Rompez toujours (autrice invitée)

Au plus profond de la nuit, sur une petite route de campagne, rien ne vient perturber le calme d’une nature endormie.
Marc au volant de sa voiture semble excédé, Olivia pleure dans son coin.


M – Tu as l’intention de pleurer tout le long du trajet ?
O – Je ne pleure pas .

Olivia essuie discrètement d’un revers de main, la larme qui coule sur sa joue.


M – Parfait ! Tu vas donc pouvoir m’expliquer ton attitude.
O – Mon attitude ? Tu plaisantes je suppose. Tu me prends pour une idiote ? Tu crois que je n’ai pas vu ton petit manège ?
M – Mais de quoi tu parles ? Tu t’es comporté comme une folle devant tout le monde. Je ne savais plus où me mettre. Du plus jeune au plus vieux , les invités avaient les yeux braqués sur toi et par la force des choses sur moi !
O – Je m’en fiche totalement de tous ces gens .
M -Je te rappelle que c’est de ma famille dont tu parles, de mes amis. As-tu pensé une seconde aux mariés ?
O – Ah, nous y voilà, les mariés… tu veux plutôt dire la mariée, la fameuse mariée.
M – Je n’aurai jamais dû te faire venir à ce mariage. Tout aurait été tellement plus simple.
O – Ça t’aurait bien arrangé que je ne sois pas là. Tu aurais pu mener à bien tes projets. Il était vraiment temps que je la rencontre cette fameuse Gloria.
M – Tu es vraiment en plein délire !
O – Ah oui ? Gloria par-ci, Gloria par là. Tu ne m’avais pas dit qu’elle était si jolie cette Gloria.
M – Je te rappelle que nous étions à son mariage et que je n’étais pas le marié.
O – Et alors, tu crois que je n’ai pas vu comment tu la regardais ou plutôt comment tu la dévorais des yeux.
M – Où vas-tu chercher de telles histoires et quand vas-tu comprendre qu’il s’agit simplement d’une amie.
O – Quand je repense à vos sourires, vos œillades et vos airs complices, c’était si flagrant que tout le monde l’a remarqué.
M- Tu sous-entends que j’ai une aventure avec Gloria ?
O – Je n’ai absolument pas dit çà mais je suis contente que tu l’avoues enfin !
M – Je n’avoues rien du tout. Tu m’attribues des propos que je n’ai pas dit et me prêtes des sentiments fantasmés.
O – Tu fantasmes donc sur elle !
M – Mais c’est de toi dont je parle.
O- De moi, d’elle , je vois bien que tout se mélange dans ta tête et qu’il parait désormais évident que tu regrettes notre mariage.
M – Tu ne vas tout de même pas remettre ça. Olivia, s’il te plait, cessons de nous disputer pour rien. Il serait préférable qu’on en reste là pour ce soir.
O – Bien sûr, comme d’habitude … réfugies-toi dans le silence, c’est ce que tu sais faire de mieux !


Un silence s’installe à nouveau dans le véhicule. L’atmosphère pesante incommode Marc qui pourtant se tait. Quand à Olivia, elle pleure à nouveau mais cette fois sans se cacher. Après avoir réajusté sa position sur le siège elle reprend sur un ton plein de sous-entendus :
O – Et la chanson ?
M- Quelle chanson ?
O – Celle sur laquelle nous avons dansé à notre mariage
M- « Let’s Stay Together » ?
O -Tu pensais que je ne m’en apercevrais pas. Ou peut-être, voulait-elle te faire une surprise
M – Quelle surprise ? Tu ne peux pas être plus précise et arrêter tes mystères.
O – C’était notre chanson, tu l’avais toi-même choisi. Je commence à réaliser qu’à l’époque elle ne m’était peut -être pas destinée. C’est à elle que tu pensais déjà en la choisissant. Ne me dit pas que c’est une coïncidence ! Elle m’a volé ma chanson, elle m’a volé mon mari, elle m’a volé mon mariage.
M – Quoi ? Ce scandale qui nous a ridiculisé ce soir est dû à cette pauvre musique.
O – Je t’interdis de parler de cette façon de « Let’s Stay Together ». C’est toi qui l’avais choisi comme c’est elle qui a dû le faire ce soir. Ah, vous vous êtes bien moqué de moi toutes ces années avec votre amitié. Comment ai-je pu être aussi aveugle. Il a fallu cette soirée pour découvrir que cette chanson n’était pas la Notre mais la Vôtre. Je te hais !


Marc donne un grand coup de volant, freine sèchement la voiture pour la garer sur le bas-côté et en sort, claquant la portière derrière lui. Il préfère s’aérer et reprendre son calme en marchant le long de la chaussée.
De son côté Olivia se glisse derrière le volant pour le rattraper. Une fois à son niveau, elle ralentit pour adopter son rythme de marche, baisse la vitre côté passager et l’interpelle :
O- Allez, monte ! dit-elle d’une voix à nouveau calme.
Impassible, Marc continue sa marche sans lever la tête.


O – Je ne vais pas te supplier, monte !
Sans un regard pour Olivia, il s’exécute et attend qu’elle redémarre pour lui annoncer sur un ton monocorde :
M – Il vaut mieux pour nous deux que nous nous séparions. Et arrête de pleurer pour tout, c’est insupportable !
O – J’en étais sûre, tu veux vivre avec elle mais je te préviens cette chanson elle ne me la volera pas !


Marc fatigué, ferme quelques instants les yeux.
Quand il les rouvre, il voit la route défiler à grande vitesse et Olivia s’exciter sur son téléphone.
M – Mais qu’est-ce que tu cherches, tu ferais mieux de ralentir …
Sans s’interrompre, les yeux embués Olivia continue à pianoter sur son écran.
O – Ah, la voilà. Cette chanson est la Nôtre, tu m’entends Marc, la Nôtre !


Elle a juste le temps de relever la tête pour croiser une dernière fois le regard de celui qu’elle aime avant de précipiter la voiture contre un platane.


Au plus profond de la nuit, sur cette petite route de campagne, rien ne vient perturber ensuite le calme d’une nature endormie, seules s’élèvent les paroles d’Al Green :
(…) I want to spend my life with you
Let me say that since, baby
Since we’ve been together
Ooh
Loving you forever
Is that I need (…)

Corinne Abourmad

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