Le pin d’Alep

C’était la première fois que Camille invitait Simon à la mer, et comme elle l’espérait, il se moquait pas mal de la plage pendant ses heures bruissantes. Aujourd’hui, un vent de terre faisait voler le sable et rendait toute approche du rivage cinglante. Les touristes déçus et à moitié brûlés se bousculaient, cornets de glace à la main, il était temps de s’éloigner de la petite station balnéaire.

Camille était chez elle ici, elle connaissait les vents, les parfums, les cris des goélands et les chants des cigales. Elle connaissait aussi un ruisseau asséché, dans une gorge aride à l’abri des bourrasques. L’accès se méritait, surtout en espadrilles, et c’est en trébuchant qu’ils parvinrent à bon port, assoiffés et heureux.

Simon avait prévu une gourde d’eau fraiche, et un grand plaid, qu’il étala au sol rouge, sur un lit d’aiguilles. Un pin d’Alep immense offrait son ombre, et ses parfums d’épices. Désaltérée Camille s’allongea, une main posée sur la cuisse de Simon, elle écoutait le massif calcaire vivre, curieuse d’en savoir les sons quand elle n’était pas là. Lui, il la regardait : étrange femme brune… Pas très grande de taille, pas très mince non plus, un visage pour certains disgracieux, elle affolait les hommes, pourtant, les rendait animaux, ils la voulaient pour eux. Que désiraient-ils en espérant la prendre ? Son corps aux formes pleines ou ses rires enfantins ? Son talent pour baiser ou ses larmes faciles ? Comme elle était perdue, quand il l’avait connue…

Il observait le corps de son amante, abandonné près de lui. Ses pieds nus à lécher, ses jambes musclées et brunes. Il caressa sa cuisse, qu’elle ouvrit dans l’instant, les yeux toujours fermés, esquissant un sourire. Ainsi offerte, et vêtue d’un short court, elle offrait son entrejambe, voilée d’une dentelle. Le calcaire chauffait, et le vent faisait chanter les feuillages des chênes. Simon ignora l’attrait du sexe offert, et découvrit les seins de Camille. Ils étaient ronds et lourds, rarement enfermés : cette femme libre n’aimait pas les contraintes, fussent-elles en soie.

A peine son chemisier ouvert, elle releva les bras et saisit le tronc au-dessus de sa tête, comme s’il lui avait attaché les mains. Elle se cambra, et entrouvrit les yeux, d’un regard qui disait « Baise-moi ». Il sourit, Dieu qu’il aimait l’appétit de cette femme ! Il bandait déjà durement, rien qu’en la regardant. Elle restait agrippée au tronc, aussi dur que le sexe, ignorant la résine qui coulait par endroit.

Simon se leva, et sans quitter des yeux la femme aux liens invisibles, se dévêtit lentement. Ensuite, non sans offrir à son amante une vue rapprochée sur son érection, il écarta les pans du chemisier et attrapa les seins, plus qu’il ne les caressa. Il en pinça les tétons, et Camille gémit. Elle implorait du regard pour goûter au sexe de son homme. Elle quémandait son odeur, si chaude, sa signature. Il fallait qu’elle le lèche pour le sentir à elle, et du bout de sa langue, jouer à le faire trembler. Et puis l’avaler, comme un étui brûlant, et le sentir grossir entre ses joues soyeuses.
Elle voulait qu’il s’enfonce dans sa gorge, pour l’ancrer dans la terre.

Lui, ignorant la demande, prenait ses seins, et comme d’un instrument, jouait de ses soupirs.
Elle se cambra encore, cherchant à coller son bassin contre les cuisses de son homme. Elle attrapa les hanches masculines, et l’attira à elle. Doucement, et dans un sourire, il replaça les mains de son amante autour du tronc rugueux, et la déshabilla, faisant glisser short et culotte le long des jambes relevées. Elle lui obéirait, et souriait aussi.

Au ruisseau asséché, il trouva une source entre les cuisses de Camille. Aux cris et coups de reins répondaient les cigales. L’ombre du pin, résille ondulante, habillait les corps des amants fous de joie.

 

[ Photo – Pin d’Alep, Wikipedia ]

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