Le salaud (La mariée était en rogne.)

Une contrainte photographique, sur Bratsk, Siberia 1967, Elliott Erwitt :

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Vas-y rigole, espèce de salaud.
Sers-moi tes hypocrites « Comme je suis content que tu te maries, et que tu sois   heureuse » !
Je ne suis pas heureuse et tu sais bien pourquoi.
Tu es une ordure, voilà ce que je pense même si je te souris.
Ah, tu m’as bien baisée, hein. Combien de fois ? Mille ?
J’ai tout fait pour toi, tu n’avais qu’un mot à dire. Tu as tout eu de moi sauf une défloraison. Tout le reste , tu t’es servi, tu as tout pris, tu as tout déversé en moi. J’ai été ta décharge, pendant plus de vingt ans. Un fantasme ? J’étais là. Je suis celle qui avale, celle qui donne son cul, celle qui vient sur toi et te laisse parler cru.
Je suis celle à qui tu demandais des images. Même sans sortir de chez toi je te faisais gicler, quel confort ! Même une pute est bien plus contraignante et elle n’est pas gratuite.

Oh avec moi, il y avait bien un prix : il fallait supporter la face de mon amour, mes questions angoissées « Tu reviendras, dis ? Tu m’aimes quand même un peu ? »
Mais oui, je suis ta pote, c’est cool, tout va bien entre nous * bourrade sur l’épaule *.

Tu t’es tout permis avec moi, même de disparaître. Et de revenir libre, illico me baiser.
Car loin de moi tu n’avais pas obtenu d’éjaculer sur un visage, il fallait faire ça.
« Mets tes doigts dans ton cul, et fais une photo ». C’est la dernière que j’ai faite. Après tu as compris que je t’aimais vraiment, c’était trop encombrant.

Il a fallu m’entendre pleurer, c’est tout de même ennuyeux, surtout un jour de match.

Alors tu as organisé ta tranquillité : tu m’as rangée comme on range un objet dont on n’a plus besoin. Tu m’as présenté ton ami.
Quel crétin, celui-là. Aimable, énamouré, respectueux à bailler jour et nuit. J’espérais te rendre jaloux, j’étais certaine que de me voir avec lui, tu comprendrais ta perte. Que nenni !

Non seulement tu n’as cessé de te réjouir de mon union avec le benêt ci-assis, mais en plus, tu baises une coincée, aujourd’hui. Tu as osé m’expliquer que moi, je donnais trop, c’en devenait trop simple. Une conne aux cuisses serrées, voilà ce qui t’amuse, après moi.

Je suis tellement blessée, espèce de salaud, que je vais me marier avec ce type, et faire la tronche toute ma vie. Je lui ferai des gosses, tu seras le parrain, je serai disponible, là où tu m’as rangée. Et parfois, tu viendras me prendre vite fait dans mon garage, et ce sera ma vie : je n’attendrai que ça.

 

Les autres oulimots du 1er mai 2018

4 réflexions au sujet de « Le salaud (La mariée était en rogne.) »

  1. manuraanana

    Ouch! Comment réagir ?
    C’est du lourd, dans le choix du vocabulaire aussi. Dans ce domaine est-ce réellement un compliment ? Car où s’arrête l’érotisme et commence le pornographique ?
    Ce texte se lit d’une traite, une histoire de traître qui donne son titre au texte. Le corps de l’histoire est une histoire de corps dont l’un n’a pas su être plus qu’un corps.

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    1. Camille Sorel Auteur de l’article

      « Une histoire de corps d’un l’un n’a pas su être plus qu’un corps »… C’est un bon résumé, aussi cruel que l’histoire.

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