Frusques et boutonnière

J’avais rendez-vous avec Lippus en plein centre ville. J’étais un peu tourneboulée, pour plusieurs raisons. D’abord, je ne l’avais jamais vu. Qu’allaient dire ses yeux ? Nous échangions depuis bien longtemps par écrit et depuis le début, la possibilité d’une passion étant claire, j’avais sorti mes antennes et étudié l’homme. Indéniablement honnête et droit. Discret et prévenant. Humaniste, cultivé, attentif et charmant. Pourtant j’avais peur.
Je le savais grand homme, il pouvait commander. Et s’il allait trop loin ? De bien triste expérience, j’avais appris que mon silence amenait inéluctablement le mâle à abuser. Et dans ce cas, à l’inverse du vin, la relation vieillissait mal. Aussi mal qu’un fromage.
Je l’attendais au creux d’une porte cochère, pour le voir arriver. Et quand il apparut, quel homme ! La démarche féline, en costume clair, fleur à la boutonnière et regard lumineux. Et pourtant un naturel tout simple, de celui qui pourrait me basculer dans le foin.

Je fis les quelques pas qui me séparaient de lui et nous nous retrouvâmes en haut d’un escalier. Nos sourires savaient, à cet instant précis, que les heures à venir ne seraient que bonheur. Sans une hésitation, il s’avança vers moi, m’enlaça toute entière et embrassa mes lèvres. Je lâchais la rampe contre laquelle je m’appuyais et me laissais emporter par son étreinte, si douce et rassurante.

Il prit ma main et m’emporta. Quelques heures plus tard, comme on ouvre un bonbon, il retirait mes frusques et découvrait ma peau. J’y laisse ses baisers, mon manteau de velours.

 

2 réflexions au sujet de « Frusques et boutonnière »

  1. Degefab

    Rues étroites et sinueuses
    Il ne cherche rien
    Les ombres sont fallacieuses
    Il ne le sait que trop bien

    Impasse vide hélas
    Au hasard de ses pas
    Elle avance. aucun chat
    Son ombre rêvasse

    Au détour d’un escalier
    Là, il se pose
    Sous l’ombre d’un pilier
    Du soleil qu’il oppose

    Tandis qu’elle progresse
    Le jour rejoint la nuit
    Son pas toujours indécis
    La conduit de portes en traverses

    Par hasard leurs regards se croisent
    Entre chien et loup
    Elle le toise
    Il en perd son bagout

    Regards suspendus
    Temps interrompu
    De vers ils se confondent
    Réverbère lumière inonde

    Mains qui se frôlent
    Souffles qui s’étouffent
    Devant un nouveau rôle
    Plus de place pour l’esbroufe

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