Creep

Nous arrivons à Grasse, dans notre 4L encore enrubannée par nos copains farceurs. Le « just married » peint sur la vitre arrière fait sourire sur notre passage, à moins que ce ne soient nos deux mines ravies.
Il y a moins de deux semaines, à la fin du dîner, nous avons ouvert une enveloppe remise par nos témoins. Dessus, il était noté « J-11 ». A l’intérieur, la description du séjour qui commence aujourd’hui. Quelle joie, tout était prêt : jours de congés négociés, jeunes enfants gardés, rien n’avait été laissé au hasard par nos amis. Ravis de cette pause dans nos vies trépidantes, c’est les coeurs tout légers que nous nous garons devant le gîte réservé.

La propriétaire des lieux nous accueille chaleureusement et nous tend un cadeau : ce sont deux petits flacons de parfum. Pour toi, bergamote, cardamome, menthe, encens, cèdre, iris et vétiver s’entrelacent et enivrent ta peau. Pour moi, citron, pomme, gingembre, gardénia, muguet, jasmin, ambre et musc se caressent, se contournent, et me rendent gourmande.
Ces cadeaux sont touchants, nous embrassons l’hôtesse qui se nomme Anna. Je ne peux m’empêcher de sourire en songeant à Anna Madrigal, la logeuse des Chroniques de San Francisco.
Nous échangeons quelques banalités, sur la belle saison, la région accueillante, notre plaisir d’être là, quand elle s’écrit soudain :
– Mais voyons, je suis sotte : vous avez fait longue route et vous êtes amoureux. Venez que je vous montre votre chambre. Après je retourne chez moi et vous laisse la maison. Vous serez tout tranquilles !
Nous avons droit au clin d’oeil entendu de celle qui s’encanaille de nous imaginer nus. « Quelle chance, songeai-je, une maison pour nous ».

Enfin seuls dans la chambre, nous prenons notre temps.
Je dépose mon sac et tu sors une enceinte. Ce matin, en roulant, nous avons écouté Léonard Cohen. Tu conduisais en souriant et je somnolais, une main sur ta cuisse. Parfois je caressais ton sexe, qui me reconnaissait, se gonflait sous ma paume. Satisfaite, je fermais les yeux, le coeur au Paradis. Après Nîmes, j’avais pris le volant et nous chantions Brassens. Quand ce fut Les passantes, j’ai écouté ta voix. Tu la chantes si bien. Songeuse, je pensais à nos années d’amour secret, quand tu enregistrais pour moi des chansons et que j’écoutais ta voix, la nuit, en me caressant. Alors j’ai ouvert mes cuisses et tu as su mon désir. Difficilement concentrée sur la route, j’ai senti ta main remonter doucement ma jupe et venir sur ma culotte, masser ma vulve. J’ai basculé le bassin vers toi pour m’ouvrir davantage et tu as écarté ma lingerie pour venir apprécier la moiteur de mes lèvres. C’en était trop, je me suis garée au bord de la Nationale et sans te soucier des véhicules qui passaient vivement près de nous, tu as plongé vers moi pour me lécher comme toi seul sait le faire. Sans aucune pudeur, j’ai relevé les genoux et cherché ta queue d’une main fébrile.
Tu ne m’a pas laissée libérer ta raideur et as interrompu tes divins baisers. Tu as posé tes lèvres maculées de cyprine sur ma bouche et dans un baiser avide, ma langue t’a nettoyé.

Depuis Nîmes je te veux. Mon ventre appelle le tien, je veux que tu m’écartes, que tu entres, que tes hanches me cognent.
Tu connais mon regard, tu sais ce que je veux.
« Je prends une douche, tu viens ? »
Pour toute réponse je déboutonne ta chemise, et tu te laisses faire en mettant de la musique.
When you were here before
Ta chemise tombe au sol
Couldn’t look you in the eye
La fermeture de ma robe glisse en bas de mon dos
You’re just like an angel
Tu embrasses mes seins
Your skin makes me cry
Je tire sur ta ceinture de cuir
You float like a feather
Mes mains sur tes fesses
In a beautiful world
Tu dégrafes mon soutien-gorge
I wish I was special
Je m’accroupis devant toi
You’re so fucking special

2 réflexions au sujet de « Creep »

  1. camesemblebien

    La voix si chaude de Leonard chantant « Danse me to the end of Love »,Le cuir des fauteuils, la route, tout prend forme.
    « Oh let me see your beauty when the witnesses are gone
    Let me feel you moving like they do in Babylon
    Show me slowly what I only know the limits of »

    La langue qui fouille, le parfum de la cyprine qui reste sur les lèvres, comme le sel des embruns. Ce si bel accent dans ta voix, la courbe de ton dos quand ta robe glisse au sol.
    « I want you to notice
    When I’m not around »

    « What the hell am I doing here?
    I don’t belong here »

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