L’amant de ses vingt ans

« Du plus loin qu’il m’en souvienne,
Si depuis, j’ai dit « je t’aime »,
Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous. »

 

Ce soir, c’est l’anniversaire de l’une des ses amies. Ce soir, elle va revoir Paco, l’amant de sa vie, qu’elle n’a pas rencontré depuis trois ans. Oh, il n’a pas bien sûr été le seul homme, lui, c’est l’Amant. celui pour qui elle a dépassé les limites de la pudeur, celui qui lui a appris le droit au plaisir, et qui lui en a tant donné.
Jamais Paco et elle n’ont été indifférents l’un à l’autre. Jamais pourtant ils n’ont pu vivre une véritable relation amoureuse. Destinés à être amants, et jamais couple.
Elle fut follement amoureuse de lui, il y a huit années de cela. Elle le voulait, elle le voulait si fort ! Tout aussi fort qu’il la rejeta, mais pris savamment et maintes fois son corps. il se refusait à l’aimer, mais il lui donnait tout le plaisir du monde.
Un jour, après s’être servi quelques années de la passion de sa maîtresse, il décida qu’il l’aimait. Elle ne l’aimait plus. Elle avait tant lutté contre ce sentiment qu’elle ne pouvait plus le retrouver maintenant. A son tour, elle rejeta son amour tout en sollicitant son corps. désormais, elle ne voudrait de lui que le plaisir qu’il excellait à donner. Il n’aima pas être réduit à cela, elle ne pouvait que comprendre, et trois années passèrent sans nouvelles.

Ce soir ils vont se revoir.
Elle arrive chez son amie la première, pour l’aider à tout organiser. Elle est très heureuse de revoir enfin Paco, car bien que n’ayant jamais eu de relation qualifiable (pas seulement amants, pas simplement amis, jamais couple), leur lien fut assez profond dans le temps.

Paco arrive seul, et c’est pour elle un premier signe, un premier pas vers elle. Il s’est rendu disponible pour être tout à ses retrouvailles. dès les premiers instants, ils se cherchent du regard, oui, je suis là, je t’ai vue…
Quand arrive le moment de se saluer, ils s’approchent l’un de l’autre, leurs coeurs battent un peu plus fort que nécessaire, ils sont émus. Elle est parcourue d’un long frisson quand il pose sa main sur son bras en embrassant sa joue, l’enveloppant dans son parfum… Après toutes ces années, comment Paco peut-il provoquer toujours le même trouble, intact ? Les responsables seraient-ils tous ces souvenirs sexuels si intenses… cette première nuit où elle découvrit sur un plancher poussiéreux le sens des mots « faire l’amour », puis, très vite, son premier orgasme, offert par la chevelure de Paco glissant de son visage vers ses seins… ou un retour de discothèque en voiture où tout en conduisant il avait tendu sa main vers elle pour la poser à l’endroit précis et toutes les fois où il usa de son pouvoir sur elle pour assouvir ses fantasmes…

Ils échangent quelques mots. ils se regardent en souriant. Que c’est bon d’être à nouveau ensemble ! Déjà, ils ont mille choses à se dire, tu sais de quoi je voudrais te parler, oui, il faut que tu saches ce que j’ai ressenti. Quelque chose en moi se consume encore, et toi ? Elle l’observe. Il a changé. Il est plus beau. il n’a plus dans l’oeil cette langueur un brin arrogante de celui qui est toujours vainqueur. Son regard est plus las et plus profond. Tiens, la vie, en l’abimant, me l’a embelli. Son parfum est toujours le même. Elle voudrait fermer les yeux et inspirer de grandes bouffées de lui. Jouir de son odeur si chère. mais la conversation doit rester andine. Leurs amis, connaissant leurs émois, les observent déjà en souriant… Il faut se séparer, ne pas avoir l’air, faire comme si, ce soir-là, quelque chose d’autre pouvait les intéresser.
Elle n’a que lui en tête. Elle n’est venue que pour lui. Cela fait des semaines qu’elle frémit à l’idée de revoir celui qui fut son diabolique et merveilleux amant. Elle parvient cependant à converser et rire. Quelques regards furtifs, quelques sourires presque timides les rapprochent de temps en temps.
Plus tard, enfin, il est temps de partir. Peut-il la raccompagner ? ils sont presque voisins… Oui ! Oui…

Dans la voiture, très vite, la conversation glisse vers les Souvenirs. Ces souvenirs-là, à peine esquissés, donnent naissance à plus qu’un désir, un besoin : je sais à quoi tu penses, il faut que je te touche, que je te goûte, que je te sente.
Mais ils ont grandi et ne font rien, ce sont deux grands adultes… Seulement, il leur est difficile de changer de sujet. un passé trop sulfureux les lie. Et puis quand on parle, on ne fait rien de mal, n’est-ce pas ? « te souviens-tu du jour où nous avons fait l’amour contre la voiture en rentrant de boîte de nuit ?’, « Oui, et quand je venais dormir chez toi, nos soirées étaient si tendres… », « Crois-tu que nous aurions fait l’amour à trois, si… », « Jusqu’où irais-tu aujourd’hui ? »… Il se tortille sur son siège : une entêtée érection le gêne. Elle croise et décroise les jambes : des picotements parcourent son sexe devenu humide.

Pourtant, en sortant de la voiture, ils jouent le jeu de l’amicale conversation. Il faut inventer un prétexte pour qu’il monte chez elle : une illustration nécessaire et urgente de troll dans une forêt de fleurs, peut-il lui faire ce dessin ?

Dans l’appartement, ils évitent de se toucher. Bien sûr, ils ont envie de s’étreindre. Chacun connaît le désir de l’autre comme le sien ! Mais à quoi cela peut-il mener ? Il vit en couple, et une étreinte, fut-elle passionnée, mérite-t elle de mettre une famille en danger ? Elle, elle est seule, mais échaudée par la vie à deux. Si de toutes façons cela doit mal finir, à quoi bon commencer ? Tous les deux savent qu’ils n’ont jamais su s’aimer auparavant. Le sauraient-ils davantage aujourd’hui ?

Elle le regarde dessiner. Elle observe sa main décrivant nerveusement les courbes, elle n’avait jamais observé les mains de son amant. Ces mains, si habiles à donner du plaisir, ces doigts qui ont exploré et magnifié d’autres corps de femmes, ces mains sont belles ! Comme un navire qui rentrerait au port abîmé par un long voyage, elles racontent tant d’aventures ! Jamais elle n’a été aussi troublée depuis leurs retrouvailles que devant cette contemplation. Il lui pose une question. Elle bafouille, elle rougit, les mots ne viennent pas, elle prend sa tête entre ses mains et s’avoue vaincue : je suis extrêmement troublée. Il comprend, il rit. Ils se sourient.

Un ange passe. Ils se regardent. Nous y voilà, voilà l’instant. C’est arrivé. Si maintenant nous ne renonçons pas nous ne pourrons plus arrêter le cours des choses. nous pouvons encore choisir de tourner le dos à ce besoin, plus qu’une attirance, plus que du désir, c’est aussi vital qu’écrire pour un écrivain.

il avance doucement sa main vers elle. Il caresse sa joue brûlante. Elle a les yeux qui brillent. Elle n’ose faire un geste, de peur de briser l’instant de cette caresse. Il s’approche, il la regarde intensément. Oh, Paco ne me regarde pas comme ça, regarde-moi, fais ce que tu veux, tant pis, on verra demain… Elle ferme les yeux et s’abandonne. Il regarde le visage offert de sa maîtresse, tant pis, on verra demain… D’un doigt, il redisante les contours de la bouche entrouverte, elle prend sa main et l’embrasse.

Alors ils tombent dans les bras l’un de l’autre.
Aussitôt, leurs lèves se réunissent, elle n’avait jamais oublié le goût de ses lèvres fines, elle tombe dans cette étreint comme dans un cocon si doux.
Elle glisse ses mains sous sa chemise et s’emplit de la douceur de sa peu. Elle a l’impression d’être revenue au port, que tout va bien, que tout est normal, le corps de Paco contre le sien, les mains qui revisitent les peaux, les cheveux et les souffles qui se mélangent. ils ne peuvent cesser de s’embrasser, comme des assoiffés, ils se lèvent pour mieux se serrer.

Elle sent le sexe dressé de son amant, triomphant, contre son ventre. Vite, le prendre, le retrouver. D’abord refaire connaissance… doucement, le rapprivoiser, car il ne lui appartient pas, ce sexe. Elle effleure la toile du pantalon, c’est moi… Te souviens-tu ? Elle fait glisser sa main de l’intérieur de la cuisse de Paco vers le sexe, qu’elle caresse de plus en plus sûrement. Me revoilà, je me souviens de toi comme si c’était hier. Elle se penche et dépose un baiser très tendre sur le tissu tendu.
Elle déboutonne le pantalon et glisse vers ce qui l’appelle. Lui ferme les yeux, les mains dans les cheveux de sa maîtresse, Dieu qu’il aime le désir de cette femme…

Il la relève : « Attends. Doucement… »
Lentement, il soulève le tee-shirt de son amante et découvre ses seins. Il caresse les dentelles du soutien-gorge, la saisit par la taille et, à travers les arabesques du tissu, il pince entre ses lèvres les tétons. Elle est envahie de vagues de plaisir, il s(attarde, elle est au coeur d’un feu d’artifice, maintenant il a découvert un sein, et tenant l’autre dans sa main, il en mordille et lèche les bouts durcis. Elle voudrait crier de joie.

Elle lui retire sa chemise, elle caresse sa peau du bout de la langue. Elle le visite, le mordille, le respire. Il se laisse faire en souriant. Mais d’où vient cette alchimie joyeuxse entre leurs corps ? Est-ce ça, l’amour ? Mais non, certainement pas, s’ils s’aimaient, ils se seraient trouvés. S’ils s’aimaient, ils ne se seraient pas tant saignés l’un l’autre comme des bêtes. chacun leur tour, ils se sont « nié, achevé, piétiné, oublié ». Jamais ils ne se sont aimés ensemble, ils ne se sont donc jamais aimés.

Il se tient face à elle, le sexe brandit comme un trophée, et la guide vers le canapé. Il prend son temps. Il la regarde, il caresse son visage. Elle lape ses doigts. Maintenant, elle le veut, impérieuse, mais il veut qu’elle attende. Fébrilement, elle tente d’arracher ses vêtements mais il retient ses gestes. Elle cède, le souffle court.

Il la guide vers la table basse sur laquelle elle se couche, offerte. Il fait glisser le pantalon, joue avec le string, revisite avec sa langue les recoins de ce corps si connu, et maintenant imberbe. Il s’attarde, c’est tellement doux, et chaud…
Elle a du mal à reprendre son souffle, elle va défaillir, c’est trop bon, trop beau, elle le veut maintenant, plus rien ne compte. Elle se redresse, ils arrachent les derniers vêtements qui séparent leurs peaux, ils s’étreignent. Leurs bassins sont animés du mouvement de leur désir, elle le supplie : « Viens… ». Il faut qu’elle le sente, qu’il soit là, l’intérieur de son ventre hurle d’un vide insupportable : habite-moi !

Alors il vient en elle. Leurs regards, leurs mains se cherchent, ils ne bougent plus un instant, savourant cette sensation : il est là, en elle.
Il assène, majestueux, un premier coup de rein. Leurs visages sont illuminés d’un sourire inhumain de bonheur. Il tient les hanches de sa proie, il impose son rythme. Elle, elle s’affole, elle veut plus vite, mais il la tient. Elle gémit quelques suppliques, elle rit, elle va pleurer, elle mord ses doigts pour ne pas crier, c’est trop, viens, viens plus loin, plus fort, plus vite…
Il continue d’imposer ses va-et-vient lancinants, il la regarde en souriant, écarte du visage de sa maîtresse les cheveux emmêlés.
« Paco, je… ». Soudain il perd le contrôle aussi, ou bien fallait-il qu’elle se taise ? Il accélère ses coups de reins, et il sent le vagin qu’il possède se resserrer, elle se redresse, s’accroche à son cou et plante son regard dans celui de son amant. ils jouissant ensemble dans un long baiser.

Puis le silence.
L’émotion.
Besoin de réconfort.
Ils vont se blottir sous la couette dans le grand lit et ne parlent pas.
Que dire ?
Il n’y a rien à expliquer, il va rentrer chez lui et vivre sans vie sans elle.
Elle va rester dans ce lit, au creux de son nid rassurant.
Peut-être reviendra-t il, et ce sera une fête.
Elle va choisir de ne pas souffrir, elle ne souffrira pas, et ne sentira rien.

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