L’histoire d’Aure

C’est un nouveau client aujourd’hui. Classique : Arnaud, la cinquantaine, veuf, pas de demandes spéciales. Je reste sur mes gardes cependant. Vingt années de prostitution m’ont appris à me méfier des rencontres girl friend. C’est ce genre de petit ami qui se comporte comme un porc une fois la passe payée.

Arnaud accorde de l’importance à ce que je sois occasionnelle. Monsieur n’assume pas de se payer une pute, il s’imagine que baiser une bourgeoise qui se prostitue par fantasme est plus classe. C’est fou, cinquante ans plus tard, le nombre de types qui se croient dans le film de Buñuel. Bon. J’avoue que je les mets sur la piste… ou du moins, ils sont ma cible, ceux qui cherchent une Séverine. Je ne prospecte que via mon site, Aure – escort Toulouse, où je me montre élégante et sobre… une vraie Madame. Je vends, en plus des services sexuels, la possibilité de passer pour une conquête ou même l’épouse s’il le faut. Je détaille mes prestations sexuelles dans une rubrique à part et ouvre mon album de nus sur demande. Le prospect veut tout de même l’assurance que sitôt la porte de la chambre d’hôtel refermée, il aura bien une pute et que le travail sera fait.

Ils aiment savoir qu’ils sont le seul de la journée. Au prix que je demande, ça ne pose pas de problème. Il m’a fallu du temps pour parvenir à cet équilibre : un rendez-vous par jour, le pool des réguliers et les soirées spéciales.

Je me prépare donc pour le nouveau. Je n’ai jamais peur avant une passe. Je crains davantage une mauvaise haleine et des ongles douteux que la brutalité. L’hygiène du client, c’est le point de vigilance dans mon métier. En pleine baise, ils ne pensent pas aux suivants et mettent leurs doigts partout au risque de me coller une IST. Je suis fréquemment obligée de faire un rappel à l’ordre en plein acte et c’est bien plus compliqué à gérer que la violence.

Arnaud veut que je sois nue sous une robe. « Elégante à l’extérieur, accessible en dessous ». J’ai l’habitude. Il veut me tripoter en public, avant la chambre. Je sors ma tenue de base : bas noirs, petite robe portefeuille et gabardine ceinturée. Parfum classique, maquillage discret, ongles rouges impeccables. Il fait froid alors j’enroule un pashmina autour de mes épaules – ça donnera le ton : pour les cadeaux je n’accepte que du luxe. Nous avons rendez-vous au bar d’un hôtel cinq étoiles pour « faire connaissance ». Mon manteau sera fermé jusqu’à ce que l’enveloppe soit déposée dans mon sac.

Travailler sans être payée est le genre d’erreur qu’on ne fait qu’une seule fois. On a toutes connu le client évaporé et c’est une tromperie cuisante. Moi ça m’est arrivé avec un régulier. Nous avions des plans petite amie chez lui une fois par mois. Des échanges gentils entre les passes, pour entretenir l’affection.  Il avait l’habitude de venir me chercher devant chez moi. Dans sa voiture, il payait et il me doigtait en conduisant jusqu’à son domicile. Un jour, il m’a demandé de venir chez lui. A peine sa porte ouverte, tout s’est passé comme d’habitude : roulage de pelle, pelotage de seins, troussage et fessée d’accueil. Je n’ai pas osé lui demander l’argent avant de monter dans sa chambre. J’ai mis du cœur à l’ouvrage pendant toute la prestation, en squirtant abondamment plusieurs fois. Il adorait ça, que j’inonde tout. Au bout d’une heure, il s’est levé comme une bombe, a annoncé que sa fille allait passer le voir et que je devais partir. Ne voulant pas le mettre dans l’embarras, j’ai filé sans mes sous. Et il a disparu. Plus de nouvelles. J’aurais pu le relancer ou me présenter chez lui pour réclamer mon dû mais j’étais trop blessée. C’était un viol à posteriori. Il n’avait pas droit à ce que j’avais donné. J’en ai pleuré de rage, pas pour mes deux cent balles, mais pour ce qu’il avait volé de moi.

Je vais au rendez-vous à pieds et je marche en simulant l’aisance sur mes talons aiguilles. J’habite près de la gare. Pourquoi est-ce que les prostituées habitent près des gares ? Il faudra que j’y réfléchisse, il y a certainement une bonne raison. Moi, c’est parce que mes lieux de travail préférés sont dans le quartier. Les bains libertins et l’hôtel de luxe qui empile sept étages de suites contemporaines. Aux bains, je suis connue et acceptée. Je ne recrute jamais sur place et ne viens pas plus d’une fois par semaine. Avec cette discrétion j’ai la protection et l’amitié de Christophe et Lola, le couple de gérants.

L’hôtel ne peut pas ignorer non plus mon activité. Pour pouvoir continuer à rencontrer chez eux, je dois faire très attention. Jamais deux jours de suite, jamais à la même heure et très rarement au bar, que je réserve aux premiers rendez-vous. Les autres fois, la chambre est réservée, j’arrive la première et le client me rejoint.

J’entre dans le grand hall feutré d’un pas assuré. Il faut que j’ai l’air légitime. A chaque fois je m’imagine un scénario : je suis l’épouse d’un PDG, une actrice, une intellectuelle… Le réceptionniste me salue d’un léger signe de tête, je lui fais signe que je passerai plus tard prendre la chambre et je me dirige vers le bar. En plein milieu de l’après-midi, il n’y a personne, sauf un homme, au fond, plongé dans un bouquin. C’est sûrement lui.

Le premier instant est toujours le plus difficile pour moi. Le premier regard, les premiers mots… Après ça, tout est automatique. Une fois que j’ai cerné le client j’endosse le rôle adapté et je déroule sans réfléchir.

Je m’avance et il ne lève pas la tête, visiblement absorbé. Alors tant pis, je fonce.

– Bonjour, vous êtes Arnaud ?

Il se lève, me serre la main, souriant et détendu. Il sent bon, n’est pas timide et a de l’éducation. C’est toujours ça de pris.

Nous nous asseyons, il commande un thé pour moi après s’être enquis de mes goûts et sans aucune gêne, entame une conversation qui va droit au but.

– Alors, vous me trouvez à votre goût ?

– Oui. Vous avez du charme et vous êtes élégant.

– Nous faisons donc affaire ?

– C’est d’accord. Vous avez pris la chambre ?

– Je l’ai depuis hier, en fait. Je suis là pour deux jours. Je donne des conférences.

– Dans quel domaine ?

– Je suis psychiatre et je travaille en particulier sur les traumatismes, mais ce n’est pas le sujet du jour, n’est-ce pas ?

– J’espère bien !

Il a les yeux vifs et respire la bonhommie. Pour l’instant, tout va bien. Il est plus grand que ce que je pensais, cheveux clairs, yeux bleus. Un bel homme. Je remarque ses mains criblées de tâches de rousseur. Ca me plaît. Une peau fragile, un signe extérieur de vulnérabilité. C’est touchant.

– Voulez-vous l’enveloppe maintenant ?

– S’il-vous plaît, oui. Pouvez-vous la déposer dans mon sac ?

Il s’exécute discrètement, je fais mine de chercher un mouchoir pour essuyer mes mains et vérifie le montant. Lui ne fait pas semblant d’être dupe.

– C’est correct ?

– Oui, c’est bien ça, je vous remercie.

– Ne me remerciez pas. Mais montrez-moi votre chatte.

C’est facile puisque je tourne le dos au barman. De plus le dossier de mon fauteuil me dissimule. J’entre donc dans mon rôle, affiche un sourire enjôleur et attaque un pré-strip-tease en guise de vitrine. T’inquiète, tu en auras pour ton argent. Je retire mon trench et écarte les pans de ma robe en dévoilant mes bas. Je prends mon temps, il semble aimer. J’ouvre lentement mes jambes et lui offre la vue du sexe glabre promis.

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