je descends les escaliers en retenant mes larmes. Une volée : je résiste. Une autre : ma gorge est serrée par les sanglots qui y sont coincés. Une dernière : je laisse mes larmes couler sur mes joues.


Partie loin derrière
Sans trop de raisons

J’ai le cœur en charpie…

For Ever Blue

*****

Play it again, Sam

Nous, agent officier de police judiciaire Z., procédons à l’audition de Madame …, qui nous déclare :

Il n’y avait rien selon Télérama qui soit digne d’être regardé hier soir. Samuel m’a proposé de mettre un DVD. J’ai dit “d’accord” et l’ai laissé choisir. Parce que la dernière fois c’est moi qui avait choisi. Il a pris Casablanca dans l’étagère. Sans hésiter. J’ai trouvé ça curieux. Comme si c’était prémédité.

Il sait pourtant que je déteste ses vieux films en noir et blanc. Moi je ne m’habille que de couleurs vives. En plus il l’a mis en VO. Il sait que je ne supporte pas ça. J’étais déjà nulle en anglais au collège. Et lui je l’ai toujours soupçonné de faire semblant de comprendre quand Humphrey Bogart parle.

Au moment de la scène centrale du film, “Play it again, Sam… play As time goes by”, je l’ai regardée. Elle est si belle Ingrid Bergman. Le regard. Le sourire. La prise de vue en légère contreplongée. Et la lumière. Cette scène est sublime. C’est bien le seul moment que j’aime dans ce film. Pas la chanson, elle est tellement gnangnante. A kiss is just a kiss… bullshit!

Samuel respirait fort. Comme oppressé. Depuis qu’il a arrêté de fumer ça lui arrive souvent.

Je lui demande si ça va. D’abord il ne répond pas. Il me fait comprendre d’un signe de me taire. Mais il respire de plus en plus fort.

N’insiste pas, me dit-il.

À la fin du film il est livide. “Je vais appeler le 15”, je lui ai dit. J’ai pris mon téléphone mais il m’a bousculée. Il a fait tomber mon iPhone.

“Arrête, appelle plutôt un avocat. Je te quitte.”

Mais pourquoi ?

“Tu n’aimes pas Casablanca il te faut quoi d’autre comme raison de te quitter ?”

Mais c’est absurde voyons ! Et les enfants ?

“Ils aiment encore moins que toi mes vieux DVD.”

Alors il s’est levé et m’a juste dit c’est fini et encore n’insiste pas. Et il est monté se coucher dans la chambre d’amis.

Nous demandons à Madame … pour quel motif elle porte plainte :

Délit de fuite. Abandon de personnes vulnérables. Actes de torture. Préjudice moral.

Demandons à Madame … de quels actes de torture elle parle :

Casablanca en VO.

Nous demandons à Madame … comment elle explique la mort de son mari que le médecin légiste a datée de la même heure que la fin du DVD d’après la reconstitution faite de la soirée :

Il ne pouvait pas vivre sans moi. C’est la preuve.

Nous indiquons à Madame … qu’il n’est pas possible de déposer plainte contre une personne défunte :

C’est bien dommage.

Nous soumettons à Madame … le rapport toxicologique de son défunt mari :

Non je ne m’explique pas la présence de cyanure. Mais je peux comprendre qu’il ait voulu en finir à force de regarder ces vieux tromblons insupportables en VO.

Nous demandons à Madame … comment elle explique les traces de cyanure trouvées dans le tiroir de sa table de nuit :

Ah mais il a voulu me tuer en plus de me quitter ? Vous voyez bien que j’étais en situation de légitime défense, monsieur l’agent.

Samuel R.

Résolution

— Je ne veux plus d’amour.

— Tu ne peux pas dire ça !

— D’accord, je reformule : je ne veux plus de relation amoureuse.

— Mais toi et moi, on s’aime.

— Tu m’agaces. Je précise davantage, puisque tu m’y obliges. C’est le cul. Je ne veux plus de sexe. Les pulsions primaires, les organes génitaux, les fluides, les grognements… C’est fini. J’arrête.

— C’est une indigestion ?

— Peut-être. J’en ai trop fait. M’en suis trop laissé faire. J’étais à l’opposé de mes besoins vitaux.

— Tu as besoin de quoi ?

— Calme, câlins, constance.

— Tu as eu quoi ?

— C’est difficile à dire. Les mots ne viennent plus, ou alors si violents que je crains de mentir. Ce sont des coups, des viols, des pleurs, de l’épuisement. J’ai si peur d’être injuste si je me pose en victime. Je suis certaine d’avoir tout provoqué. J’ai allumé les mèches. Je ne peux pas me plaindre d’être déchiquetée par les déflagrations.

— Mais les coups, qui les a donné ?

— Eux.

— Qui les as reçu ?

— Moi.

— Tu es bien la victime, c’est tout simple.

— Au contraire, c’est terriblement ambigu. Si je peux m’en réjouir c’est pour l’inspiration : je raconterai cette histoire jusqu’à ce qu’elle s’éclaire d’une lumière franche comme la lumière du jour. Jusqu’à la vérité.

Sous le plaid zinzolin

Mots suggérés : zinzolin, ostinato, lutin, calfeutrés, avare, oligo-éléments, facile, blottie, délicatesse, aspirant.
Mot complémentaire : affleurer

Elle avait décidé de ne plus faire l’amour. Plus de sexe, plus d’amant, plus d’amante, plus rien de cet ordre là. C’était irrévocable.
S’y résoudre n’avait pas été facile. Il avait fallu une dernière romance. Un homme adoré et avare d’amour. Le plus déchirant dans l’histoire était la certitude qu’il songeait la même chose : il l’avait adorée et elle l’aimait mal.

Blottie dans ses coussins livides et enroulée dans un plaid zinzolin, elle se songeait au milieu de sa vie et se remémorait le chant de ses amours, ostinato d’échecs lancinant. Parfois, une variation, un éclat, une cymbale… et immanquablement, le retour du motif qui soutenait bassement l’amère vérité : il n’y aurait jamais d’autre composition.

Elle n’était pas née dans le siècle où les femmes déçues se calfeutraient ensemble en couvent, ou mieux, en béguinage. Il fallait s’exposer, faire semblant d’aller bien et immanquablement un aspirant jaillissait comme un lutin joyeux. Tout en délicatesse, charmant, inoffensif. Ravie, elle se laissait glisser aux délices amoureux. Mais aujourd’hui elle savait. Elle était fer, ou peut-être fluor. Ces oligo-éléments nécessaires à la vie et toxiques en surdose. Il allait la haïr après s’être goinfré d’elle.

Des mois et des années elle avait essayé d’affleurer en passion. Quand l’amour émergeait elle prenait la fuite. En vain. L’amour est plus malin et retrouve les fuyards.

Blottie dans ses coussins et son plaid zinzolin, la femme sensuelle caressa ses rondeurs.
« Et si je m’aimais, moi ? »

Vous aimez ce jeu littéraire ? Vous allez adorer le blog des Oulimots.

L’histoire d’Aure

C’est un nouveau client aujourd’hui. Classique : Arnaud, la cinquantaine, veuf, pas de demandes spéciales. Je reste sur mes gardes cependant. Vingt années de prostitution m’ont appris à me méfier des rencontres girl friend. C’est ce genre de petit ami qui se comporte comme un porc une fois la passe payée.

Arnaud accorde de l’importance à ce que je sois occasionnelle. Monsieur n’assume pas de se payer une pute, il s’imagine que baiser une bourgeoise qui se prostitue par fantasme est plus classe. C’est fou, cinquante ans plus tard, le nombre de types qui se croient dans le film de Buñuel. Bon. J’avoue que je les mets sur la piste… ou du moins, ils sont ma cible, ceux qui cherchent une Séverine. Je ne prospecte que via mon site, Aure – escort Toulouse, où je me montre élégante et sobre… une vraie Madame. Je vends, en plus des services sexuels, la possibilité de passer pour une conquête ou même l’épouse s’il le faut. Je détaille mes prestations sexuelles dans une rubrique à part et ouvre mon album de nus sur demande. Le prospect veut tout de même l’assurance que sitôt la porte de la chambre d’hôtel refermée, il aura bien une pute et que le travail sera fait.

Ils aiment savoir qu’ils sont le seul de la journée. Au prix que je demande, ça ne pose pas de problème. Il m’a fallu du temps pour parvenir à cet équilibre : un rendez-vous par jour, le pool des réguliers et les soirées spéciales.

Je me prépare donc pour le nouveau. Je n’ai jamais peur avant une passe. Je crains davantage une mauvaise haleine et des ongles douteux que la brutalité. L’hygiène du client, c’est le point de vigilance dans mon métier. En pleine baise, ils ne pensent pas aux suivants et mettent leurs doigts partout au risque de me coller une IST. Je suis fréquemment obligée de faire un rappel à l’ordre en plein acte et c’est bien plus compliqué à gérer que la violence.

Arnaud veut que je sois nue sous une robe. « Elégante à l’extérieur, accessible en dessous ». J’ai l’habitude. Il veut me tripoter en public, avant la chambre. Je sors ma tenue de base : bas noirs, petite robe portefeuille et gabardine ceinturée. Parfum classique, maquillage discret, ongles rouges impeccables. Il fait froid alors j’enroule un pashmina autour de mes épaules – ça donnera le ton : pour les cadeaux je n’accepte que du luxe. Nous avons rendez-vous au bar d’un hôtel cinq étoiles pour « faire connaissance ». Mon manteau sera fermé jusqu’à ce que l’enveloppe soit déposée dans mon sac.

Travailler sans être payée est le genre d’erreur qu’on ne fait qu’une seule fois. On a toutes connu le client évaporé et c’est une tromperie cuisante. Moi ça m’est arrivé avec un régulier. Nous avions des plans petite amie chez lui une fois par mois. Des échanges gentils entre les passes, pour entretenir l’affection.  Il avait l’habitude de venir me chercher devant chez moi. Dans sa voiture, il payait et il me doigtait en conduisant jusqu’à son domicile. Un jour, il m’a demandé de venir chez lui. A peine sa porte ouverte, tout s’est passé comme d’habitude : roulage de pelle, pelotage de seins, troussage et fessée d’accueil. Je n’ai pas osé lui demander l’argent avant de monter dans sa chambre. J’ai mis du cœur à l’ouvrage pendant toute la prestation, en squirtant abondamment plusieurs fois. Il adorait ça, que j’inonde tout. Au bout d’une heure, il s’est levé comme une bombe, a annoncé que sa fille allait passer le voir et que je devais partir. Ne voulant pas le mettre dans l’embarras, j’ai filé sans mes sous. Et il a disparu. Plus de nouvelles. J’aurais pu le relancer ou me présenter chez lui pour réclamer mon dû mais j’étais trop blessée. C’était un viol à posteriori. Il n’avait pas droit à ce que j’avais donné. J’en ai pleuré de rage, pas pour mes deux cent balles, mais pour ce qu’il avait volé de moi.

Je vais au rendez-vous à pieds et je marche en simulant l’aisance sur mes talons aiguilles. J’habite près de la gare. Pourquoi est-ce que les prostituées habitent près des gares ? Il faudra que j’y réfléchisse, il y a certainement une bonne raison. Moi, c’est parce que mes lieux de travail préférés sont dans le quartier. Les bains libertins et l’hôtel de luxe qui empile sept étages de suites contemporaines. Aux bains, je suis connue et acceptée. Je ne recrute jamais sur place et ne viens pas plus d’une fois par semaine. Avec cette discrétion j’ai la protection et l’amitié de Christophe et Lola, le couple de gérants.

L’hôtel ne peut pas ignorer non plus mon activité. Pour pouvoir continuer à rencontrer chez eux, je dois faire très attention. Jamais deux jours de suite, jamais à la même heure et très rarement au bar, que je réserve aux premiers rendez-vous. Les autres fois, la chambre est réservée, j’arrive la première et le client me rejoint.

J’entre dans le grand hall feutré d’un pas assuré. Il faut que j’ai l’air légitime. A chaque fois je m’imagine un scénario : je suis l’épouse d’un PDG, une actrice, une intellectuelle… Le réceptionniste me salue d’un léger signe de tête, je lui fais signe que je passerai plus tard prendre la chambre et je me dirige vers le bar. En plein milieu de l’après-midi, il n’y a personne, sauf un homme, au fond, plongé dans un bouquin. C’est sûrement lui.

Le premier instant est toujours le plus difficile pour moi. Le premier regard, les premiers mots… Après ça, tout est automatique. Une fois que j’ai cerné le client j’endosse le rôle adapté et je déroule sans réfléchir.

Je m’avance et il ne lève pas la tête, visiblement absorbé. Alors tant pis, je fonce.

– Bonjour, vous êtes Arnaud ?

Il se lève, me serre la main, souriant et détendu. Il sent bon, n’est pas timide et a de l’éducation. C’est toujours ça de pris.

Nous nous asseyons, il commande un thé pour moi après s’être enquis de mes goûts et sans aucune gêne, entame une conversation qui va droit au but.

– Alors, vous me trouvez à votre goût ?

– Oui. Vous avez du charme et vous êtes élégant.

– Nous faisons donc affaire ?

– C’est d’accord. Vous avez pris la chambre ?

– Je l’ai depuis hier, en fait. Je suis là pour deux jours. Je donne des conférences.

– Dans quel domaine ?

– Je suis psychiatre et je travaille en particulier sur les traumatismes, mais ce n’est pas le sujet du jour, n’est-ce pas ?

– J’espère bien !

Il a les yeux vifs et respire la bonhommie. Pour l’instant, tout va bien. Il est plus grand que ce que je pensais, cheveux clairs, yeux bleus. Un bel homme. Je remarque ses mains criblées de tâches de rousseur. Ca me plaît. Une peau fragile, un signe extérieur de vulnérabilité. C’est touchant.

– Voulez-vous l’enveloppe maintenant ?

– S’il-vous plaît, oui. Pouvez-vous la déposer dans mon sac ?

Il s’exécute discrètement, je fais mine de chercher un mouchoir pour essuyer mes mains et vérifie le montant. Lui ne fait pas semblant d’être dupe.

– C’est correct ?

– Oui, c’est bien ça, je vous remercie.

– Ne me remerciez pas. Mais montrez-moi votre chatte.

C’est facile puisque je tourne le dos au barman. De plus le dossier de mon fauteuil me dissimule. J’entre donc dans mon rôle, affiche un sourire enjôleur et attaque un pré-strip-tease en guise de vitrine. T’inquiète, tu en auras pour ton argent. Je retire mon trench et écarte les pans de ma robe en dévoilant mes bas. Je prends mon temps, il semble aimer. J’ouvre lentement mes jambes et lui offre la vue du sexe glabre promis.

Vacances en soumission : mon interview !

J’ai été interviewée par Christophe Siébert pour le blog de Mes histoires porno.

A lire ici, ou là-bas, comme vous voulez !

*****

« Camille Sorel sait écrire. Ses personnages sont palpables, on avance avec Hélène dans sa découverte du BDSM. Et les scènes de cul sont excitantes, notamment les scènes lesbiennes entre Mel et Hélène où le désir se transmet au fil des mots au lecteur, le contamine et l’entraîne irrémédiablement vers une excitation indéniable ! »

« Quand je vous aurai dit que la plume de l’écrivaine est à la hauteur de la beauté de ses héroïnes et de son talent de conteuse, je n’aurai plus qu’à espérer que Camille Sorel ajoute rapindement une suite à ces palpitantes aventures. »

« Des mots crus de vérité sans jamais être vulgaire. Ici les mots ont leur portée… Après avoir lu Vacances en soumission vous ne pourrez plus voir de la même manière le BDSM. »

« Un amour tendre et cru, hors des limites convenues. le style est vif, sans fioritures. Métaphores et euphémismes n’existent pas dans l’écriture de Camille Sorel. Et les scènes les plus scabreuses son exposées dans leur totale impudeur. »

« Ce récit est superbement écrit et malgré le sujet aucune vulgarité. »

« Écrit avec crudité et tendresse, ce roman ne vous laissera pas indemne. »

Que ce soit sur le site de Charlie LiveShow (cliquez pour lire l’intégralité de sa critique et écouter son sensuel podcast) sur Babelio (cliquez ici pour lire toutes les critiques des lecteurs) ou sur Amazon (cliquez ici pour lire les avis) où il est quatrième des ventes dans la catégorie e-book porno, Vacances en soumission, sixième titre de la collection Les Nouveaux Interdits, rencontre son public et ça nous fait très, très plaisir ! Parce que ce roman à ne pas mettre entre toutes les mains le mérite ! 

Alors, pour fêter ça, nous avons demandé à l’autrice de répondre à quelques questions… forcément indiscrètes.

— Bonjour Camille, peux-tu nous résumer en quelques mots l’intrigue de ton livre, et les sujets que tu as voulu traiter ?

Vacances en soumission raconte l’aventure sexuelle inattendue d’une jeune femme, Hélène, de retour au village de son enfance pour quelques semaines de vacances. Elle retrouve Mel, son amie d’adolescence, qui fut aussi son amante. Les deux femmes se désirent toujours autant. Mel confie à Hélène qu’elle mène avec son mari une vie de soumise et lui explique ce qu’implique sa condition.

Hélène est partagée entre effroi et excitation. Quand les circonstances l’amènent à choisir d’être initiée à la soumission sexuelle, elle n’hésite pourtant pas.

J’ai voulu montrer une réalité sado-masochiste sans la voiler de romantisme ou l’alourdir de clichés. Les personnages sont juste des humains, pas des stéréotypes. Ils ont tous leurs forces et leurs faiblesses, leurs mochetés et leurs qualités humaines. Je trouvais important de raconter de façon réaliste, voire crue, ce que pouvait impliquer une relation BDSM sans me poser en juge du récit. Ni héros, ni bourreau, ni victime dans mon roman. Juste des gens qui vivent une sexualité intense et assez marginale.

— Je sais que tu as hésité à écrire, à partir de ce sujet qui te tenait à cœur, un roman porno ou un roman de littérature générale. Pourquoi ce choix d’écrire un roman porno ?

D’abord, pour bosser avec toi ! Je voulais, pour ce premier roman, un véritable accompagnement éditorial. Je manquais de confiance en moi et tout au long de l’écriture de Vacances en soumission, tu étais présent pour me rassurer et me conseiller. Cela n’a pas de prix quand on se lance dans un premier grand texte.

Ensuite, j’ai senti que si je choisissais de faire ce récit en éludant la partie purement sexuelle, il n’en resterait que la description d’une double emprise. J’aurais pu tomber dans le jugement voire la dénonciation de pratiques dangereuses. Je préfère m’effacer derrière mes personnages et simplement dire : « Voilà, ça peut se passer comme ça ».

Et pour finir, même si une relation BDSM est bien plus que du sexe, il en est tout de même, en général, un moteur puissant. Le contourner aurait signifié de faire le choix de gommer une grande part du sujet. J’ai préféré être explicite.

— Qu’est-ce qui selon toi caractérise un bon roman porno ? Et une bonne scène de cul ?

C’est affaire de goût bien sûr ! Mais de manière générale, je dirais « moins de mots, plus de faits ». Je n’aime pas lire les récits érotiques dans lesquels l’auteur fait la roue. Impossible de se concentrer sur la scène de cul, car il semble qu’il – ou elle – nous tape sur l’épaule en disant « Eh, t’as vu ? J’écris bien, hein ? ». Les phrases alambiquées, les métaphores raffinées… je n’aime pas.

J’aime quand ça parle de cul comme le cul se passe. La littérature permet ce fantasme fou : être là, pour voir, en vrai ce qui arrive, pas des comédiens qui jouent. Pour obtenir cette vérité et la réalisation de ce fantasme, il faut qu’on nous parle vrai. Et ce n’est pas une faiblesse de le faire, en tant qu’auteur, au contraire. C’est difficile de s’effacer, j’en sais quelque chose !

— Ton roman parle de l’univers BDSM d’une manière plutôt réaliste et sans concession, ce qui est assez original et inhabituel. Comment penses-tu qu’il sera reçu par les gens de ce milieu ? Et par les lecteurs qui n’en font pas partie ?

En écrivant, je n’ai songé qu’à mon histoire, celle que j’avais à raconter. Avec le recul, je me dis qu’elle pourra être mal perçue si elle est lue comme un manifeste. Je ne dénonce rien, je n’accuse personne : je raconte l’histoire de deux femmes et un homme qui vivent des moments sexuels intenses pendant quelques jours.

Peut-être que certains préfèreront voir un « Maître » très classe, une soumise un peu conne et une novice enthousiaste… hélas, dans Vacances en soumission, les personnages sont juste les plus réels possible. J’espère que la communauté BSM accueillera mon roman pour ce qu’il est : une simple fiction.

Les lecteurs qui ne font pas partie du monde BDSM risquent d’être un peu déçus s’ils s’attendent à l’élégance feutrée des nuances à succès. Quoique l’ambiance du petit village vigneron en bord de Méditerranée aie un sacré charme, je trouve…

— Tu as toi-même beaucoup fréquenté ce milieu et, bien que ce roman soit une fiction et pas un témoignage, j’imagine que tu as, pour l’écrire, puisé dans ton expérience personnelle. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Bien sûr, j’ai puisé dans ce que j’ai vécu en tant que soumise. Mais aussi dans ce que j’ai vu et lu. Pendant toute cette période de ma vie, j’ai mémorisé avec minutie des tas de choses. Les mots d’une domina, le geste d’un Maître, le regard effronté d’une soumise, le masochisme d’un soumis… J’ai tout enregistré… et ça s’est mélangé pour faire le terreau dans lequel Vacances en soumission a germé.

— Camille Sorel est un pseudonyme. Pourquoi ne pas avoir publié ce livre sous ton vrai nom ? Et pourquoi avoir choisi ce pseudonyme ?

Je suis mère de deux fils que je veux préserver, comme tout parent, de ma vie sexuelle. Ils savent que j’écris de l’érotisme, ils connaissent mon pseudo, mais sont libre d’en garder le secret. C’est leur choix.

J’ai choisi Sorel pour Agnès, la maîtresse du roi devenue reine. Elle me rappelle de ne pas m’effacer ni renoncer. Quant à Camille, j’aime que ce soit un prénom androgyne, parce que le genre, c’est une notion bien floue à mes yeux.

— Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

J’écris un deuxième roman. L’héroïne en sera une prostituée et le sujet ne sera pas son travail mais la femme qu’elle est. J’aimerais montrer une travailleuse du sexe comme une boulangère : c’est une personne qui travaille, qui a un job utile, apporte sa part à la société. Parfois elle a des clients chouettes, parfois ce sont des cons, parfois elle fait ses heures en attendant la quille.

Le vrai sujet ce sera son mental, qui a été abimé par de violents traumatismes. J’ai vraiment envie de décoder le système du stress post traumatique et de la dissociation mentale. Donc pour l’instant, ce n’est pas un roman porno. Affaire à suivre… !

J’enregistre en ce moment un nouveau feat. avec VAPA. Ce sera un morceau positif, encourageant, énergisant !

Et sinon, je voudrais surtout que le rêve continue : la publication de Vacances en soumission est à plus d’un titre une immense joie ! C’est un livre vraiment très important pour moi et je suis fière de l’avoir mené au bout.

Pour le lire le début de Vacances en soumission : https://www.meshistoiresporno.com/produit/vacances-en-soumission/

Un grand merci à Christophe Siébert pour cette interview !

VAPA : l’interview dancefloor, en conscience

1- La base : ça veut dire quoi, VAPA, et ça vient d’où ?

VAPA est l’acronyme de Vous n’avez pas d’avis. Cette phrase est tirée d’une intervention de Coluche devant de jeunes étudiants (pour les curieux, vidéo ici). De là naît mon premier titre – VAPA01.


2- C’est toi sur les photos de ton compte Instagram ? Pourquoi tu caches ton visage ?

Oui c’est bien moi et j’ai commencé à cacher mon visage au début car j’avais du mal à assumer mon projet. Je viens de milieu rock/metal et il m’a fallu du temps pour appréhender ce nouveau monde électronique. Ça me paraissait plus facile de démarrer anonyme. J’aimais aussi ce côté VAPA c’est personne mais c’est tout le monde. Tout le monde doit se sentir touché par les thèmes abordés. Je pense me dévoiler petit à petit à l’avenir. Je n’avais d’ailleurs pas de masque lors de mon 1er live à Nantes.


3- Ici, on te connaît dans ton costume de musicien d’électro. Tu as d’autres cordes à ta harpe (ou guitare, ou basse, ou ukulélé) ?

J’ai commencé la musique assez tardivement vers l’âge de 17/18 ans par la guitare électrique. Mon père en avait une au grenier qui attendait sagement. Je me suis lancé et au fur et à mesure des rencontres, tu crées un groupe puis des groupes – tu fais des concerts puis des tournées et bim tu connais bien ton instrument. A côté de ça, je touche un peu à la basse et à la flûte à bec qui ne me sert jamais… (rires)


4- Tu définis ton style comme electropunchline ou dancefloor conscient. Tu nous expliques ?

Les petits bout de phrases ajoutés doivent autant retournés ton cerveau que la musique en elle-même. On se rassemble, on fait la fête, on vit le moment et on pense à demain d’une façon optimiste.


5- Tu collabores parfois avec CROSS. C’est qui ? Tu nous les présentes ?

C’est une rencontre très importante dans mon projet. Je l’ai rencontré par hasard dans un bar sur Cologne un soir de match de foot et on a tout de suite accroché. On a commencé à faire de la musique pour rigoler. Après quelques idées enregistrées, on s’est dit que ce serait bien de pousser le délire un peu plus loin. On a sorti 3 titres pour le moment (à découvrir ici) et un 4ème arrivera dans l’été. Il paraît même qu’on prépare une collaboration avec Camille Sorel, vous connaissez ? En tout cas c’est un super producteur et DJ qui m’a beaucoup appris. Allez le suivre (son insta) et son collectif Pelika Noir, il vous prépare de nombreuses tracks techno/tech house pour vos soirées folles.


6- Tu as concrétisé ton projet de live. Alors ? C’était comment ?

C’est passé très vite mais super souvenir ! Il y avait la plupart de mes ami-e-s et c’est la première fois que j’entendais mes sons aussi forts. Grosse ambiance !!! J’ouvrais la soirée pour le collectif allemand Pelika Noir justement qui assurait la soirée jusqu’au bout de la nuit. Avec mon équipe, on se prépare à fond pour les prochains concerts et j’ai vraiment hâte genre vraiment !


7- Tu as réalisé un clip superbe pour Erreurs acceptées. Du cinéma, du vrai ! Récemment, grâce à un projet Ulule, tu as obtenu le financement pour réaliser un nouveau clip. Tu peux nous parler de ce projet ?

L’idée de ce Ulule était de voir plus loin pour ce second clip en se professionnalisant  (payer les gens et tout). Il sera aussi réalisé par Baptiste Chevalier qui a fait un superbe taf sur Erreurs Acceptées. Je vous invite à découvrir ce clip d’ailleurs ici https://youtu.be/l30F27EHpF0

Le tournage du prochain clip a été perturbé par le corona et il devrait être tourné à la rentrée. Croisons les doigts pour que tout se passe bien. Côté musique, le titre a bien avancé et j’espère vous surprendre à nouveau !


8- Notre collaboration est à chaque fois une grande joie. Je te remercie infiniment ! Quelles ont été les réactions de ton entourage quand tu as composé sur mes textes érotiques ?

De même, c’est toujours de la pure création ce qui me rend très heureux aussi. L’entourage a été très surpris mais ils ont été impressionné par le concept aussi. Ils ont pris plaisir à découvrir tant le projet Camille Sorel que les VAPA feat. Camille Sorel. J’ai même eu une remarque pertinente de Baptiste qui disait que tes chansons seraient beaucoup plus utiles dans les écoles que les cours d’éducation sexuelle. Une idée à creuser ?


9- Tu peux nous parler d’Envol captif, ton nouveau titre ? Quelle fut la source de ton inspiration ?

Comme souvent, je l’ai composé lors d’un voyage en train. Je revenais d’Amsterdam où je venais de passer une semaine (nouvel an tout ça tout ça) et cette idée de voix est la première chose qui est apparue. Mon oreille a tout de suite accroché. La compo et l’arrangement étaient quasi terminés à la fin du voyage. Je n’ai pas mis de voix mais ce morceau en avait pas besoin. Il est question ici de lâcher prise et de laisser parler son intérieur.

J’ai mis beaucoup de temps à le terminer mais la période du corona m’a permis de le finaliser et de travailler avec Perrine Drouillet pour la réalisation d’un clip animé (à voir ici). Je suis très fier du résultat. Elle a fait un sacré taf qui unit vraiment la musique et l’image.


10- Et pour finir, notre prochaine collab, en cours de création : tu veux bien la présenter ?

Oui avec grand plaisir !!! Pour la première fois, on invite une autre personne à la création. Ce sera un Cross, VAPA feat. Camille Sorel. La chanson sera une techno/electronica accompagnée de ta douce voix qui viendra guider les auditeurs vers le dancefloor conscient.


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Tschüss


V AP A