VAPA : l’interview dancefloor, en conscience

1- La base : ça veut dire quoi, VAPA, et ça vient d’où ?

VAPA est l’acronyme de Vous n’avez pas d’avis. Cette phrase est tirée d’une intervention de Coluche devant de jeunes étudiants (pour les curieux, vidéo ici). De là naît mon premier titre – VAPA01.


2- C’est toi sur les photos de ton compte Instagram ? Pourquoi tu caches ton visage ?

Oui c’est bien moi et j’ai commencé à cacher mon visage au début car j’avais du mal à assumer mon projet. Je viens de milieu rock/metal et il m’a fallu du temps pour appréhender ce nouveau monde électronique. Ça me paraissait plus facile de démarrer anonyme. J’aimais aussi ce côté VAPA c’est personne mais c’est tout le monde. Tout le monde doit se sentir touché par les thèmes abordés. Je pense me dévoiler petit à petit à l’avenir. Je n’avais d’ailleurs pas de masque lors de mon 1er live à Nantes.


3- Ici, on te connaît dans ton costume de musicien d’électro. Tu as d’autres cordes à ta harpe (ou guitare, ou basse, ou ukulélé) ?

J’ai commencé la musique assez tardivement vers l’âge de 17/18 ans par la guitare électrique. Mon père en avait une au grenier qui attendait sagement. Je me suis lancé et au fur et à mesure des rencontres, tu crées un groupe puis des groupes – tu fais des concerts puis des tournées et bim tu connais bien ton instrument. A côté de ça, je touche un peu à la basse et à la flûte à bec qui ne me sert jamais… (rires)


4- Tu définis ton style comme electropunchline ou dancefloor conscient. Tu nous expliques ?

Les petits bout de phrases ajoutés doivent autant retournés ton cerveau que la musique en elle-même. On se rassemble, on fait la fête, on vit le moment et on pense à demain d’une façon optimiste.


5- Tu collabores parfois avec CROSS. C’est qui ? Tu nous les présentes ?

C’est une rencontre très importante dans mon projet. Je l’ai rencontré par hasard dans un bar sur Cologne un soir de match de foot et on a tout de suite accroché. On a commencé à faire de la musique pour rigoler. Après quelques idées enregistrées, on s’est dit que ce serait bien de pousser le délire un peu plus loin. On a sorti 3 titres pour le moment (à découvrir ici) et un 4ème arrivera dans l’été. Il paraît même qu’on prépare une collaboration avec Camille Sorel, vous connaissez ? En tout cas c’est un super producteur et DJ qui m’a beaucoup appris. Allez le suivre (son insta) et son collectif Pelika Noir, il vous prépare de nombreuses tracks techno/tech house pour vos soirées folles.


6- Tu as concrétisé ton projet de live. Alors ? C’était comment ?

C’est passé très vite mais super souvenir ! Il y avait la plupart de mes ami-e-s et c’est la première fois que j’entendais mes sons aussi forts. Grosse ambiance !!! J’ouvrais la soirée pour le collectif allemand Pelika Noir justement qui assurait la soirée jusqu’au bout de la nuit. Avec mon équipe, on se prépare à fond pour les prochains concerts et j’ai vraiment hâte genre vraiment !


7- Tu as réalisé un clip superbe pour Erreurs acceptées. Du cinéma, du vrai ! Récemment, grâce à un projet Ulule, tu as obtenu le financement pour réaliser un nouveau clip. Tu peux nous parler de ce projet ?

L’idée de ce Ulule était de voir plus loin pour ce second clip en se professionnalisant  (payer les gens et tout). Il sera aussi réalisé par Baptiste Chevalier qui a fait un superbe taf sur Erreurs Acceptées. Je vous invite à découvrir ce clip d’ailleurs ici https://youtu.be/l30F27EHpF0

Le tournage du prochain clip a été perturbé par le corona et il devrait être tourné à la rentrée. Croisons les doigts pour que tout se passe bien. Côté musique, le titre a bien avancé et j’espère vous surprendre à nouveau !


8- Notre collaboration est à chaque fois une grande joie. Je te remercie infiniment ! Quelles ont été les réactions de ton entourage quand tu as composé sur mes textes érotiques ?

De même, c’est toujours de la pure création ce qui me rend très heureux aussi. L’entourage a été très surpris mais ils ont été impressionné par le concept aussi. Ils ont pris plaisir à découvrir tant le projet Camille Sorel que les VAPA feat. Camille Sorel. J’ai même eu une remarque pertinente de Baptiste qui disait que tes chansons seraient beaucoup plus utiles dans les écoles que les cours d’éducation sexuelle. Une idée à creuser ?


9- Tu peux nous parler d’Envol captif, ton nouveau titre ? Quelle fut la source de ton inspiration ?

Comme souvent, je l’ai composé lors d’un voyage en train. Je revenais d’Amsterdam où je venais de passer une semaine (nouvel an tout ça tout ça) et cette idée de voix est la première chose qui est apparue. Mon oreille a tout de suite accroché. La compo et l’arrangement étaient quasi terminés à la fin du voyage. Je n’ai pas mis de voix mais ce morceau en avait pas besoin. Il est question ici de lâcher prise et de laisser parler son intérieur.

J’ai mis beaucoup de temps à le terminer mais la période du corona m’a permis de le finaliser et de travailler avec Perrine Drouillet pour la réalisation d’un clip animé (à voir ici). Je suis très fier du résultat. Elle a fait un sacré taf qui unit vraiment la musique et l’image.


10- Et pour finir, notre prochaine collab, en cours de création : tu veux bien la présenter ?

Oui avec grand plaisir !!! Pour la première fois, on invite une autre personne à la création. Ce sera un Cross, VAPA feat. Camille Sorel. La chanson sera une techno/electronica accompagnée de ta douce voix qui viendra guider les auditeurs vers le dancefloor conscient.


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Tschüss


V AP A

Je te salue, adieu

Toi qui m’a enseigné la honte de moi-même

Toi qui m’a vue grandir sous ton mépris jaloux

Toi qui m’a bien baisée quand je disais je t’aime

Et toi qui exhibait ton appendice mou

Toi qui m’a modelée corps muet consentant

Toi qui m’a faite mère, mère célibataire

Toi fantôme aux mots vides

Et toi dont la passion vaut tension des gonades

Toi mon plus grand amour, ma morbide folie

Toi l’ « homme de ma vie » que je suis censée attendre

Toi pour mes cheveux blancs et toi jusqu’à cent ans

Je vous salue, adieu

[ Photo – Antonio Gutierrez Pereira ]

L’accident

Une lueur de phares éclaira la maison. Madeleine et Alexandre échangèrent un regard inquiet. Personne ne venait la nuit au petit mas : cette visite nocturne était de mauvaise augure. Une voiture se gara dans la cour. Comme si elle s’enfuyait, la propriétaire des lieux grimpa l’escalier jusqu’à la chambre pour se vêtir davantage pendant que son ami ouvrait la porte.
Elle sentit son sang se glacer lorsqu’elle entendit une voix inconnue demander avec assurance :
– Madame Galthi est là ?

Elle enfila une robe et descendit pieds nus. Son coeur s’arrêta devant la scène. Dans l’entrée, sa meilleure amie était là, dans les bras d’Alexandre. Près d’eux, un gendarme patientait.

Le mari d’Anouk avait eu un accident. La voiture venait d’être découverte au port. Il fallait que l’épouse se rende sur les lieux et elle souhaitait que Madeleine l’accompagne. Acceptait-elle ?
– Bien sûr. Mon ami peut-il venir ?
– Oui, hâtez-vous. Prenez votre véhicule et suivez-nous.
– Anouk monte avec nous.

Quelques instant plus tard, Alexandre conduisait derrière le gyrophare. A l’arrière, les femmes enlacées chuchotaient.
– Que s’est-il passé ?
– Je ne sais pas ! Il m’avait envoyée à l’épicerie !
– Pour faire des courses ou pour être baisée ?
– Devine…
– Le salaud.
– C’est l’épicier qui a vu les gendarmes devant chez moi. Nous avons prétendu que j’avais une panne de gaz et qu’il s’apprêtait à me livrer une bouteille.
– D’accord. Et ton mari, il était parti où ?
– Je ne sais pas ! Quand il m’envoie chez quelqu’un je n’ai pas le droit de le contacter. C’est lui qui appelle les gens pour leur dire de me renvoyer à la maison.

Ils arrivèrent au port. La voiture était encastrée dans un rocher, au début de la jetée. Tout l’avant du véhicule semblait avoir disparu. Des lumières tournoyaient, SAMU et pompiers s’affairaient sous les regards d’effroi de quelques habitants. Un gendarme s’avança vers Anouk.

– Madame, les jambes de votre mari sont retenues dans le moteur. Sa tête a heurté le volant, il n’était pas attaché. Il roulait vite, le choc a été violent.
– Il met toujours sa ceinture.
– Je suis désolé, madame. Les secours ont fait le maximum.
– Mais. Il est…
– Nous pensons qu’il est décédé sur le coup.

Anouk encaissa. Elle serra les dents, son visage entier se contracta. Madeleine lui prit le bras et la sentit raidie.
– Il y a autre chose, madame. Votre mari n’était pas seul. Nous avons identifié la passagère. C’était sa secrétaire.
– C’était ?
– Elle n’a pas survécu non plus.

La jeune veuve releva le menton. Ses yeux semblaient plus gris que jamais. Elle inspira profondément et dit d’une voix blanche :

– Je dois aller voir, je suppose ?
– Il faut reconnaître le corps de votre mari. Vous pouvez le faire après la désincarcération si vous préférez mais pour les besoins de l’enquête il est souhaitable de le faire maintenant.
– J’y vais.
– Attendez, une dernière chose. La passagère avait sa tête au niveau du bas-ventre de votre mari au moment du choc et… elle s’y trouve encore.
– J’ai compris.

Madeleine ne pouvait plus bouger. Elle regardait Anouk, plus digne qu’une reine, marcher vers l’épave, les cadavres, les lumières aveuglantes et les odeurs atroces. Elle la vit se pencher vers l’intérieur du véhicule, observer le spectacle macabre pendant quelques secondes, se redresser et répondre aux questions policières en hochant la tête. Puis aux mêmes pas réguliers, comme flottant sur le sol, elle revint vers ses amis et leur dit simplement :

– On peut partir.

 

Ils passèrent le reste de la nuit tous les trois au petit mas. Anouk ne pleurait pas. Elle était droite et semblait sous le choc. Elle accepta du vin et fuma les cigarettes d’Alexandre. Elle listait les démarches à accomplir pour les obsèques et s’inquiétait de faire disparaître de chez elle toute trace de sadomasochisme. Elle répétait que les preuves de son esclavage devaient être effacées, comme si elle voulait préserver la mémoire de son mari des noirceurs domestiques.
Personne n’osa évoquer explicitement l’horrible circonstance de la mort des victimes tuées par l’accident en pleine fellation.

– Tu savais pour ton mari et sa secrétaire ?
– Je savais qu’elle le voulait mais pas qu’il la voyait.
– Anouk… ça va aller ?
– Bizarrement, je crois que oui.
– Si je puis me permettre, répondit Madeleine, ce n’est pas si bizarre. Il te torturait et te faisait violer. Qu’il aille au Diable.
– Je sais que tu penses ça… mais j’étais d’accord. Et je l’aimais.
– Fallait-il que tu l’aimes !
– Je n’aurais jamais pu mettre un terme à notre histoire. Mais j’étais fatiguée, Madeleine. Je vais te faire un aveu terrible : je suis soulagée qu’il soit mort. Il n’y avait pas d’autre issue pour moi.

Confinum

De ma fenêtre je vois des arbres rouges qui ondulent au vent. Ils se dessinent nettement sur le ciel blanc grisâtre. Plus bas la haie oblige à raccourcir le champ, l’horizon se réduit, oui, mais je suis chez moi.
La pelouse est ingrate, parsemée de pissenlits. Ça sent la terre mouillée, les oiseaux chantent encore.
Je m’ennuie.
J’ai un bouquet de roses du jardin d’à côté. Un ou deux amants tendres qui m’écrivent des mots fous. Des parfums délicats, des couleurs, des plaisirs. Rien qui ne se passe mal. Rien qui ne se passe, pourtant.
Si je prenais une bière ? Ah ben zut, y’en a plus.
Je pourrais faire aussi une heure de yoga, mon corps dirait merci. L’ennui, c’est que le sol est parsemé de miettes. Je devrais balayer, plutôt. Et ranger tout ce bazar.
Des chaussures jetées derrière le canapé, un tas de plaids moelleux, des coussins, des BD. Un fauteuil en osier, mes travaux de couture.

Quel ennui.
Un gâteau est au four, c’est toujours ça de fait.
Je me rêve écrivaine, c’est bien sûr du pipeau. Une écrivaine écrit et moi, je tourne en rond.
Tiens, voilà le chat des rues qui réclame sa gamelle. Je désinfecte ses plaies, secoue sa couverture, la pauvre bête est fichue, j’accompagne la fin.
C’est le genre de soirée où je dirais aux kids : « Allez hop, les garçons, on sort dîner dehors ! ». Je coupe deux trois endives et fais bouillir de l’eau, oh merde… ce que je m’ennuie.
Si au moins je lisais.

N’importe quelle autrice aurait pondu un livre. Cinquante jours de libre, l’aubaine d’une vie. J’ai écrit un chapitre…

Je regarde par la fenêtre, c’est mieux que le miroir.
Presque deux mois hirsute, teint brouillé, en savates. Je suis une vieille sorcière, prenez garde au danger !

Bon.
Cessons de rêvasser.

Je prends mon agenda, rédige une to-do list.
Demain, je me lèverai tôt. Méditation, yoga, lecture et écriture. Ensuite, au marché, pourquoi pas en vélo ?
Je vais refaire surface, retour à la vraie vie !

Je regarde par la fenêtre.
Tout autour du Bouddha détrempé par la pluie, un tapis a poussé.
Bien rangé, au compas, décoré de points beiges.
Ce sont des champignons.

Même la nature s’ennuie et fait n’importe quoi.

Stéphane Rose : j’ai osé l’interview !

Stéphane Rose est le directeur de la collection Osez 20 histoires de sexe à la Musardine. C’est classe, mais c’est juste une des nombreuses facettes de cet auteur prolifique. De la littérature de jeunesse au Guide des emmerdeurs, des cons et des importuns en passant – c’est une constante – par la pornographie, il est auteur (ou co-auteur) d’une vingtaine d’ouvrages.

LA REVUE DE PRESSE RENTREE 2017
Cet homme, vous l’avez déjà deviné, a décidé de prendre la vie du côté réjouissant. Il a donc écopé, entre autres, de l’étiquette « humoriste ». Il n’est rien de moins que fondateur des Gérard (du cinéma, de la politique et de la télévision) et chroniqueur dans diverses émissions sur Paris Première, RTL, Europe 1. Notez également que si Canteloup ou Laurent Gerra vous ont fait hurler de rire, c’était peut-être grâce à une vanne écrite par Stéphane, qui fut de leurs auteurs.
Alors voilà, je ne me la pète pas (si), mais Stéphane Rose vient de sélectionner pour la troisième fois une de mes nouvelles pour le futur Osez 20 histoires de sexe inavouable. Je me devais de vous présenter ce directeur de collection au goût si sûr. Il a accepté de répondre à quelques questions et je l’en remercie ! (Je demande d’avance pardon pour la première question. C’est mon côté « impulsive sexuelle » qui a pris le dessus.)

Tu connais Stéphane Bern ???!!! C’est mon héros, mon impossible amour ! Est-ce qu’il sent bon ? Ses mains sont-elles douces ?

Je le vois chaque semaine à RTL dans les studios de l’émission « A la bonne heure », dans laquelle je raconte des conneries. Il sent bon, il est très soigné, ses mains sont impeccables, mais comme tu le dis dans ta question, il restera ton impossible amour, puisqu’il préfère les garçons. Encore que. Il aime aussi le patrimoine et les monuments en ruine, donc dans quelques décennies, tu auras toutes tes chances. Mais il va falloir prendre ton mal en patience.

Je me ressaisis. Dans l’émission de Stéphane Bern (soupir), tu incarnes le « service qualité » et réponds au courrier imaginaire d’auditeurs mécontents. Tu poursuis ce noble travail sur Paris Première dans la fameuse Revue de presse. Tes téléspectateurs fictifs sont devenus des personnages à part entière (Kimberley, Fatou de Chatou, Fuck-the-system…) As-tu reçu un courrier pour la collection « Osez 20 histoires de sexe » ?

Oui, il y a des questions récurrentes, du genre « Camille Sorel, c’est son vrai nom, ou c’est son pseudo ? Elle habite où ? Vous pouvez me mettre en contact avec elle ?» Mais évidemment je protège mes auteurs et n’y réponds pas (sauf si on joint un petit billet à la demande).
En 2010 tu as publié à la Musardine « Défense du poil – Contre la dictature de l’épilation intime » et aujourd’hui tous les hommes sont barbus. Tu es fier de toi ?

Je ne serai véritablement fier de moi que le jour où toutes les femmes auront cessé de s’épiler la chatte. Et quand ce jour viendra, j’écrirai « Eloge de l’épilation ».

Visiblement, tu es un homme à listes (Le grand livre des listes, Michalon, 2012). Tu peux lister ce qui te fait kiffer un texte érotique et/ou ce qui te fait le jeter illico à la poubelle ?

J’aime quand l’histoire est crédible, qu’on se dit qu’elle pourrait vraiment avoir eu lieu, ce qui implique presque obligatoirement de soigner la psychologie des personnages, d’expliquer un peu leur désir, de décrire ce qu’ils ressentent… Et donc je n’aime pas une nouvelle qui se contente d’enchaîner des actions sexuelles : machin fait ceci, machine fait cela, etc. 
J’aime les mots précis et crus, je n’aime pas les métaphores pseudo-poétiques. 
J’aime quand je suis surpris (et certaines personnes y arrivent toujours, même si ça fait dix ans que j’anime cette collection !).
Si tu veux en savoir savoir plus, j’avais écrit ce texte pour Brain Magazine, j’y réponds très précisément à ta question : Ecrire un bon texte érotique – Les 10 commandements de l’auteur débutant

Nous nous demandons tous comment poursuivre sans relâche nos bourdes sexuelles. Et justement tu as publié en 2012 Comment rater sa vie sexuelle ? à la Musardine. Tu es un expert ?

Je ne me souviens plus très bien de ce livre, que j’avais co-écrit avec Marc Dannam. A mon souvenir, il s’était occupé de l’aspect « rater » et moi de l’aspect « vie sexuelle ». Non je déconne, j’ai une belle collection de ratages, de rendez-vous foireux, de pannes d’érections et de sexe chiant, comme tout le monde. Mais je ne m’en soucie pas plus que ça, car j’ai vite compris qu’il fallait que le sexe soit souvent un peu chiant pour qu’il réussisse à être parfois merveilleux (non mais regarde un peu ce que tu me fais écrire).

En 2013 tu as publié (encore à la Musardine, excellente maison)  Misère-sexuelle.com : le livre noir des sites de rencontre. Force est de constater que ça a beau être toujours décevant, les gens continuent d’afficher leur misère et de s’évaluer mutuellement sur ces sites. Quel est ton principal argument pour arrêter ces conneries ?

J’ai quand même l’impression que les gens ont déserté les « sites de rencontres », genre Meetic et compagnie, au profit des appli comme Tinder ou Hppn. Et c’est normal. C’est gratuit, c’est spontané, ça va vite, on matche, on se rencontre, les choses se font ou pas, c’est moins fastidieux. Tant qu’on l’utilise comme ça, sans y investir trop d’attente ni trop d’espoir, les appli me paraissent être un bon outil.
Apprécier un bon vin et surtout, en parler, c’est un ticket d’entrée vers la mondanité. Comment entrer en hautes sphères ? Une nouvelle fois tu nous sauves la mise avec l’indispensable Antiguide du vin et de la vinasse (J’ai lu, 2015). Quand je viendrai à Paris l’été prochain pour fêter la publication de mon premier roman au 122 rue du chemin Vert, quel pinard me proposeras-tu de boire avec toi et que devrai-je en dire d’un air entendu pour te faire marrer ? (Tu ne m’as pas proposé de boire un verre avec toi ? Damned. Disons que c’est un verre imaginaire, alors.)

Je préfère les vins du sud, tanniques, charpentés, les vins de la vallée du Rhône, les Languedoc, ce genre là. Mais je ne force personne à avoir mes goûts. Et si le but est de me faire rire, commande un rosé pamplemousse, ça devrait marcher.

Puisque tu es un habitué des urgences sexuelles (Les perles des urgences du sexe, Musardine, 2016), raconte-nous ta dernière visite pour un incident gênant. Aucune véracité n’est requise, naturellement.

La dernière fois que j’ai été hospitalisé, c’était pour l’appendicite, je devais avoir dix ou onze ans. Donc je sèche un peu sur cette question. Par contre j’ai connu d’excellentes urgences psychothérapeutiques, notamment ce jour où j’ai raconté à ma psy, un peu embarrassé, ce rêve que j’avais fait la veille, dans lequel je faisais pipi sur sa figure pendant qu’elle jouait à Tétris sur son portable.

J’aimerais bien être une star de la télévision littéraire. Comme tu es de bon conseil (Comment devenir une star de la télévision, J’ai lu, 2016), tu peux me dire ce que je dois faire pour être invitée chez Busnel ?

Rien. Tu ne peux rien faire. Pour être invitée chez Busnel, il faut un bon attaché de presse. Si l’attaché de presse est nul, même si ton livre est génial, tu n’iras pas chez Busnel. Moi par exemple, quand j’étais attaché de presse à la Musardine, je n’ai jamais casé aucun auteur chez Busnel.

Et enfin, s’il fallait décerner un Gérard de la meilleure intervention télévisée politique pendant la crise du Coronavirus, tu nominerais qui, et pourquoi ?

J’ai un faible pour Christophe Castaner. Depuis le début. C’est le type qui a le moins la gueule de l’emploi, et qui malgré tous ses efforts, ne l’aura jamais. Quoi qu’il fasse, il aura toujours cette tronche du mec qui sort d’une boite à cul à l’aube avec une haleine de vodka après avoir passé la nuit à renifler des lignes de coke sur le cul d’une stripteaseuse. Maintenir un type comme ça au ministère de l’intérieur, dans une situation de crise aigüe où le pays entier angoisse, quand on est sensible comme moi à l’écriture humoristique, ça tutoie le génie.

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Je crois que j’ai dit cinq cent fois merci à Stéphane mais je le réécris ici : un grand merci à lui d’avoir joué le jeu des réponses à mes questions.

Je compte sur vous pour lire sa sélection dans Osez 20 histoires de sexe inavouables, à paraître prochainement. Je me suis laissée dire que c’était un grand cru…

 

Les feux de honte

J’ai repris mes petits papiers, une envie de m’exprimer autrement.

J’ai retrouvé d’anciens collages. Je ne sais pas ce que ça vaut, sûrement rien du tout, sur un plan artistique. Mais à le regarder, je ressens directement l’émotion qui m’a guidée en le réalisant.

Alors si ça dit quelque chose à quelqu’un d’autre… on ne sait jamais ?

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Les feux de la honte – collage – Juin 2012

Les loups amoureux

Anders et Rose sont les meilleurs amis du monde depuis des années. Il lui raconte ses plans cul gay et elle lui confie ses folies bisexuelles. Ils partagent tout ou presque !
Aujourd’hui après un trio avec Diane, l’amie que Rose héberge, une question s’invite : et s’ils étaient amoureux ?
Un conversation s’impose…

 

– Quoi que nous fassions je ne veux pas te perdre. D’une façon ou d’une autre, je te veux dans ma vie. Tu es mon meilleur ami et je tiens vraiment à toi.
– On s’aime, Rose, tout simplement.
– Oui, mais… pas comme… un couple ?

Je prononce ces deux mots avec un sourire. Nous sommes voisins, confidents de stupre et maintenant un couple hétérosexuel ? Comme toujours, Anders est la voix de la sagesse :
– Et si l’on ne décidait rien ? On vit au jour le jour sans se poser de question. Tu veux un homme ? Tu le prends. Je veux un homme aussi ? Je fais pareil.
– Autant prendre le même homme.
– Et le sucer à deux ?
– Même se faire prendre à deux.
– Mais j’adorerais.
– Et Diane ?
– Elle est avec nous. On prend soin d’elle tant qu’elle en a besoin.
– Je t’aime.
– Tu sais Rose… Nous deux, j’y pense depuis longtemps. Je crois que nous ferions un formidable couple. J’avais envie de toi depuis longtemps mais je n’osais pas te le dire. Je t’aime ! Et j’ai très envie faire l’amour avec toi.
– Oh merde Anders ne me dis pas des choses comme ça. J’ai peur que tu disparaisses, moi. Je ne t’espérais même pas comme plus qu’un ami. Et puis tu es homo, je te signale.
– Je le suis, oui.
– Et tu veux me faire l’amour.
– L’amour, oui. Je bande d’amour pour toi. Je suis homosexuel ascendant toi.
– Alors tu resteras ?
– Oui.
– On aimera Diane aussi ?
– Diane et moi t’aimerons.
– On baisera des types ?
– Oui, ensemble.
– Et des filles, aussi ?
– On niquera le monde. Et si le monde nous ennuie, on se passera de lui.
– Nous sommes cinglés, tu le sais ?
– Ou bien absolument sensés.
– Viens…

Je l’amène vers ma chambre et nous nous allongeons sur mon lit. Il se couche sur moi et nous nous embrassons. Longuement. Nos langues se mélangent, je bois à sa bouche, il respire mon souffle. Nous sommes nus. Ce baiser est tendre et passionné à la fois.
Il descend vers mes seins.
Je désire tant sa bouche que j’halète. Il vient à mes tétons et les mordille doucement. Je gémis. Il prend son temps et va d’un mamelon à l’autre tout en me caressant.
Il descend vers mon ventre, lentement. Il dessine son trajet de la pointe de sa langue. Je suis parcourue de frissons, je le désire tant !
Alors je pose mes mains sur ses épaules et écarte mes cuisses. Je sais qu’il n’a jamais approché de sexe féminin et je m’offre à sa vue. Il me regarde. Il prend son temps.
Il pose un doigt sur mon pubis et descend vers ma fente qu’il longe jusqu’à mon anus, libérant le liquide de mon envie de lui. Il ne me pénètre pas et embrasse l’intérieur de mes cuisses. Je gémis, je me sens partir…
Il embrasse ma vulve juste sur mon clitoris. Je tressaille. Je crois que ma chatte a sa vie propre : elle tremble, vibre et brûle. Elle coule pour Anders, elle va crier Prends-moi !
Il me lape, plusieurs fois. Je retiens mon souffle sinon je vais jouir. Mes mains se serrent sur ses épaules. Y sent-il un signal ? Il introduit sa langue et la plonge au plus profond de moi. Ses lèvres épousent mes lèvres et son nez frotte mon clitoris. Je saisis sa tête et il durcit sa langue. Cette fois je respire et gémis en ondulant du bassin. Il s’accroche à mes hanches et me suit. Sa langue dure me fouille. Je crie et plus je crie, agrippée à sa tête, plus il s’active en moi. Il me boit, il me gobe. Il utilise sa langue comme si elle était son sexe. Il la fait aller et venir en moi par des mouvements de tête. Je m’écartèle. Il rentre, il sort, il fouille à gauche, à droite, en haut en bas et ses lèvres et son nez participent à tout ça.
Il me fait l’amour avec sa tête toute entière.
Je hurle comme un loup qui appelle sa meute, emportée par un orgasme sauvage. Je tremble de tout mon corps, peine à reprendre mon souffle. Des larmes inondent mes joues.
Anders lève la tête et vient m’embrasser. Nous nous accrochons l’un à l’autre sans nous quitter des yeux. Je lèche les liqueurs qui maculent son visage. Nous mélangeons nos fluides dans un baiser vorace.

Sa queue est entre mes cuisses. Il bande comme un fou. Mes jambes entourent son corps et je presse ses fesses contre moi.
Son gland se présente à mes lèvres. Nous nous regardons avec intensité. D’un imperceptible signe te tête je l’encourage. Viens… Il pousse sur mes lèvres qui s’ouvrent. Je l’avale. Il est là. En moi. Je me serre sur lui, mon vagin se contracte puissamment sur sa verge.
Alors il me baise. Donne des coups de reins. Je ne sais plus où je suis, seulement avec lui, nous flottons, seuls au monde dans un ciel de jouissance. Des coups de reins plus forts. Je râle, je dis oui. J’ai besoin de vigueur, je veux le sentir fort. Ma fougue le transporte alors il me pilonne. Je veux tant le tenir que je griffe son dos quand je sens qu’il durcit et tremble avant de jouir. Je serre mes cuisses sur lui pour le garder en moi et son sperme me remplit.

Nous nous sommes trouvés.

 

/ Photo : Les nuits fauves – Cyril Collard – 1992 /

Légère

Aujourd’hui, Légère est devenu une chanson.
(Liens autour du texte pour écouter partout.)
Merci à VAPA (Vous n’Avez Pas d’Avis) pour la musique !

Camille Sorel

Tu es papillon, tu es jasmin,

Ton nom tinte dans le vent.

Lin Fo-Eul (poète taïwanais)

/ Ecouter Légère partout /

Je suis légère.
Tu souffles et je m’envole.
Et puis je suis perdue, affolée, en tous sens. Je me cogne aux murs et à tout ce qui pique.
Tu dis que je dois changer, et devenir plus lourde.
Ne plus être bouleversée à la moindre brise qui passe.
Ne plus suivre toute entière la première chose qui accroche.

Je n’ai qu’un seul moyen de ne pas faire naufrage, c’est arrimer ma barque.
Bien sûr, ceux qui acceptent l’embarcation perdue sont souvent sans scrupule et profitent de l’aubaine. Ils utilisent le rade, et quand il a pris l’eau, fendu de toutes parts, ils l’abandonnent en mer. Tu m’as connue ainsi et tu veux que je change. Tu crois que de trois planches je deviendrai cargo.

Je suis légère et c’est…

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