Signes de soumission (3/10)

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Auteur invité : Fetish Bar

Chapitre 3

Je suffoquais de plaisir, je sentais ma cyprine s’écouler hors de moi, comme la lave en fusion.
A ma grande honte, je me suis rendue compte ensuite que j’avais mouillé  le fauteuil grenat sur lequel j’étais assise.

– Et bien Margaux, je vois que vous êtes une grande fille expérimentée, vous n’avez pas besoin de moi pour jouir, commenta Alexandre les yeux rieurs. Vous pouvez vous rhabiller. Vous avez sûrement à faire cet après-midi et moi aussi.

J’étais abasourdie, à la fois vidée par cette brutale explosion de plaisir et complètement désorientée par cette façon de me faire comprendre que j’étais de trop.

Alexandre insista :

– Oui Margaux, vous avez bien entendu. Je ne vous retiens pas. J’espère simplement que la prochaine fois vous saurez obéir immédiatement.

De tempérament un peu vif – enfin certains disent que j’ai mauvais caractère – je répondis en colère :
– La prochaine fois ? Il faudrait qu’il y en ait une autre ! Je ne suis pas une dinde que l’on consomme quand on en a envie !

Prenant totalement le contre-pied, Alexandre répondit calmement :

– Chère Margaux, je suis certain que c’est vous qui m’appellerez et ce jour-là, vous déposerez votre culotte à la porte de cet appartement. Je ne vous raccompagne pas, vous connaissez le chemin.

Mortifiée et hors de moi, je me réajustais rapidement, enfilai mon manteau les lèvres pincées et je partis en claquant la porte.

Je pense avoir mis près d’une heure à retrouver mon calme, les passants ont dû me prendre pour une folle, j’avançais à grands pas dans la rue, ne pouvant m’empêcher de commenter à haute voix l’attitude d’Alexandre.

C’est le soir, en prenant un bain, que je me mis à réfléchir à ce désir irrésistible d’être prise par lui, cet homme à la fois si attirant et si repoussant. Comment pouvais-je avoir envie de jouir dans les bras d’un tel goujat ? Aux arguments de la raison répondait une chaleur croissante dans mon bas ventre. Sans cesse revenait ce souvenir d’avoir été fauchée par une vague de plaisir jusqu’alors inconnue. Et le soir, je me suis doigtée furieusement, tentant de retrouver cette acmé.

D’ordinaire, je prends mon temps, je serre  d’abord mes cuisses et  je glisse une main pour  venir exciter mon clitoris.  Je le caresse doucement jusqu’à ce qu’il gonfle de désir. De l’autre main, je viens titiller mes seins, n’hésitant pas  à les pincer pour faire durcir les pointes. Mais ce soir-là, j’avais  besoin de sentir l’âpreté d’un assaut masculin. Je pinçais violemment mes seins, je les griffais tandis que mes doigts pénétraient avec force mon vagin. J’avais l’impression que celui-ci allait pouvoir avaler ma main. Je m’imaginais être transpercée par une verge puissante. Mon sexe coulait de désir, ma respiration s’accélérait. Revint la vision de ma soumission aux ordres d’Alexandre. Une boule de feu s’empara de moi et je  fus emportée par une  houle de plaisir, me coupant le souffle.

J’ai tenu quinze jours, maudissant Alexandre le matin et me caressant le soir.  J’avais même investi dans l’achat d’un womanizer, à la suite des conseils d’une amie. Tu verras, m’avait-t-elle dit : « Il exerce une stimulation unique et le plaisir est immense ».  Mais rien n’y faisait. De ces séances, j’en sortais certes les jambes flageolantes mais je ne retrouvais pas ce que j’avais ressenti quand j’avais joui sous le regard d’Alexandre. Pourtant, je convoquais les images qui m’impressionnaient le plus sur les sites tenues par des soumises. Je frémissais à la vue de culs rougeoyants ou striés de marques sanguinolentes. Je rêvais devant des poitrines maltraitées aux seins gonflés car enserrés dans des cordes. Je me pâmais à l’idée de me retrouver, agenouillée, à la merci d’Alexandre qui m’imposerait alors une gorge profonde.

Etre aux pieds d’Alexandre devenait une  fixation. Toutes mes lectures m’entrainaient vers mes rêves les plus fous. Le très sérieux Gilles Deleuze devenait à mes yeux le plus ardent défenseur d’une relation D/s : « On ne sait jamais d’avance comment quelqu’un va apprendre – par quelles amours on devient bon en latin, par quelles rencontres on est philosophe (…) Il n’y a pas de méthode pour trouver les trésors, et pas davantage pour apprendre, mais un violent dressage, une culture qui parcourt l’individu tout entier ».
J’en étais arrivée, comme une ado à griffonner des poèmes que je me voyais lui remettre :

Que puis-je
Vous offrir
d’autre
que mon corps mis à nu ?
 
Mon âme
Vous appartient déjà
Vous vous en êtes saisi
au premier regard
 
J’ai lu
à l’intérieur de Vous
ce que je devais
être

Me soumettre
à Vous
tel un jouet
pour  Votre seul plaisir
 
A Vos pieds
désormais je me tiens
enchaînée
sans possible retour

Alors toute honte bue, j’ai appelé Alexandre qui, une nouvelle fois, se montra aimable, même si je sentais une pointe d’ironie dans sa voix.
– Chère Margaux, comment allez-vous ? Bien, j’espère ? Vous avez donc retrouvé mon numéro de téléphone et vous souhaitez me voir, c’est cela ?

Une fois de plus, j’étais désarçonnée, et le beau discours que j’avais préparé, s’effaçait au fur et à mesure que j’entendais sa voix chaude.
– Euh oui Monsieur, quand ?
– Chère Margaux, comme vous êtes pressée d’un coup. Cette semaine, je ne peux pas.

Je ne savais même plus s’il plaisantait ou non. Je me rendais compte que je ne désirais qu’une chose : le revoir.
Je l’entendais feuilleter des pages.

– Margaux, vous avez de la chance, lundi prochain, j’ai un déplacement qui a été annulé. Ma femme et ma fille seront chez mes beaux-parents. Venez donc pour 14h. Nous aurons ainsi du temps devant nous. Vous n’avez pas oublié, chère Margaux, la condition première de votre venue.
– Non Monsieur.
– Très bien Margaux, dans ce cas-là à lundi !

Et il raccrocha. Ma joie fut de courte durée quand je me rendis compte subitement que lundi était pour moi une journée de… travail. Buvant la coupe jusqu’à lie, je dus aller pleurer auprès de ma supérieure, arguant de quelque rendez-vous médical impossible à déplacer, pour me faire libérer ce jour-là  en échange de la suppression d’une RTT.

La veille au soir, j’étais aussi excitée que lors de mon premier jour en classe option théâtre. Jeune lycéenne, j’avais le sentiment que j’allais découvrir le monde à travers les grandes tragédies et je me voyais déjà jouer une pièce de Shakespeare. Et là, face à Alexandre, je sentais encore confusément que j’allais franchir une nouvelle étape, comme passer de l’autre côté du miroir.

Quand j’ai rencontré Alexandre, je n’étais pas une « oie blanche ». Plusieurs hommes avaient déjà partagé ma vie, j’avais même connu lors d’une soirée bien arrosée une expérience saphique, qui m’avait laissé un souvenir délicieux.
Mais, comment dire… cette fois-ci c’était différent. Alexandre n’est sans doute pas le plus beau des hommes. Mais il se dégageait de lui un magnétisme puissant. De son regard il pouvait me combler de bonheur ou au contraire me rabaisser. En une phrase, il était capable de briser toutes mes certitudes et me laisser ensuite suspendue dans le vide.
C’était ce qui m’attirait chez lui et en même temps ce qui m’effrayait.

Durant toute la matinée, j’ai multiplié les essais de vêtements, je finis par opter par une tenue sage, un chemisier blanc, une jupe droite, espérant bien devoir la retirer au plus vite. J’avais retenu la leçon. C’est sans maquillage, ni bijoux que je sonnais à sa porte, le cœur battant.

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