Lettre à Hélène

Ma chère Hélène,

Dans une décennie, le plus jeune de tes fils aura ses dix-huit ans et tu seras encore belle.
Ta vie sentimentale, portant en ses débuts le poids de déceptions auto-réalisées, se repose peut-être en solitude bienvenue.
Tu as vécu un demi siècle et c’est vrai que tu mérites la paix.

Tu mérites que tes bras ouverts soient reçus comme un cadeau, pas comme un embarras.

Tu mérites que ton corps soit traité avec respect, dans le souci de ton bien-être et de de ton plaisir, aussi.

Combien de fois l’as-tu offert, ce corps, juste pour avoir des bras autour de toi ?

Hélène, tu as vécu un demi siècle maintenant.

Je souhaite qu’un homme soit assez simple pour juste recevoir ton amour bouillonnant. Qu’il soit assez bon pour accepter ta sensibilité absurde et qu’il comprenne que derrière cet épiderme à vif, il y a un tout un monde, finalement assez beau. J’aimerais que tu sois aimée enfin pour ce que tu es, exactement ce que tu es, avec ta fougue, tes éclats de rire, tes cris de plaisir et tes larmes faciles.

Enfin Hélène, si cet homme n’est pas là, je t’en conjure : aime-toi.

Ne laisse plus personne t’humilier. Interdis à quiconque de te reprocher tes émotions. Sors de ta vie ceux qui pensent à ta place, comme si tu étais trop sotte pour raisonner toi-même.

Apprécie ta solitude, prie, soigne ta maison, aime ton travail, va en pleine nature. Ris avec tes amis, prends soin de ta famille, caresse un chat. Oublie les hommes, s’ils sont toujours bourreaux.

J’espère de tout coeur, Hélène, toi la femme que je serai dans dix ans, que tu liras ceci heureuse et n’espèreras rien.

 

 

Hélène plia soigneusement la feuille et replaça une boucle grise échappée de son chignon. Elle regarda autour d’elle en souriant. Dieu qu’elle aimait cette vieille maison et son petit jardin !

Elle se souvenait des années noires. Lorsqu’elle s’était écrit à elle-même, il y a dix ans, elle espérait renaître en pleine malédiction. Elle qui depuis des mois trouvait juste d’être avilie, relevait la tête. Une bataille inégale contre un drôle de mal, pas forcément perdue.

Elle ne savait pas encore que des jours heureux l’attendaient et qu’à nouveau digne, elle saurait repousser la main qui maltraite.

Hélène rangea la lettre retrouvée dans le tiroir de son bureau et regarda par la fenêtre. Dans le jardin, son vieux chat dormait à l’ombre du figuier.

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