La fessée

« Retroussant l’insolente avec nulle tendresse
Conscient d’accomplir somme toute un devoir
Mais en fermant les yeux pour ne pas trop en voir
Paf j’abattis sur elle une main vengeresse
Aïe vous m’avez fêlé le postérieur en deux
Se plaignit-elle et je baissai le front piteux
Craignant avoir frappé de façon trop brutale
Mais j’appris par la suite et j’en fus bien content
Que cet état de choses durait depuis longtemps
Menteuse la fêlure était congénitale
Quand je levai la main pour la deuxième fois
Le cœur n’y était plus j’avais perdu la foi
Surtout qu’elle s’était enquise la bougresse
Avez-vous remarqué que j’avais un beau cul?
Et ma main vengeresse est retombée vaincue
Et le troisième coup ne fut qu’une caresse »

Brassens

 

C’est comme deux touristes que nous sommes rentrés dans notre chambre d’hôtel, fourbus d’avoir marché des heures dans la grande ville. Une journée passée main dans la main, légers, complices et heureux.
Une seule urgence, croyais-je, à cet heure-ci : nous servir deux verres de vin blanc, et délivrer nos pieds.
Les verres de vin blanc, bien frais furent servis.

Tu me tends le mien, en souriant, nous cognons doucement les parois transparentes, humons le liquide doré, le faisons tourner, le goûtons. Je suis sur tes genoux, à ma dégustation, yeux mi-clos et ravie, quand, avec délicatesse, tu libères mes mains et pose mon verre sur le bureau. Etrangement, loin de moi.

Je te regarde, étonnée, amusée. Toi, tu as une idée.
– Lève-toi, et reviens sur mes genoux, déposes-y ton ventre.

Mon coeur se serre, je comprends tout de suite, et je sens mon sexe immédiatement mouillé. Je me place comme tu le demandes, tu ajustes mes mains, tu veux qu’elles touchent le sol. Je respire à peine et ferme déjà les yeux. Toi, comme un propriétaire, tu relèves ma robe et découvre mon cul déjà nu, que tu caresses, et flattes. Je sais que tu vas frapper. Quand ?
Ta main se soulève, je retiens mon souffle et contracte mes reins. Tu as dû le sentir et renonces : aucun intérêt si je ne suis pas surprise.

Et soudain tu commences.
Un coup d’une force qui me sidère. Tu égalises sur l’autre fesse quelques secondes après. La première douleur vient progressivement. La brûlure s’étend, croît et décroît, avec des ondes qui à n’en pas douter sont bien celles du plaisir.
Tu me caresses, tu masses mes rondeurs, comme pour effacer la trace de tes doigts. Je me détends et me laisse glisser un peu de tes genoux, mains au sol, une jambe retombe.
– Ne bouge pas.

En même temps que j’entends le claquement, la douleur brûle ma peau. C’est bien différent, la deuxième fois, quand tu claques mes chairs qui sont déjà meurtries. Je gémis longuement, ne sachant si j’ai mal ou si j’ai encore bien. Tu ne t’arrêtes pas. Précision de métronome, adagio appoggiato, je ne peux plus compter. Je suis juste saisie par ta lenteur, ces temps infinis entre chaque coup. Tu caresses, tu observes et régulièrement, tu t’abats à nouveau.

Le postérieur en feu, je ne tiens plus en place et mes gémissements deviennent presque cris.

– Ne bouge, pas, j’ai dit.

Tu poses ta main droite sur mes cheveux, ta paume sur ma nuque et tes doigts éparpillent mes boucles. Tu appuis et me forces à baisser la tête. (Ou bien veux-tu m’empêcher de me cogner au bureau, puisque je me débats ?)
Ta main gauche me prévient en empoignant les globes de mes fesses, les ouvrant sous tes yeux sans aucune pudeur : ce n’est pas fini, il manque le final.

J’expire toute volonté et coule de plaisirs. Ta force me subjugue, la douleur m’enivre, je suis ailleurs et n’ai besoin que de toi, pour décider de moi.
Deux claques monumentales sur mon cul cramoisi. Mon gémissement qui ne s’arrête plus, je hulule, je chante, cambrée sur tes genoux, agrippée à tes chevilles.

Tu libères ma tête, me relève, m’assois et me prends dans tes bras. Je me blottis, câlinée comme une enfant après un gros chagrin, me voilà bercée, rassurée, les malheurs sont finis, maintenant tu es là. Tu me fais boire à ton verre et je reviens à moi. Nos regards se croisent et les amis complices se reconnaissent.

Rires.
« Mais que m’as-tu fais là ? »

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