Chez nous

Tu m’as plus mise à nue qu’aucun amant, jamais.

Et pourtant, c’était peu.
Et ma vie a changé.

Le besoin de nous voir était si impérieux que nous avons simulé un rendez-vous professionnel. Tu arrives après moi, superbe. Pantalon blanc, sourire… tu me tends la main. Timide, robe fleurie, je suis perchée sur des talons qui me rendent maladroite. Je serre ta main en rougissant. Je te désire déjà.
Ce matin nous avons échangé les mots et les images d’amour les plus crus, les plus organiques, que nous n’avions jamais échangés. J’ai vu ta main aimée s’agiter sur ton membre, ton visage se tordre d’un plaisir surhumain, tu as crié mon nom et dans un long râle rauque, tu as giclé ; j’ai tout vu, tu filmais pour moi, tout près.
Bouche ouverte devant mon écran, langue malgré moi tirée, je voulais boire ton sperme et puis lécher tes doigts. A mon tour j’ai filmé, murmurant mon désir, ton prénom, robe relevée dans l’urgence et main dans la culotte. Tu as vu mes yeux clos, mes paroles psalmodiées « je te veux, prends-moi comme je t’aime » et mon dos se cambrer sur un cri de jouissance, agrippée à ma fente brûlante.

Pour la première fois nous serons, dans un instant, seuls.
Je suis encore mouillée de toi, orgasme dans la gorge.
Nous entrons, tu refermes la porte.
Ce n’est pas notre premier baiser.
Nos lèvres se sont touchées, un jour, sur un parking.
Nous devions nous quitter sans savoir si nous nous reverrions. C’était l’hiver, je suis tombée dans tes bras, manteau contre manteau, écharpe contre écharpe.
Tu murmurais dans mes cheveux « tu prendras soin de toi, promets-moi de prendre soin de toi », j’inspirais ton parfum pour ne pas l’oublier. Nos lèvres se sont frôlées, dis-moi si je me trompe.
Aujourd’hui nous nous sommes interdit de faire l’amour. Ce serait trop facile, une étreinte volée. Mais s’embrasser est évident. Nos bouches se rejoignent et nos langues se trouvent.
J’aime comme tu me tiens, tu m’entoures, me protèges. Ce baiser me dit « viens, je suis là, viens, tu comptes tant pour moi ».

Nous sommes près d’une fenêtre, on peut encore nous voir. Alors tu prends ma main :

– Je veux te montrer quelque chose.

Désarmant d’impudeur, dans un petit couloir, tu retires ton polo.
– Regarde. Ce sont mes tatouages, tu voulais les toucher.
J’ose à peine. Les motifs me sont chers, ils m’émeuvent, tellement ils te racontent.
Je vois aussi ta peau, fine et claire. Je veux égaliser et sans hésitation, je retire ma robe. Tu sembles émerveillé, ou alors je me flatte ?
– Tourne-toi, je veux voir tes dessins.
Je devrais être gênée, c’est tout de même incongru. Pourtant, je me sens bien, tournant comme une danseuse, en lingerie, devant toi.
J’ose même te dire que je veux qu’on se couche.
Tu me désignes un lit et comme de vieux amants, nous nous allongeons chacun de son côté.
Je pose ma tête sur ta poitrine, tu n’oses pas me toucher. Moi, je caresse ton cou, ton coeur, ton ventre, en t’embrassant partout. En dessous de ta ceinture, je ne regarde pas et encore moins ne touche.
Puis je m’écarte et m’allonge sur le dos. C’est une invitation. Tu viens sur moi.
– Hélène, puis-je embrasser tes seins ? Je voudrais les goûter.

J’acquiesce en tremblant et te regarde faire.
Entre deux doigts légers, comme un conservateur dévoilerait un trésor, tu écartes la dentelle qui voile mon téton et le prends dans ta bouche. Tu le lèches, à petits coups de langue, le serres entre tes lèvres, lèches encore, suces, reviens.
Je relève ma tête pour te voir, ne rien perdre du spectacle de tes lèvres sur moi. Tu me regardes aussi, sans cesser de lécher. Un brûlant bourdonnement s’élève dans mon ventre et tourne dans ma tête.
Tu reposes la dentelle, réajustes soigneusement le fin tissu qui voile mon téton et viens vers l’autre sein. Je pose ma main sur ta tête, caresse ta nuque et m’abandonne au plaisir de ta bouche qui me goûte.
Tu rhabilles mon sein et regardes mon ventre. Mon sexe coule sans aucune retenue et tu observes le nectar qui perle à travers la dentelle.
– Hélène, merci de ce désir.

Si tu n’avais pas mis ta main sur ma culotte c’est moi qui l’aurais fait. Je suis ouverte, indécente, offerte.
D’un doigt, d’un seul doigt et juste de la pulpe, tu te poses sur moi, recueillant ma cyprine et remontes ma fente. Tu t’arrêtes à l’endroit précis et presses mon clitoris. Un cri se serre dans ma gorge : continue, ne t’arrête pas, encore, encore, je t’en prie. Tu restes calme et masses à travers ma culotte le dôme de mon pubis.
Je relève les bras au-dessus de ma tête, je veux être à toi, que tu saches que je me suis donnée. Quelques secondes après, je jouis en retenant mon cri.

Il est déjà temps de partir.
Assise sur une marche, je te regarde fermer les volets de la maison bénie qui nous a abrités.
– Tu es beau…
Tu avances et t’arrêtes face à moi. Je me lève et nous nous étreignons, plus collés que jamais, souffles courts. Nos bassins dansent ensemble, tu bandes tellement ! Je caresse la toile de ton pantalon et découvre la forme de ton sexe pour la première fois. Qu’il est beau, fort et mâle !
Je ne t’embrasse plus mais te mange, ou bien te lèche, en tenant ta queue. Tu comprends.
– Tu la veux dans ta bouche ?
Oh oui…! Je m’accroupis, ouvre ta ceinture, ton pantalon et délivre ton membre, que je prends et respire.
Enfin, te voilà… Sais-tu comme je t’aime ?
Je passe ma langue sur la hampe, doucement, tout autour. Je dépose ma salive sur toi, je prépare mon terrain, je te mouille. Puis je viens au gland que je lèche aussi, jusqu’à ouvrir mes lèvres et l’accueillir dans ma bouche. Je t’entends gémir « oui… » et je lève les yeux. Tu me regardes avec avidité. Alors j’enfonce lentement ta queue entre mes lèvres et te prends tout entier. Tu pousses tes hanches vers moi et un grognement.
Une main sur tes fesses, je t’encourage, oui, enfonce-toi dans ma bouche, balance ton bassin comme si tu me baisais. Tu le fais lentement, deux ou trois va-et-vient. Et puis je m’enhardis, j’ai envie que tu gicles et je te suce plus vigoureusement.
Mais tu ne veux pas jouir.
Tu retires ton sexe, le soustrais à ma bouche et refermes ton pantalon.
J’ai à peine le temps de me sentir vide de toi que tu te penches et viens embrasser ma bouche avec autant de fièvre que je te prenais la seconde d’avant. Tu me relèves et nous nous sourions, irradiés de bonheur.
En sortant de cette maison, j’ai quinze ans, je suis pucelle, tu viens de me toucher pour la première fois et tu n’as pris de moi que ce que je veux donner.

C’est une mue, Anders.
Tu m’as remise à neuf.

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