La maison assassinée

Je t’avais choisi comme on choisit une maison. Je voulais vivre en toi. Tu étais ma destination, mon port, mon refuge souhaité. C’était ta drôlerie qui m’avait séduite. Un brin surannée, certes, totalement décalée, évidemment. Et puis je t’ai connu. J’ai découvert ta force. Ou plutôt celle que tu prétendais posséder. Car tu es un couard.

Au moindre choc, tu étais ébranlé. Et ta fissure devenait le sujet. Tu avais une faille, il fallait en parler. Parfois, je colmatais, et d’autres fois, je cognais. Je voulais éprouver que tu étais solide ! Les conséquences étaient sans faute désastreuses : que n’avais-je donc fait ? Dans quel état étais-tu, désormais, à cause de mes atteintes ?

Finalement convaincue que j’étais une diablesse, tu éveillais en moi mes plus sombres élans.

Et quand ma joie de vivre, mon dynamisme enfoui s’éveillaient à nouveau, tu en semblais heureux… et tu me dépassais. Toujours un pas de plus, toujours le pas de trop. J’accouchais du blocage : c’était moi le problème.

Pour que je vive en toi si longtemps et écrive de nous encore aujourd’hui, il fallait bien que tu aies un atout invincible. Immense. Qui tient en cinq lettres et y tiendra toujours.

Pourtant, malgré cette évidence, la maison ne nous protégeait plus. Et encore une fois, c’est moi qui ai décidé. J’ai assumé pour deux. Je conduis le bulldozer et je n’en finis pas de détruire les ruines.

 

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