Sommeil

La voiture d’Agnès s’avançait dans l’allée, et Paul sortit à sa rencontre. Il venait de la prévenir par message qu’il se passait quelque chose d’inhabituel à la maison, et qu’elle devrait se montrer compréhensive.
– Je me suis hâtée de rentrer, que se passe-t il ?
– Viens, c’est dans le salon.

Agnès suivit son mari, inquiète, et à l’entrée de la pièce, il lui désigna le canapé sur lequel était allongée une femme endormie.
– Qui est-ce ? Que fait-elle là ?
– Inutile de chuchoter, je n’arrive pas à la réveiller. C’est Hélène. Ma collègue… enfin, tu sais bien…
– Je sais. Mais elle ne devait jamais venir à la maison, nous l’avions convenu ensemble.
– Elle n’est jamais venue. Enfin, sauf aujourd’hui. Mais elle n’est pas vraiment venue. Oh, Agnès, c’est surréaliste : j’ai trouvé Hélène endormie devant la porte.

Et Paul raconta sa découverte. Il devait être quinze heures, il rentrait d’un déjeuner avec ses amis. Il n’avait pas de nouvelles de sa maîtresse depuis le petit matin, et en était inquiet : pendant toutes leurs années d’amour, rarement ils s’étaient laissés sans nouvelle plus de quelques heures. Il avait garé sa voiture dans le jardin en reculant, machinalement, toujours à la même place, et manqua de trébucher en sortant : la femme qu’il aimait gisait sur le sol, devant la porte.
Il avait poussé un cri, la croyant morte, avait saisi ses épaules pour voir son visage, et l’avait trouvée calme, sereine, douce… elle respirait doucement. De grandes inspirations, d’un souffle fin, elle dormait. Elle avait jeté son trench coat sur le sol, et s’y était couchée, en chien de fusil, la robe sagement repliée derrière les genoux. Il avait cru à l’ivresse, à la drogue, mais à l’évidence, elle se sentait très bien : elle se reposait, simplement.

Agnès accusait le coup, et sans cesser de fixer l’endormie, cherchait où pourrait bien se cacher un mensonge. Son mari ne lui mentait plus, depuis bien longtemps, et leur amitié tendre s’en était grandement renforcée. Ils étaient un couple aimant, mais plus amants. Paul, après une douloureuse escapade de trois mois chez Hélène, ne cachait plus sa passion à son épouse, qui lui en était reconnaissante. Elle-même vivait sa vie amoureuse en dehors du foyer conjugal. Ce soir, aucun doute, il disait vrai. Elle soupira longuement. Il allait encore falloir qu’elle s’occupe de cette situation, son homme était décidément un drôle de zèbre.

– Comment est-elle arrivée jusqu’au canapé ?
– Je l’ai soulevée, soutenue, elle s’est accrochée à ma taille et a marché. Puis je l’ai déposée là et elle ne bouge plus, depuis.
– Donc, on peut la réveiller.
– Essaye, toi…
– Je me serais bien passée de faire sa connaissance ainsi, mais soit.
Agnès s’approcha. Prononça le prénom de l’amoureuse de son mari. Le prononça à nouveau, un peu plus fort, et posa une main sur son épaule, qu’elle secoua doucement.
– C’est incroyable, Paul. Rien n’y fait. Elle a sûrement pris des médicaments, appelle les pompiers.
– Les enfants vont rentrer, tu es sûre ? Elle va peut-être se réveiller, et nous pourrons gérer cette affaire dans le calme.
– Je te donne jusqu’à l’heure du dîner. Et tu te débrouilles avec les enfants.

Elle quitta la pièce, excédée, et Paul s’assit près de la femme de son coeur.
Il prit sa main et lui parla : « Hélène, ma chérie. Réveille-toi, parle-moi, je t’en prie » Il caressa ses cheveux, et sous cette caresse, le visage de son amante s’éclaira d’un léger sourire. Elle n’ouvrit pas les yeux.

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